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Full text of "Lettres inédites de Hugues de Lionne, ministre de affaires étrangères sous Louis XIV: ministre ..."

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NOTICE HISTORIQUE 



LA FAMILLE DE LIONNE 




>PRÈS avoir nommé Hugues de Lionne 
t prévôt et grand maître des cérémonies de' 
" l'ordre du Saint-Esprit, Louis XIV désigna 
I le duc de Mortemart et le marquis de Saint- 
, Simon pour vérifier les preuves de noblesse 
que, suivant les statuts de cet ordre, chaque récipiendaire 
devait produire. Mais comme la plupart des titres origi- 
naux de la maison de Lionne se trouvaient dans les archives 
de la famille, à Grenoble, le duc de Lesdiguières, gouver- 
neur du Dauphiné et commandeur de l'ordre, fut chargé, 
avec Prunier de Saint-Andl-é, président du parlement, et 
Salvaing de Boissieu, président de la chambre des comp- 
tes, de collationner et de certifier les actes qui seraient 
produits. Cette vérification fut faite, paraît- il, avec assez 
de confiance; on en trouve entre autres cette preuve dans 



4 NOTICE HISTORIQUE 

romission parmi les titres de Sébastien de Lionne de celui 
de « contrôleur des greniers à sel », comme n'étant point 
assez relevé pour figurer en pareille occurrence. Il se trouva 
facilement, ainsi que Tavait demandé Hugues de Lionne à 
son oncle, « un notaire assez affectionné et secret » pour 
supprimer ce malencontreux souvenir. 
* Un feudiste habile, mais trop zélé, Guy Allard, dressa 
à cette occasion une généalogie succincte de la famille de 
Lionne et une biographie incomplète, mais naturellement 
très - louangeuse , de quelques-uns de ses membres. En 
outre , comme le but à atteindre était de fournir à peu près 
le nombre de générations ou de degrés de noblesse exigé 
par les statuts de Tordre du Saint-Esprit, le travail de Guy 
Allard ne remonte pas aussi haut que l'érudition le permet 
et il s'arrête forcément à l'époque où il a été fait, c'est-à- 
dire vers le mois d'avril i656, tandis que la famille ne s'est 
éteinte qu'en 1764. 

Afin de compléter autant que possible et de rectifier au 
besoin le mémoire manuscrit de Guy Allard , nous avons 
compulsé, avec peu de profit pour notre travail, un grand 
nombre d'ouvrages biographiques et historiques. Mais, par 
un heureux hasard, comme il en arrive quelquefois à ceux qui 
cherchent, nous avons découvert que les principaux titres 
et papiers de la maison de Lionne, ainsi que de plusieurs 
familles auxquelles elle s'était alliée, sont conservés à Paris 
dans les archives de l'Assistance publique. Ils sont répartis 
en huit cartons, qui ont échappé à l'incendie qui a dévoré 
cet établissement dans la nuit du 24 au 25 mai 1871, et 
sont compris dans l'inventaire sommaire sous les numéros 
6177-6190. Ils faisaient partie de la succession léguée par 
la dernière marquise de Lionne à l'Hôtel-Dieu, en 1754. 
Enfin , les archives de l'hôpital de Romans et celles de la 
préfecture de la Drôme nous ont fourni plusieurs pièces in- 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 5 

téressantes remontant aux premiers temps de la famille de 
Lionne. Nous avons utilisé pour notre notice ces divers 
documents, qui nous ont été communiqués, avec une obli- 
geance dont nous sommes reconnaissant, par M. Brièle, 
archiviste de l'Assistance publique à Paris, et par M. Lacroix, 
archiviste départemental à Valence. 

Généalogie. 

Autrefois, les hommes occupant de hautes positions so- 
ciales cherchaient à se faire une origine en rapport avec 
Tautorité dont ils étaient revêtus. Plus ils s'élevaient, plus 
ils prétendaient venir de loin. Tous assurément ne se van- 
taient pas, comme Jules César, d'avoir pour aïeux un roi 
et une déesse-, mais quelles que fussent leurs prétentions, 
ils trouvaient toujours des écrivains complaisants qui leur 
donnaient raison et savaient leur trouver les ancêtres les 
plus invraisemblables. 

Chorier avait trop d'intelligence et d'érudition pour être 
convaincu des flatteries qu'il adressait aux hommes puis- 
sants. Mais, ne possédant pas l'esprit caustique, ni la for- 
tune, c'est-à-dire l'indépendance de Voltaire, il n'osait pas se 
permettre de laisser percer la moquerie sous l'éloge. Ainsi 
il fait sérieusement descendre la famille de Lionne de Homo- 
leius Liojîus , qui habitait Nîmes sous les Romains; puis, 
• franchissant dix siècles, il arrive à Guillaume de Lionne, 
ou plus exactement de Lyons, abbé de Boscodon en 1 133. 
Ce qui est plus sûr, c'est que cette famille, originaire de 
Saint-Quentin, se fixa à Saint- André-en-Royans ', où Ton 



(i) Anciennement le Royans comprenait le Trièves et tout le territoire 
qui s^étend depuis Saint-Quentin jusqu'à Bouvantes. 



6 3IOTICE HISTOBIQCE 

voyait encore tl y a cinquante ans Les ruines de rhabitadon 
qui fiit le berceau de âon illustracoa % et où coule dans le 
voisinage une rivière rapide et poissonneuse appelée la 
Lionne, ^ qui, par le bruit qu'elle bitj dit Guy AUard, 
semble ne vouloir pas se taire de La ^oire qu elLe a de porter 
ce nom ». 



Armoiries, 



De gueules à la colonne d'argent, au chef cousu d'a:{ur 
chargé d'un lion léopardé d'or *. 
Devise : Impavidus sursum rigilat. 



(f) M. Charles Terrot^ de Soint-Jean-en-Royans, dans sa Notice histo- 
rique sur ta famille, dît que c'était une maisoa de misérable apparence, 
située à environ cent pas au-dessus du ruisseau de Rognât, qui sépare le 
territoire du l*ont de celui de Saint-André. M. Tabbé aerc-Jacquicr {Es- 
quitte hittorique tur Saint- André-en-Roy ans, p. 21) ajoute que le marquis 
de Lionne (Louis-Hugues sans doute), fit construire au même lieu la ma- 
gnifique maison de Beaujour, à dessein de nuire au splendide point de 
vue du château de M. de Saint-André, et que celui-ci en revanche défendit 
à ses descendants toute alliance avec les Lionne, attendu leur andenne 
qualité de vassaux. 

(2) La colonne d'argent sur fond de gueules vient de Humbert Colonel, 
du Royans, camérier du Dauphin en 1342. Claude Ferrand-Teste, du même 
lieu, en écartcla ses armes en épousant Guicharde Colonel, en 1490. Enfin, 
Derton de Lionne l'adopta poupson blason après son mariage, en i543, 
avec Paulc Fcrrand-Testc , en ajoutant en chef un lion comme armes par- 
lantes de sa fîGimille. 



SUR LÀ FAMILLE DE UONNE. 



Alliances. 



Allemand- 


Girondes. 


Aragon. 


Hostun. 


fArces.j 


Jager. 


Baile. 


Manissy. 


Bally. 


Odde. 


Béatrix-Robert. 


Payen. 


Bertrand. 


Peloux. 


Le Bout de .Saint- Didier. 


Perron. 


Brie. 


Pomponne. 


Brun de Fiandènes. 


Portes. 


Champier. 


Pourroy. 


Claveyson. 


Rabot. 

■ \ 


La Croix de Chevrières. 


[Reynaud.l 


Déagent. 


Rives. 


D'Estrées. 


Robert de Pollenc. 


Ferrand- leste. 


Rohan. 


De Franc. 


Servien. 


Galbert. 


Valernod. 


Gautier. 





8 



NOTICE HISTORIQUE 



• Le premier membre de la famille de Lionne connu par 
des actes authentiques est : 

L 1339. HuMBERT, qui fut père de Pierre, ci-après. 



II. i366. Pierre I. 
Jacquemette Robert-. 



I I Claude, ci-après. 

2 Albert, marié à Madeleine 
Gautier, d'où : a Albert II. 

b Aimarde, mariée à jGuigues 
/ d'Arces. 
c AgalHe, mariée à Humbert 
de Manissy. 

3 Jeanne, mariée à Muzet de 
Champier. 

4 Françoise. 



III. 1448. Claude. 
Jeanne Allemand. 



Pierre, ci-après. 



IV. 1458. Pierre IL 
Henriette Girondes. 



I Jean, ci-après. 
\ 2 Nicolas, a fait branche. 
i 3 Antoinette , mariée à An- 
( toine Bertrand. 



V. 1474. Jean. 
Catherine Brun, 



Berton , ci-après. 



VI. 1543. Berton. 
Paule Fer rand' Teste. 



1 Sébastien , ci-après. 

2 Florence, mariée à Guillau- 

me Pourroy. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 



VII. 1574. Sébastien I. 
Bonne de Portes. 



1 Hugues, a fait branche. 

2 Artus , a fait branche. 

3 Humbert , a fait branche. 

4 Catherine, mariée à Hum- 

bert Odde. 

5 Isabeau , mariée à Jean-Bap- 

tiste de Franc. 

6 Louise, mariée à Jean de 

Valernod. 



F^ Branche^ de Romans. 



VIII. i6i5. Hugues I. ' 
Laurence de Claveyson. 



1 Sébastien , ci-après. 

2 Humbert. 

3 Charles, ecclésiastique. 

4 Charlotte , religieuse. 

5 Bonne , religieuse. 

6 Laurence, religieuse. 

7 Marguerite, religieuse. 



IX. 1641. Sébastien IL 
Catherine Béatrix-Robert, 



1 Jeanne- Renée, mariée à 

Louis-Hugues de Lionne. 

2 Laurence, religieuse. 



10 



NOTICE HISTORIQUE 



IP Branche j de Paris. 



X. i6o5. Artus I. 
Isabeau Servien. 



I et 2 N. N., morts jeunes. 
3 Hugues II, ci-après. 



XL 1645. Hugues IL 
Paule Payen, 



î I Louis-Hugues III, ci-après. 

2 Jules- Paul , ecclésiastique. 

3 Paul-Luc, chevalier de Mal- 
te. 

4 Elisabeth - Mélanie , reli - 
gieuse. 

5 Madeleine, mariée à Fran- 
çois-Annibal de Cœuvres. 

6 Artus , ecclésiastique. 



XI L 1675. Louis-HuGUES III. 
Jeanne-Renée de Lionne. 



Charles- Hugues IV, marié à 
Marie-Sophie Jager. 



IIP Branche, de Grenoble. 



XI IL HUMBERT IL 

Virginie Rabot. 



1 Joseph , mort jeune. 

2 Virginie, mariée à Oronce 

Le Bout de Saint-Didier. 

3 Joachim, sans alliance. 



SUR LA FAMILLE DE UONNE. I J 

Biographie. 

I. HuMBERT, gardien de la chambre du dauphin Hum- 
bert II. Il reçut de ce prince, en i339, quelques terres à 
Saint-Nazaire , donation qui fut confirmée par le roi Jean 
et le dauphin Charles, en i352. 

II. Pierre, fils du précédent, fut un vaillant guerrier 
qui combattit les Anglais soùs Charles V et Charles VI, et 
se distingua à la bataille de Rosbec, où les Flamands furent 
défaits, en l'an 1 382. Enfin, brisé par le poids des ans et les 
fatigues de la guerre, il rentra dans ses foyers et fit son 
testament le 28 juin 1398. Il mourut à Saint-Quentin, où il 
possédait des terres assez considérables, et fut enterré dans 
réglise de la paroisse, au-devant de la chapelle de la Vierge. 
De Jacquemette Robert de PoUenc, du lieu de Tullins, 
dotée de 5oo florins, qu'il avait épousée en i366 et à la- 
quelle il légua l'usufruit de ses biens, il laissa : 

I** Claude, qui suit. 

2" Albert I, possessionné sur les paroisses de L'Albenc, 
de Vinay, de Chevrières, de Chaste et de La Sône. Il avait 
une habitation à Romans, « dans la carriçre de Paillerey ». 
Il mourut en 141 3. Il s'était marié avec Madeleine Gautier, 
qui lui avait donné : a Albert II, tué à la bataille de Patay, 
où Jeanne d'Arc défit les Anglais, en 1429. Il ne laissa 
point de postérité, b Aimarde, qui épousa Guigues d'Arces. 
c Agathe, qui s'allia à Humbert de Manissy, bourgeois de 
Romans. 

3® Jeanne, dotée de 460 florins et mariée à noble Muzct 
de Champier, d'une famille savoislenne, qui portait di!a\ur 
à une étoile d'or. 

4® Françoise, dotée de 35o florins. 



12 NOTICE HISTORIQUE 

III. Claude, ayant soutenu avec une fidélité inébranlable 
l'autorité de Charles VII en Dauphiné et l'ayant suivi à 
Lyon en 1456, Louis XI, devenu roi, irrité de sa conduite, 
le fit enfermer dans le château de Cornillon, près de Gre- 
noble, où il mourut en 1465. Il avait épousé en 1448 Jeanne 
Allemand, fille de Jean, coseigneur de Rochechinard , et de 
Falconne de Brie. Il eut pour fils : 

IV. Pierre II , qui fut mis au rang des nobles dans deux 
révisions des feux des années 1467 et 1468. Il quitta Saint- 
Quentin pour venir se fixer dans le Royans,.afin de se 
rapprocher de la famille de sa mère, établie à Beauvoir. Sa 
femme fut Henriette de Girondes , dont il eut plusieurs en- 
fants , parmi lesquels : 

i^ Jean, ci -après. 
2** Nicolas, qui fit souche. 

3** Antoinette, qui épousa Antoine Bertrand et testa le 
8 octobre 1473. 

V. Jean, notaire. Guy Allard le fait mourir à la bataille 
de Marignan, en i5i5. Il se maria en 1474 à Catherine 
Brun, fille de Claude, sieur de Flandènes % et de Margue- 
rite Galbert *. Il parut comme noble dans la révision des 
feux de cette même année 1474. Son fils : 



(i) Le château de Flandènes était bâti comme une aire de vautour sur 
la cime d^un rocher à pic, et, suivant un vieux dicton, a toutes les pailles du 
Dauphiné n'auraient pas pu combler ses fossés, » lesquels, il est vrai , 
notaient autres que les immenses et profonds ravins creusés par les eaux 
torrentueuses de la Lionne et du Chaillar. Cependant, malgré cette formi- 
dable position, il fut pris et repris pendant les guerres de religion et entiè- 
rement démoli en iSgo. Ses ruines sont sur la commune de Saint-Martin- 
le-Colonel. 

(2) Diaprés une note qu'a bien voulu nous communiquer M. le comte 
Henri de Lyonne , Jean , devenu trésorier de l'écurie du roi , contracta un 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. l3 

VI. Berton, seigneur de Flandènes. Il épousa, le 17 
juillet 1542, Polie ou Paule Ferrand, fille d'Arnaud Fer- 
rand, dit Teste, seigneur de Guimetières, et de Françoise 
Baile. Il eut entre autres enfants : 

I** Sébastien, qui viendra plus loin. 

2** Florence, qui fut mariée à Guillaume Pourroy, de 
Pont-en-Royans, dont la descendance a fourni deux prési- 
dents au parlement de Grenoble. 

Au moment où la maison de Lionne va s'établir loin de 
son pays d'origine et commencer à acquérir une illustration 
historique, nous croyons devoir mentionner séparément 
plusieurs membres d'une branche collatérale de cette famille, 
qui, restée dans le Royans, s'éteignit vers le milieu du 
XVII* siècle. Le silence des biographes et l'extrême rareté 
des titres ne permettent pas d'en dresser une filiation. 

I** Nicolas, fils de Pierre II et d'Henriette de Girondes, 
paraît être l'auteur, de cette branche cadette. 

2® Antoine fut notaire à Pont-en-Royans et épousa en 
i5i5 Félice Déagent, sœur d'Etienne Déagent, vibailli de 
Saint-Marcellin. Sa fille Anne s'allia, par contrat du 3 fé- 
vrier 1546, à Charles de Girondes, juge de la ville de Die, 
qui avait pour armoiries d'azur à une lionne rampante 
d'or \ 



second mariage avec Marguerhe Godefroy (selon Guy Allard, avec Félice 
Déagent), dont il eut un fils, nommé Claude. Ce dernier épousa en i564 
Marie de Bragelonne et devint la tige de la famille actuelle de Lyonne de 
r Ile-de-France, dont les armes sont da^ur à lafasce d'argent accompa- 
gnée de trois têtes de lionne léopardées d'or, 

(i) Cet article généalogique est puisé dans une petite notice sur la famille 
de Girondes|,{aux archives de la préfecture de la Drôme. 



14 NOTICE HISTORIQUE 

3** Aytiard épousa Madeleine Reynaud, qui le rendit 
père de : 

4"* Sébastien. Il n'est mentionné par aucun biographe; 
cependant les archives de la préfecture de la Drôme et celles 
de l'hôpital de Romans possèdent, le concernant, des docu- 
ments authentiques, parmi lesquels plusieurs en parchemin. 

11 naquit vers iSyS, sur la paroisse de Saint-André-en- 
Royans. Il fut admis comme enfant de choeur de Téglise de 
Saint-Barnard de Romans le 4 octobre iSgo, clerc tonsuré 
par révêque de Grenoble le 9 mars 1596 et enfin cha- 
noine de Saint-Barnard le 18 avril suivant. Le chapitre le 
dispensa de la résidence par délibération du 1 1 mai 1 600, 
afin de lui permettre de desservir la cure de Saint- André. 
Après avoir fait des réparations considérables aux édifices 
religieux endommagés pendant les guerres civiles et xetiré 
des mains des calvinistes la chapelle de Sainte- Anne, le 
pape , pour le dédommager des grandes dépenses qu'il avait 
faites , l'autorisa à posséder en même temps que sa cure et 
le prieuré du Pont le prieuré de N. D. de Lachamp et Saint- 
Pierre de Balons, au diocèse de Gap V Le 14 juin 1626, 
devant M.® François Froment, notaire de Grenoble, il ré- 
signa ce dernier bénéfice en faveur d'Artus de Lionne , ci- 
devant conseiller au parlement et alors chanoine de Téglise 
cathédrale de N. D. de Grenoble. Par son testament, en 
date du 20 juin 1646, il fit les Chartreux de Bouvantes sies 
héritiers universels *, à la charge d'une aumône d'un liard à 



(i) Aujourd'hui canton de Marsanne, arrondissement de Montêlimar 
(Drôme). 

(2) Par suite de ce testament , la partie la plus ancienne des archives de 
la famille de Lionne passa dans celles de ces religieux , où elle figurait 
encore dans l'inventaire « rédigé avec ordre et méthode » en 1737. Dis- 
persées à l'époque de la Révolution , il n'en reste plus que quelques pièces 
aux archives de la'préfecture. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 1 5 

trente pauvres , qui devait être payée chaque jour à l^issue 
de la messe célébrée dans la chapelle de Saint-Michel atte- 
nante à réglise de Saint-Barnard '. Il décéda le 14 septem- 
bre 1647. 

5** Barthélemiane fut mariée à Joffrey Janon, sieur du 
Perron, qui était en 1604 secrétaire de la chambre des 
comptes de Grenoble. EHe testa en 161 3 en faveur de son 
fils, Paul Janon du Perron, avocat au parlement, à qui elle 
laissa des biens assez considérables à Saint- Étienne-de- 
Crossey et dans les environs. Ce Paul Janon se maria en 
1623 avec Marguerite de Revel, fille unique de Laurent de 
Revel , seigneur de Chasselay, et dans le contrat de mariage 
il fut substitué au nom de Revel, que portent encore ses 
descendants/*. Enfin, en souvenir de la famille de sa mère 
et de celle de sa femme, il adopta les armes suivantes : de 
gueules à la colonne d'argent , qui est de Lionne, au chef 
d'azur chargé d'une aigle d'argent, qui est de Revel. 

6^ Catherine, née en i633, morte le ro août i66o. Elle* 
avait"* été mariée deux fois : i** à François Pomponne de 
Bellièvrej marquis de Nonant ^, et 2* à François de Rohan", 
prince de Soubise, lieutenant général au gouvernement de 



(i) Les Chartreux se libérèrent de cette distribution le 22 mars 1722 
moyennant la cession à PAumône générale de Romans d'une vigne^ estimée 
3,100 livres, plus une somme de 87 livres 10 sous. 

Voir notre brochure sur La chc^Ue. de. Saint-Mickel, .1869. 

(2) Il est le septième aïeul de M. Armand de Revel du Perron, né en 
1820 à Saint-Geoire (Isère), officier de la Légion d'honneur et d'académie, 
préfet de la Haute-Loire de 1873 à 1876, auteur d'un travail sur Les pré- 
tendue rois d Arles, 

(3) Morcri {Dict., t. v, p. 565) cite cette alliance ; mais M. Maurice de 
Valeine et Mi A^ Vachez, dans leurs généalogies des Bellièvre, n'en font 
point mentioo. Pomponne de Bellièvre, II* du nom, fut premier président 
cKli:p8flen3ent:d6 Paris et mourut en 1657. 



tff NOTICE HISTORIQUE 

la Champagne, dont elle n'eut pas d^enfant et quMle fit son 
héritier. Ce dernier se remaria avec la belle Anne de Rohan- 
(l)ub(ji^ qui devint , comme on le sait, la plus secrète et la * 
p\u% j'ntéresîiéc des maîtresses de Louis XIV. 

VIL Sébastien I , seigneur de Flandènes , de Bemin, de 
lÀ:%^m%f d'Aoust * et de Triors, « homme extrêmement 
d//ux et prudent, » dit Guy Allard. Son père et sa mère 
ht firent une donation universelle de leurs biens par acte 
^Ju 2H oct/^brc i563. Il se maria le 6 novembre 1574 à 
iV/fine de Porte», fille de Guillaume, président au parlement 
de C/renoble, et de Jeanne d'Aragon, et qui testa le i**" mai 
tOib, Il éuh pri.Honnicr des protestants en i58o et détenu 
k ÏV/rit-en-Koyan», où commandait Gabriel Odde de Triors, 
<|M^il g^gna au roi. Il lui fit rendre les places qu^il occupait 
et fut ensuite avec sa femme son héritier, en vertu d'un 
testament du 'i^> mai i585 et d^un codicille du 18 mars 
ibH^K 11 fit reconnaître en 1612 le terrier de la seigneurie 
de Tnorn et paya, le 23 juillet 1625, à Gabrielle Odde, 
^blie â Cre.Ht, 8,2 5o livres en capital et 3oo livres d'in- 
iètèi%. En récompense de ses services dans le Royans, 
Henri III, par lettres du 10 décembre i58o, accorda à 
Sébastien de Lionne 5oo écus d'or de pension sur l'épargne 
royale. Il devint le 3 janvier suivant secrétaire de la chambre 
du roi et de la reine-mère Catherine de Médicis. Il occupa 
ennuite le» emplois de receveur des finances dans le Brian- 
çonnai» et de trésorier des États en 1 672 *, de premier consul 



(i) Letteint, commune d^Âoust- Saint-Didier, canton du Pont-de-Beau- 
voisin (Itère). 

(2) Il te démit de cette fonction parce que Laurent de Maugiron, lieute- 
nant général de la province, avait enlevé de force 4,000 écus des coffres de 
sa recette et qu^il n'avait pas pu obtenir justice de cette violence. Il avait 




SUR LA FAMILLE DE LIONNE. I7 

de Grenoble en i583, de contrôleur des greniers à sel du 
Dauphiné le 2 mars [684, d'intendant de Tarmée du roi le 
19 décembre iSSg. Il contribua à maintenir les château.^ et 
forteresses du Royans sous l'obéissance du roi; aussi les 
ligueurs menacèrent sa vie et saccagèrent sa maison de 
Grenoble, « et de tous ses biens il ne sauva que sa vie et sa 
vertu ». Sur la recommandation de Lesdiguières, il fut 
nommé, par brevet du 3i décembre iSgo, premier prési- 
dent de la chambre des comptes de Savoie et Piémont. Il 
avait été anobli par lettres données à Blois en décembre 
i58o et enregistrées le 18 juillet suivant ^ Il fit son testa- 
ment le 18 août 1626, où il nomme pour ses enfants : 

I® Hugues, dont l'article est plus loin. 

2® Artu^, qui a fait la branche de Paris. 

3® Humbert , qui a fait la branche de Grenoble. 

4® Catherine, mariée à Humbert Odde, seigneur de 
Triors, et morte sans enfant. 

5® Isabeau, femme de Jean-Baptiste de Franc, trésorier 
de France en Dauphiné, d'une famille originaire d'Abbe- 
ville en Picardie. 

6® Low/^^, qui épousa , le 24 avril 1604, Jean de Valer- 
nod, seigneur de Champfagot en Vivarais, fils d'Alexandre, 
maître en la chambre des comptes, et de Sébastienne de 
Garagnol, et neveu de Pierre de Valernod, évêque de Nîmes. 
Louise eut deux fils: Hugues, lieutenant-colonel au régi-^ 



siégé en cette qualité de trésorier aux États du Dauphiné réunis à Romans 
le 16 janvier iSyS sous la présidence de Henri III. 

(i) Chargé de rassembler et de faire valoir les preuves de noblesse de la 
famille de Lionne, Guy AUard se garda bien de produire ce titre authen- 
tique d'anoblissement, comme trop récent. Il préféra, suivant son habitude, 
citer d'anciennes révisions de feux, que lui seul avait vues et qui en somme 
ne prouvaient pas grand chose. 

2 



l8 NOTICE HISTORIQUE 

ment de Ragny, et Humbert, abbé général de Saint- Ruf. 
Étant veuve, elle devint en lôSy la première supérieure de 
la confrérie de la Charité de Saint-Vallier. 



r^ Branche^ de Romans. 

VIII. ÏIuGUES I, seigneur de Lesseins, d'Aoust, de 
Triors et de Flandènes, docteur en droit, conseiller au par- 
lement de Grenoble par lettres du 3 janvier i6i3, en rem- 
placement et sur la résignation de son frère Artus, charge 
qu'il occupa jusqu'à sa mort et dans laquelle il eut pour 
successeur Pierre Béatrix de Saint-Germain. Il contracta 
mariage, le i5 juillet i6i5, avec Laurence de Claveysôn, 
dame de Lesseins , fille de Charles de Claveysôn , gouver- 
neur de Romans % et de Renée du Pelo'ux *, laquelle, héri- 
tière testamentaire de son frère Charles, apporta à son mari 
les terres de Claveysôn, Mureils, Mercurol et Hostun. Le 
27 juin i63i sa mère acheta les biens d'Abraham Odde, 
sieur de La Bastide , et elle-même acquit le 20 avril sui- 
vant la terre de Parnans. Hugues avait testé en faveur de 
sa femme le 14 octobre i63o et était mort le 17 de la peste, 
qui faisait alors de grands ravages dans Romans. Il fut in- 
humé dans l'église des Cordeliers, à laquelle son habitation 



(1) Le gouvernement de Romans avait été acheté en 1624 par M. de 
Claveysôn de M. de Saint-Ferréol , au prix de 24,000 livres. Il rapportait 
400 écus « très-bien payés », moitié par la ville, moitié par le roi. 

(2) Charles de Claveysôn testa le 16 septembre 1621 et Renée du Peloux 
le 5 novembre 164c. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 1 9 

était attenante. Laurence de Çlaveyson survécut longtemps 
à son mari et fit son testament le 2 avril i656. 
De cette union naquirent sept enfants , savoir : 

IX. Sébastien II, seigneur de Triors, de Lesseins, 
d'Aoust, d'Hostun et de Mercurol, reçu docteur in utroque 
jure à Rome le 27 octobre lôSy, avocat en la cour de Gre- 
noble le i"mars i638, conseiller au parlement du 20 juin 
1641, charge qu'il exerça avec distinction jusqu'en 1666, 
époque où il devint gouverneur de Romans, par suite de la 
mort de son frère Humbert ^ Il fut fait conseiller d'Etat par 
lettres patentes du 20 avril 1648 et intendant de Casai la 
même année. De concert avec sa mère, il céda , le 24 avril 
i652 , le château de La Bâtie à son frère Charles et trans- 
mit la seigneurie de Triors à Humbert, son autre frère, 
par une vente secrète, passée à Grenoble chez M.® Mallet, 
•notaire, le 22 janvier i658. Enfin, grâce aux bons offices 
de son cousin le ministre , il fut créé marquis de Çlaveyson 
par lettres patentes de décembre i658 *. Par délibération 
du 20 octobre 1673, le conseil communal de Romans 
Texempta des droits de pontonnage pour les denrées de ses 
domaines, « en considération de ce que son habitation était 
dans la ville et de ses bons offices de charité à l'endroit des 
pauvres d'icelle ». Il mourut le 18 mars 167 5, âgé de 61 
ans. Il avait épousé, le 23 décembre 1642, Catherine 
Béatrix-Robert de Saint-Germain, fille de Pierre, conseiller 
au parlement , et de Catheriiîe de Bouqueron , de laquelle 
il eut deux filles. 



(i; n prêta le serinent de cette charge en août 1666, entre les mains du 
duc de Lesdiguières, avec Tautorisation du chancelier Séguier. 

(2^ Ce marquisat était composé de quatre paroisses : Çlaveyson, Saint- 
Andéol, Saint- Véran-de-Rives et Saint-Jean-de-Mureils. 



20 NOTICE HISTORIQUE 

a. J eanne- Renée , marquise de Claveyson, mariée le 27 
avril 1675 à son cousin issu de germain, Louis-Hugues de 
Lionne. Guy Allard a fait d'elle cet éloge alambiqué : « Chez 
elle Tesprit est aussi beau que le jugement est solide. Elle 
est née sans doute pour toutes les belles choses, qu'elle con- 
naît et dont elle se sert adroitement, même sans le secours 
de son âge. » 

Elle fit, à la date du 21 octobre 1680, un testament olo- 
graphe, dans lequel elle institua pour son héritier universel 
Charles-Hugues de Lionne, son fils, avec substitution de 
M."' de Saint-Germain, sa mère, et Charles de Lionne, 
son oncle, abbé de Saint-Calais. Elle mourut le 18 décem- 
bre suivant, âgée seulement de 24 ans. 

b. Clémence, qui fut religieuse à Montfleury. 

2** Humbert II, seigneur de Flandènes, « homme fort 
savant, » gentilhomme de la manche du roi, gouverneur 
de Romans après son père. Le pont sur l'Isère s'étant écroulé 
dans la nuit du i*' décembre i65i, il obtint de le faire re- 
construire à ses frais, à condition de percevoir pendant 
trente années, de 1664 à 1694, les droits de passage \ Il 
fut ambassadeur auprès de l'électeur de Brandebourg, mais 
ne voulut pas aller en Suède, où son cousin Hugues de 
Lionne désirait l'envoyer. Il mourut le 12 avril 1666, à la 
suite d'un accident qu'on ne fait pas connaître. 

3" Charles, dit l'abbé de Lesseins, né à Romans en 1626. 
Ce fut un personnage important par sa naissance, ses di- 
gnités, son faste et le double pouvoir ecclésiastique et civil 
qu'il exerça pendant cinquante ans dans une ville où son 
nom est resté dans le souvenir de la population. Il était 
chanoine sacristain de la collégiale de Saint- Barnard , con- 



(i) Voyez notre Notice historique sur le pont de Romans, p. 18. 



SÛR LA FAMILLE DE LIONNE. 2 I 

seiller du roi, seigneur de Triors * et de Génissieu, qu'il 
acheta avec la coseigneurie de Saint- Paul, le i6 janvier 
i658, de Guigou de Chapolay, au prix de 9,000 livres. Il 
était en outre abbé de Tabbaye royale de Saint-Calais *, 
prieur de Saint-Marcel-du-Sauzet, d'Antonave, de Balons 
et Lachamp et de Beaumont, agent général du clergé de 
France et même, malgré son caractère religieux, gouver- 
neur de Romans en 1675. Il fit le voyage de Rome et se 
trouva dans cette ville pendant le conclave, au commence- 
nient de i655 ^. Son cousin le ministre des affaires étran- 
gères, n'ayant pas pu lui faire obtenir Tévêché de Gap, non 
plus que celui de Grenoble, le dédommagea en lui procurant 
plusieurs bénéfices. 

Il fit reconstruire en 1667 le château de Triors ^ et Thôtel 
des Allées à Romans, dont il fit une résidence princière et où 
il eut rhonneur de recevoir, au commencement de mars 1 701, 



(i) Il hommagea bien tardivement et comme par remords de conscience, 
le 7 juillet 1701, la seigneurie de Triors au chapitre de Saint-Barnard, par 
procuration donnée à M. de Lacour, chanoine, et se soumit à tous les droits 
féodaux, qui très-probablement ne furent jamais payés. 

(2) Saint-Calais-le-Désert, dans le diocèse du Mans, de Tordre de Saint- 
Benoît, fondé l'an 329. Cette abbaye rapportait 8,000 livres annuellement; 
mais en 1701 le prix de ferme fut abaissé à 6,000. 

(3) Pendant son séjour à Rome, Tabbé de Lesseins s'occupa beaucoup de 
beaux-arts et surtout de peinture. Il y fit l'acquisition de plusieurs tableaux, 
originaux ou copies de grands maîtres, dont il orna plus tard la belle 
galerie de son château de Triors. C'est peut-être en souvenir de ce séjour 
dans la capitale du monde chrétien que Barbier, de Mercurol , lui dédia 
son Voyage à RomCj fait en 16G7, mns. 71b de la bibliothèque de Lyon, 
imprimé en 1671 sous ce titre : Voyage d'Italie tant par mer que par 
terre, Paris, Jean de Bray, in-S", 160 p. — Voir sur Barbier, de Mercurol, la 
notice intéressante de M. A. de Gallier {Bulletin de la Société archéolog. 
de la Drame f t. viii, p. 410). 

(4) Voyez notre brochure sur La Seigneurie de Triors, p. 3y. 



22 NOTICE HISTORIQUE 

les ducs de Bourgogne et de Berri, petits-fils de Louis XIV. 
A cette occasion il fit ériger, à l'entrée de ses jardins, un 
arc de triomphe assez élégant, qui n'a été démoli qu'en 
1862 '^Suivant une tradition très-accréditée , mais peu 
vraisemblable, Fabbé de Lesseins serait mort de chagrin 
parce que les deux princes auraient fait enlever de la table à 
laquelle ils devaient s'asseoir un troisième couvert destiné 
au maître de la maison. Il suffira de faire remarquer que ce 
dernier, âgé de 81 ans, ne mourut que cinq mois après 
l'événement. Il était de trop bonne maison et trop instruit 
des usages de la cour pour avoir, dans une^ circonstance 
aussi importante, méconnu l'étiquette et les convenances, 
qu'au reste aurait rappelées le maître d'hôtel des princes. 

Quoi qu'il en soit, par son testament olographe du 8 
juillet 1701 et un codicille du même jour, reçu par M.® Pierre 
Legentil, notaire, en présence de huit témoins, il donne au 
chapitre de Saint-Barnard 2,000 livres pour les réparations 
des voûtes de l'église, une rente de 20 livres pour une messe 
anniversaire et huit pièces de tapisserie représentant les 
mystères de la Passion *, 5o livres à l'hôpital de Sainte-Foy, 
pareille [somme à chacun des couvents des Cordeliers, des 
Capucins et des Récollets, 27 sétiers de grains aux pauvres 
de la paroisse de Triors et 10 à ceux de la paroisse de 
Génissieu, 4,000 livres à Catherine Bodon, sa filleule, 400 



(i) Monument d'ordre dorique, composé d'un arc dressé entre huit co- 
lonnes formant deux groupes et supportant un entablement. Son ouverture 
laissait un passage de trois mètres et sa hauteur était de six mètres en- 
viron. 

(2) Cette upisserie appartient encore à l'église de Saint-Barnard, où elle 
fait l'admiration des connaisseurs. Elle porte un écusson brodé aux armes 
de la famille de LouUe; ce qui indique que c'est le meuble laissé par 
Hélène Tardy, veuve de Pierre de Loulle, dans son testament du 16 juin 
1675. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 23 

livres à M. Jassoud, son médecin, diverses sommes et des 
logements à onze de ses serviteurs. Enfin , il lègue aux en- 
fants nés ou à naître de Joseph de Lacour, avocat au par- 
lement, et de Charlotte de Paris son domaine de Parnans, 
avec le cheptel et les meubles y étant, plus une vigne située 
hors la porte de Saint-Nicolas et la maison où habitent les- 
dits sieur et demoiselle de Lacour, avec le petit jardin en 
dépendant. Quant au résidu de ses biens, le testateur ins- 
titue pour son légataire universel M." Joachîm de Lionne, 
son cousin, premier écuyer du roi, commandant la grande 
écurie du Louvre, à la charge de rendre l'héritage, après 
son décès, à M.'® Charles de Lionne, son petit-neveu, et, 
en cas de mort de ce dernier sans enfant, il substitue M." 
Camille d'Hostun, comte de Tallard, et M.'* François 
d'Hostun, marquis de La Baume, son fils aîné , et il nomme 
pour son exécuteur testamentaire M.'* Louis de Baisse, 
sièur de Saint-<2halier, chevalier de Tordre du Mont-Carmel 
et de Saint-Lazare, en le priant d'accepter un don de i,5oo 
livres pour ses peines. 

L'abbé de Lesseins décéda le i6 août 170 1 et fut inhumé 
dans l'église de Saint-Barnard \ Les scellés furent apposés 
par les soins de MM. Gondoin et Trollier, chanoines, qui 
inventorièrent tous les papiers du défunt et les remirent à 
M. Pourroy de.L'Auberivière, nouveau sacristain du cha- 
pitre. Joachim donna sa procuration à son neveu Le Bout 
de Saint- Didier, conseiller au parlement de Grenoble, et 
n'accepta l'héritage que sous bénéfice d'inventaire; car, 
malgré les revenus de plusieurs seigneuries et bénéfices ^ 



(i) Les consuls de Romans, qui avaient toujours eu de bons rapports 
avec Tabbé de Lesseins, soit en sa qualité de sacristain de l'église, soit 
comme gouverneur de la ville , firent célébrer en son honneur un service 
solennel, auquel assistèrent le chapitre et tout le clergé. 



24 NOTICE HISTORIQUE 

l'abbé de Lesseins avait fait de si grandes dépenses dans des 
constructions et pour le train de sa maison , et surtout ap- 
porté si peu d'ordre dans l'administration de sa fortune, 
qu'il mourut à peu près insolvable '. 

L'inventaire du mobilier comprenait plus de i,65o articles, 
parmi lesquels une bibliothèque de 198 volumes in-folio et 
893 in-4® et autres formats; une argenterie de 5 grandes 
cuillers, 32 couverts, 4 salières et 10 chandeliers; un ar- 
senal de 42 mousquetons, 18 boîtes à tirer et 4 faucon- 
neaux ou petites pièces de canon ; une galerie de 247 tableaux, 
comprenant des portraits de famille, du roi et de la reine, 
les amours de Vénus et d'Adonis, d'après L'Albane, une 
bacchante, de Chaperon, les forges de Vulcain, copie faite 
à Rome, le portrait deMarion Delorme, original de Juste, 
les quatre saisons, d'après des originaux de Rome, une 
Madeleine en cheveux blonds, une Musique, de Paul Vé- 
ronèse, etc. Tout le mobilier fut vendu à l'encan, et ce 
n'est qu'après la vente des seigneuries, faite le 7 septembre 
1709 à M. Charles Chabot de Lasserre, au prix de 60,000 
livres ^, qu'une parcelle de 6,730 livres fut allouée à l'hé- 
ritier. 

Les armes de l'abbé de Lesseins étaient parti de Lionne 
et de Claveyson, l'écu sommé d'une mitre et d'une crosse. 

4** Charlotte se fit religieuse dans le monastère de Sainte- 
Ursule de Grenoble, 



(i> Un fait donnera une idée de ses procédés financiers. Il avait emprunté, 
le 24 septembre 1688, à PAumône générale une somme de i,b^% livres. Le 
capital et les intérêts pendant onze ans n'ayant pas été payés, la succession 
pour s'acquitter de cette dette dut remettre 2,898 livres. 

(2) Dans le dénombrement de cette acquisition, comprenant les seigneuries 
de Triors, Génissieu et Saint-Paul, il est fait mention du château de La 
Bâtie, « dont la beauté est d'un grand prix dans ladite acquisition, puisque 
ce n'est qu'en faveur du bâtiment que ladite terrera été achetée si cher ». 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 25 

5* Bonne entra dans le même couvent. Elle fut appelée 
par les Ursulines de Chambéry pour être leur supérieure , 
fonctions qu'elle remplit à la grande satisfaction de ses 
compagnes. 

6* Laurence prit Thabit dans Tabbaye de Montfleury, où 
Ton ne recevait que des filles nobles. Étant prieure générale, 
elle dota sa communauté de la belle seigneurie de Sappey, 
acquise le i" septembre lôgS de M. Jouffrey. 



IP Branche, de Paris. 

X. Artus, né le i*' septembre i583, seigneur d'Aoust, 
docteur en droit , conseiller au parlement de Grenoble le 
29 janvier i6o5. Il épousa, le 17 mars de la même année, 
Isabeau Servien, fille d'Antoine, seigneur de Biviers, et de 
Diane Bally, et sœur d'Abel Servien, surintendant des 
finances, qu' Artus avait remplacé dans la charge de con- 
seiller '. 

Ayant eu la douleur, en 161 2, de perdre sa femme, âgée 
de 2 1 ans ^, il s'engagea dans les ordres sacrés et fut nommé 



(i) L^alliance d'Artue de Lionne avec Isabeau Servien fit naître de nom- 
breuses relations d'intérêts et d'amitié entre ces deux maisons, à ce point 
que leurs histoires sont en plusieurs points inséparables et que, par un 
singulier hasard, elles ont eu assez exactement les mêmes destinées. En 
effet , elles apparaissent dans le même pays au milieu du XIV' siècle, pro- 
duisent également des diplomates distingués, des honorables magistrats et 
des vertueux prélats, pour finir par des militaires dissipateurs et des 
femmes légères, et enfin s'éteindre l'une et Pautre au commencement du 
XVIII- siècle. 

(2) Noble Jean de BufFévent de Murinès a publié sur la mort de cette 
dame un Discours consoîatoire, Paris, in-4*', 16 12, et Jérôme de Bénévent, 
un autre discours sur le même sujet. 

3 



26 NOTICE HISTORIQUE 

chanoine de l'église de N. D. de Grenoble, dans laquelle, 
le 9 janvier 1623, il prononça une oraison funèbre sur le 
trespas de messire François de Salles. Il devint, le i3 
août 1634, coadjuteur de Salomon du Serre, évêque de 
Gap , qu'il remplaça en mai lôSy. Il fit son entrée solen- 
nelle dans sa ville épiscopale le 19 avril 1640. Il en recons-*^ 
truisit réglise , ruinée par les protestants en iSyy, et rédigea 
rhistoire des évêques de son diocèse '. Il s'occupa aussi 
beaucoup de mathématiques et publia des mémoires sur 
divers problèmes ^. Après avoir refusé l'archevêché d'Em- 
brun, auquel il avait été nommé le 8 août i658, et le riche 
évêché de Bayeux en i65g, il donna sa dénifesion en 1661 
et se retira auprès de son illustre fils, à Paris, où il testa le 
16 avril de cette dernière année et mourut le 18 mai i663, 
et non dans son abbaye de Solignac, comme on Ta écrit ^. 

XL Hugues, fils du précédent, né à Grenoble, le 11 
octobre 16 11, marquis de Fresnes et de Berni ^, ministre et 
secrétaire d'État des affaires étrangères, prévôt et grand- 
maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit ^, etc. 



(i) Cette histoire a pour titre : Rolle des évêques de Gap sur lesquels 
nous avons pu avoir quelque mémoire. 

(2) On a de lui un petit ouvrage de jeunesse intftuié : Amœnior curvili- 
neorum contemplatio. Lyon, in-4", 1654. 

(3) Son oraison funèbre . a été prononcée dans la cathédrale de Gap par 
le prieur de Charmes. Grenoble, Gallet, 1664, in-4*. 

(4) Fresnes, près de Claye; Berni, près d'Orléans. 

(5) Le musée de Grenoble possède un grand et beau tableau, peint par 
Philippe de Champagne, dont le sujet est la réception de Philippe de 
France, duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans, comme chevalier de l'ordre du 
Saint-Esprit, le lendemain du sacre de Louis XIV, 8 juin i658. Aux côtés 
du récipiendaire, qui est à genoux, se tiennent debout, avec deux autres 
personnages, Abel Servien et Hugues de Lionne : le premier remplissant 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 2^ 

Dans le travail généalogique de Guy Âllard sur la famille 
de Lionne on trouve deux panégyriques de ce ministre. 
Dans le second, le plus complet, la précision et la dispo- 
sition des faits et Texactitude des dates dénotent évidemment 
une communication officieuse des services de l'intéressé, où 
la modération de la louange n'est que la juste appréciation 
de réminence des talents et des ser\'ices rendus. En effet, il 
suffisait de raconter les actes mémorables et avantageux 
pour la France auxquels cet illustre homme d'Etat avait 
pris part. Louis XIV n'a pas eu de ministre plus habile, 
plus heureux , plus sage et plus loyal , en un mot plus grand, 
au dire de Saint-Simon '. Ses successeurs, pour conserver 
leurs places, furent plus préoccupés de plaire au maître 
que de servir le pays. Par leur politique outrée, le manque 
de mesure et de bonne foi, ils provoquèrent ces guerres 
interminables qui conduisirent la France à deux doigts de 
sa perte *. 



les fonctions de garde des sceaux de Tordre et le second, celles de grand - 
maître des cérémonies. Cette magnifique toile a été donnée à la ville de 
Grenoble par le gouvernement de l'empereur. On peut conjecturer qu^elle 
a été commandée par Hugues de Lionne, afin de conserver le souvenir de 
la seule cérémonie ou il avait eu l'occasion d'exercer les fonctions d'une 
charge qu'il n'a occupée que peu de temps. Ce tableau ne figure pas dans 
le catalogue dressé après le décès du ministre. \\ avait été probablement 
exécuté pour être donné à son oncle Humbert de Lionne, à qui il disait 
hommage de tout ce qui lui arrivait d'heureux. Il ne faut pas confondre ce 
tableau avec celui du même artiste représentant la tenue du chapitre de 
Tordre du Saint-Esprit à Fontainebleau, en i633, qui fut placé dans 
l'église des Augustins. 

(i) Cependant, par un oubli au moins étonnant, le nom de ce grand 
ministre n'est même pas cité dans le vaste et savant ouvrage intitulé Uart 
de vérifier les dates, quoique bien des personnages secondaires y soient 
mentionnés. 

• 

(2) Toutefois, il faut remarquer que la France, étant continentale et ma- 
ritime, agricole et manufacturière, est fatalement en rivalité avec chacun 



28 NOTICE HISTORIQUE 

Les historiens et les biographes ont accusé Hugues de 
Lionne d'avoir été inconstant, paresseux, joueur, ami des 
plaisirs. Dans sa correspondance intime avec son oncle on 
le voit , au contraire , extrêmement occupé , très-entendu en 
affaires et fort intéressé. Il parle souvent de placements 
d'argent , d'achats et de ventes de propriétés et de charges. 
Il va jusqu'à gémir sur les dépenses qu'il fait dans les am- 
bassades et même pour la réception du roi et de la reine à 
son château de Berni. Le désordre de ses affaires vint de 
ce que, malgré les dons du roi, qui s'élevèrent à 1,100,000 
livres et à 20,000 écus de rentes en bénéfices % il se mit 
deux lourds fardeaux sur les bras en construisant un im- 
mense hôtel à Paris et en achetant la charge de secrétaire 
d'Etat des affaires étrangères au prix énorme de 3oo,ooo 
écus et 100,000 francs d'étrennes , soit plus d'un million de 
livres^. De ses revenus, qui montaient à 200,000 francs, 
il fît deux parts : 70 à 76,000 furent réservés pour la dé- 
pense de sa maison et le reste fut consacré à l'amortisse- 
ment de ses dettes. A quoi on peut ajouter que sa femme 
n'était pas riche et qu'il fut même obligé de payer une pen- 
sion alimentaire à sa belle-mère. Enfin , il mourut suivant 
les uns par suite d'excès de toute sorte , de chagrin selon 
d'autres ou d'un régime trop sévère, au dire de Saint-Simon, 



de ses voisins sur un point quelconque et par conséquent sans alliés 
naturels : ce qui rend le rôle de ses diplomates fort difficile et ingrat ; car 
on a beau être habile, sans la force, les intérêts ne se laissent guère per- 
suader. 

(i) A ces gratifications royales on pourrait encore ajouter des cadeaux 
diplomatiques, consistant en des sommes importantes, des boîtes d'or en- 
richies de pierreries, des chevaux de prix, etc. 

(2) Le marc d'argent étant alors à 3o livres, un million valait intrinsè- 
quement un million six cent soixante-six mille francs, représentant au 
moins quatre millions de nos jours. ^ 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 29 

en suivant la méthode du célèbre Cornaro % supposition 
difficile à concilier ; et, pour achever Tincertitude à ce sujet, 
on lit dans V Année sainte de la Visitation que « son décès 
ne fut pas naturel ». 

Voici, par ordre des temps, les nombreuses et hautes 
fonctions quMl remplit et les principaux actes auxquels il 
participa. Nous en empruntons d'autant plus volontiers le 
tableau au manuscrit de Guy Âllard que, comme tout 
porte à le croire, il a été dressé par le ministre lui-même. 

« Étant jeune encore , son père le confia à la direction de 
son oncle Servien, qui en ce temps -là venait d'être fait 
secrétaire d'Etat à la place de Monsieur de Beauclère, et 
qui, se trouvant dans une grande considération à la cour, 
pouvait lui donner lieu à ne pas laisser inutiles les talents 
naturels qu'il avait et lui faciliter son élévation aux grandes 
charges. 

» Monsieur de Servien , son oncle, pour lui donner une 
teinture des affaires, commença par le mener avec lui, en 
i63o, à Quérasque, où il assista au traité de paix qui y 
fut conclu, et à son retour, le voyant d'un esprit plus mûr 
que son âge ne le portait , il lui donna la première commis- 
sion de sa charge, quoiqu'il n'eût alors que dix-huit ans. 

9 Dans un âge si peu avancé , le cardinal de Richelieu , 
qui avait un merveilleux discernement pour le choix des 
sujets propres aux grands emplois, pénétrant son génie ^ 
conçut une estime si particulière pour lui que, quoique 
son oncle fût disgracié quelques années après et privé de sa 
charge, il le voulut retenir au maniement des affaires. Mais 
il refusa et s'en alla faire un voyage à Rome. Ce fut en^i636. 



(i) Cest Tauteur d'un ouvrage qui a pour titre : La tobriété et set âvati' 
tage$j ou le vrai moyen de se conserver dans une santé parfaite jusqu^à 
Vdge le plus avancé. 



30 NOTICE HISTORIQUE 

Il y acquit ramitié et la confiance du cardinal Mazarin, et 
Ton peut dire que depuis ce temps-là il a presque toujours 
été pour ainsi dire son principal confident. Quand ce car- 
dinal fut nommé par le feu roi, en 1641, pour aller seul 
plénipotentiaire à Munster, Monsieur de Lionne fut aussi 
nommé seul secrétaire d'ambassade pour en avoir le secret 
et en tenir la plume. Mais comme la mort du roi changea la 
face des choses, la reine régente, qui connut que les conseils 
du cardinal étaient trop nécessaires au roi, son fils, et à elle 
dans rembarras des affaires pour songer à l'éloigner, envoya 
d'autres ambassadeurs à Munster et ordonna à Monsieur 
de Lionne de travailler sous Son Éminence, de manière que 
s'il n'alla pas traiter la paix sur les lieux, il n'y eut pas 
moins de part, puisque durant tout le temps qu^elle se 
traita il en donna les instructions. Il en écrivit les dépêches 
et en fit tous les ordres, et il eut le crédit de faire nommer, 
^en 1643, son oncle de Servien ambassadeur et plénipoten- 
tiaire pour la même paix de Munster. 

» En 1 642 il fut envoyé en Italie pour pacifier les diffé- 
rends du pape Urbain VIII et du duc de Parme, et il en 
vint fort heureusement à bout par un accommodement qu'il 
fit avec le cardinal Bichi, ensuite d'un discours fort vigou- 
reux qu'il prononça devant le sénat de Venise, ce qui fit 
dire à toute l'Italie que la sagesse consommée de ce sénat 
.avait cédé aux persuasions d'un jeune homme. 

» Au retour de cette négociation, il fut fait conseiller 
d'Etat en 1643 (le i5 août) et il en prêta le serment. 

» En l'année 1646 (le i3 août) la reine le fit secrétaire de 
tous ses commandements , et comme elle était régente , il 
devint par ce moyen dépositaire de son secret et de toute la 
confiance de la cour. 

» En i65i elle lui donna place dans le conseil de cons- 
cience et il en expédiait tous les ordres et les résolutions. 



SUR LA FAMILLE DE UONNE. 3 1 

» En i653 (le 28 février) la reine l'honora de la charge 
de prévôt et grand-maître des cérémonies des ordres du 
roi *. 

» Il fut envoyé ambassadeur en 1654 vers les princes 
d'Italie et assista en cette qualité au conclave où fut élu le 
pape Alexandre septième. 

» En- 1655, après l'élection du pape^ il fut rappelé en 
diligence pour aller traiter la paix à Madrid. Son pouvoir 
fut tout entier écrit de la propre main du roi , en présence 
d'un seigneur espagnol, qui le vit signer et qui suivit Mon- 
sieur de Lionne à Madrid pour en porter témoignage au roi 
d'Espagne : marque extraordinaire de son maître, qui lui 
confia en quatre lignes tous les intérêts' de sa couronne et 
sans réserve. 

» Voici les propres termes de ce pouvoir : 

« Je donne pouvoir au sieur de Lionne, conseiller en mon 
» conseil d'État, d'ajuster, conclure et signer les articles 
» du traité de paix entre moi et mon frère et oncle le roi 
» d'Espagne, et promets, en foi et parole de roi, d'ap- 
» prouver, ratifier et exécuter tout ce que ledit sieur de 
» Lionne aura accordé en mon nom , en vertu du présent 
» pouvoir. 

» Fait à Compiégne, le premier jour du mois de juin 

i656. 

» Louis. » 

» Il avança tant à Madrid une négociation si glorieuse 
et si importante que tous les articles de la paix y furent 
arrêtés, à la réserve d'un seul point, ce que marque assez 
le traité des Pyrénées , où il est dit que ce traité de paix çst 
fondé sur la négociation de Madrid. 

(i) Il en fit les fonctions au sacre de Louis XIV, le 7 juin 1654. 



32 NOTICE HISTORIQUE 

» En 1657 il fut envoyé à la diète de Francfort en -qualité 
d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire dans Tem- 
pire et tous les royaumes du Nord ', au sujet de Pélection 
de Tempereur et de la pacification à ajuster entre tous les 
princes chrétiens. Cest là qu'il rendit un service important 
à rÉtat en faisant cette ligue du Rhin, qui, partageant 
comme en deux parts tout Tempire entre le roi et l'empereur, 
opposait à la maison d'Autriche la moitié des princes d'Alle- 
magne pour fermer le passage à toutes les troupes qu'elle 
voulait envoyer au secours de l'Espagne en Flandres, ce 
qui dans la suite obligea les Espagnols à donner les mains 
à une paix aussi désavantageuse pour eux que le fiit alors 
celle des Pyrénées. 

» La gloire de ces trois importants emplois est assez bien 
exprimée dans ces paroles que M. de Lionne écrivit lui- 
même, sans aucune préparation, dans le livre des bourg- 
mestres de Francfort , dans lequel ils ont coutume de prier 
les personnes de considération qui passent par leur ville de 
signer, pour en conserver la mémoire. 



(i) Le roi accrédita ses plénipotentiaires, le maréchal de Grammont et 
Hugues de Lionne , par la lettre suivante : 

« Mon frère, envoyant en Allemagne, en qualité de mes ambassadeurs 
extraordinaires et plénipotentiaires de toute détendue de l'empire et les 
trois royaumes du Nord , mon cousin le duc de Grammont , pair et maré- 
chal de France, ministre d'État, etc., et le sieur de Lionne, marquis de 
Fresnes, conseiller ordinaire, je leur ai ordonné de commencer leur am- 
bassade par chez vous. Je vous prie de leur donner entière créance sur 
tout ce qu'ils vous diront de ma part touchant les afiaires publiques et 
lorsqu'ils vous assureront de la singulière affection que j'ai pour votre per- 
sonne et l'estime que j'en fais. Priant Dieu qu'il vous ait, mon fr^re, en 
sa sainte garde. 

» Escrit à Sedan, le 27* jour de juillet 1657. 

» Votre bon frère, 

» Louis. » 




SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 33 

» Voici les termes : 

Quod nulli forsan mortalium contigit , , 

(Vana absit gloria) ob fidem enim non sapientiam , 

Intra triennii terminum, 

A Domino meo clementissimo, 

Christianissimo rege praefectus 

Romae , Madriti , Francofurti , 
Creationi Summi Pontificis , unicus pacis arbiter, 

Electioni Imperatoris , 
Primo in bonum orbis christiani féliciter perfecio , 
Secundo in ejus perniciem ab Hispanis dilato, 
Tertium , quod Deus bene vertat , expecto. 

Francofurti, junii i658^ 



(i) Dans une ancienne copie provenant des archives de la famille de 
Lionne, dont nous devons la communication à M. A. de Gallier, on trouve 
sur le même sujet le texte suivant, qui o£i|^ d'importantes variantes : 

« Mons/ l'ambassadeur de Lionne fit sur-le-champ ce que les plus doctes 
auroient eu de la peine à faire avec de longues études : c'est justement un 
éloquent abrégé de ses beaux employs. 

» Quod nulli forsan mortalium contigit, 

Vana absit gloria, 
Ob fidem enim, non sapientiam, 

A sacra christianiss.* regiâ majestate Dno meo clementissimo 

Electus. 

Qui intra biennii terminum, 

Italo — Hispano — Germanicus, 

Tribus summis negociis 

Romae — Madriti — Francofurti ; 
Electioni summi Pont, unicus pacis arbiter, creationi imperatoris 
Cum omnimoda potestate nomine Régis adessem : 
Primo, in bonum orbis christiani confecto; 
Secundo, in ejus malvim ab Hispanis dilato; 
Tertio, quod ad felicitatem et tranquillitatem 

Imperii benevertat expecto. 

» Hugo de Lionne, marchio de Fresne, etc. 
Régis Christiassi in Germania legatus extraordi- 
narius, plenipotentiarius. 



34 NOTICE HISTORIQUE 

» Lorsque Pimentel, seigneur espagnol, vint incognito 
à Lyon, où la cour était, sur la fin de Tannée i658, pour y 
proposer le mariage du roi avec Tinfante d'Espagne, dans la 
vue de mettre obstacle à celui de la princesse Marguerite 
de Savoye, qui était sur le tapis, ce fiit Monsieur de Lionne 
qui fut employé pour faire connaître au duc de Savoye et à 
Madame royale Timportance de Talliance espagnole et pour 
leur faire goûter la nécessité où la cour était de rompre les 
engagements que Ton avait déjà pris avec eux. Il sut si 
adroitement conduire cette délicate négociation, qu^il les y 
fit consentir de bonne grâce. 

» Pour récompense de tous ces services, le roi, en 1659 
(le 23 juin), lui accorda des lettres patentes par lesquelles 
Sa Majesté le gratifiait de la dignité, état et charge de mi- 
nistre d'État, avec vingt mille li\Tes d'appointements. Ce 
fut en cette qualité que^ pendant que le cardinal Mazarin 
négociait avec Don Luis de Haro, premier ministre d^État 
d'Espagne, ce qui restait à ajuster pour la paix des Pyré- 
nées et le mariage du roi avec Tinfante d'Espagne, Monsieur 
de Lionne y travaillait aussi avec beaucoup d'application 
pour vaincre toutes les difficultés que Tobstination et la 
lenteur espagnoles y faisaient naître; et tous les Elspagnols 
étaient tellement persuadés de son mérite et de sa capacité 



» Mons/ le maréchal avoit signé, avec le verset ci-dessous du 26 psalme, 
propre à sa condition martiale : 

n Si consistant adversum me castra, 
Non timebit cor meum. 

» Antonius de Grammont, dux , par et mareschallus Francise, 
princeps de Bidache, Navarrac prorcx, etc. Régis Chrissi in Germania 
legatus extraordinarius, plenipotentiarius. 

» Francofurti, die i3» feb. i658. » 



SUR LA FAMILLE DE UONNE. 35 

que Don Luis de Haro même le traitait avec la dernière 
distinction. Voici ce qu'en dit le comte de Gualdo Priorati 
dans son Histoire de la paix : « Le jour même que le car- 
» dinal arriva à Bayonne, Pimentel s'y rendit pour le bien 
» complimenter de la part de Don Luis et le prier de prendre 
» soin d'une santé si précieuse à tout le monde, puisque 
» le repos de toute la chrétienté en dépendait. » 

» Le 27, le cardinal dépêcha le marquis de Lionne à Don 
Luis pour lui rendre sa civilité ; il y fut reçu des Espagnols 
avec toute sorte d'honneurs et de magnificence, bien qu'il 
n'eût alors aucun caractère par lequel il aurait pu représenter 
son maître. Plusieurs des plus qualifiés de la suite de Don 
Luis allèrent au-devant de lui deux lieues hors de la ville. 
On le logea dans une maison qui lui fut exprès préparée, et 
quoique le marquis de Lionne témoignât qu'il ne venait là 
que comme envoyé du cardinal, tous les grands et Don 
Luis lui-même le traitèrent d'Excellence et lui donnèrent la 
main droite. 

» Ce premier ministre vint au-devant de lui jusqu'à la 
moitié de la salle de ses gardes, lui donnant la première 
place à sa table. Il reçut visite en particulier de tous les 
grands qui étaient alors à Fontarabie, et les Espagnols 
publièrent que le marquis de Lionne, par le seul mérite de 
sa personne, sans aucun titre et qualité, devait être traité 
avec tous ces honneurs. 

» Comme Monsieur de Lionne avait soutenu tant d'em- 
plois importants et de confiance avec toutes les grandes 
qualités qu'ils demandaient et surtout avec une fermeté, un 
zèle et une fidélité sans exemple , le cardinal Mazarin , qui 
en avait une connaissance parfaite, crut en mourant ne 
pouvoir mieux marquer la passion qu'il avait toujours eue 
pour le service du roi qu'.en lui recommandant Monsieur de 
Lionne , et lui faisant connaître que les affaires étrangères 



ésLnr ^es ^iiis jnncrsntes ie jqii Fnir. dis ne se pcxrfaîait 
passer i: me .•7i7>h':m ;:i i'ine ^nniie- expojeaoe moîxidre 
que ^a Henné. 

> L xcunir la. irriff ie Trar^ Le a rio c» et le roty dcÊ- 
rant 1 âes ,:::r?H*?!.s . inrès xtcit cris ji fibne et CBofafe résolo- 
don de se c:2nt"h::re car ies jLcuLga limneres dsmts toutes les 
a£i:r;£s ie icc r::y7::rre, rsuic Xacsiear de f .««gwi^ pour 
èire une des r-cis crcm^èrss jéies ^ par Lesqœifies fi fidsah 
exvicurer ses trrjiciDLes v^iicccés diins le i^sovcmenient de 
TEur. Cest iiirs ce T'rfsgre .:^ae MooâeEir de liooDe a 
rendu i Li Fmrc* xiààizz dix ?nn^ et rasqa^aa jour de 
sa mort Les servicis Les ri-is cicsidérables. 

» Parmi ceux qu.i cet Le pi.c5 .*r' .t:,* soa cnérne et sa opaché 
parurent surtout en deui rencocrres ie nqKitxtîoo et de la 
dernière conséquence : Tun nt La supercherie que le boroo de 
BatieTule , ambassadeur d*ELspa^e« nt à Loodrcs ao comte 
d Estrades, au mois d'octobre lôô i , et l'autre Finsahe que 
les soldats corses de la garde du pipe Alexandre VII firent i 
Rome , Tannée suivante, à M. Le duc de Crâqoi, ambassadeur 
de France. Il poussa les choses avec tant de vigueur et en 
porta si haut la réparation que plusieurs vicuHres n*auraîent 
pas acquis au roi tant de gloire et un avantage si solide que 
les satisfactions publiques qu*on lui en fit, puisqu^au sujet 
de la première il obligea le roi d'Espagne lui-même à désa- 
vouer hautement le procédé de son ambassadeur à Londres 
et faire protester de sa part au roi dans le Louvre, par son 
ambassadeur à la cour de France, en présence de vingt-sept 
ambassadeurs ou envoyés de couronnes et de princes sou- 
verains, que son maître ne disputerait jamais le pas à la 
France, et que, à Tégard de la seconde, il obligerait Sa 



( i) l.c TGllicr, minintrc de la guerre; de Lionne, qui dirigeait les afiaires 
tftrNngèreH, et Kouquct, surintendant des finances. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 87 

Sainteté et la cour de Rome à souscrire, signer et exécuter 
les articles portés au traité de Pise, dont les principaux sont 
que le cardinal Chigi, cardinal, patron et neveu du pape, 
viendrait en qualité de légat en France pour faire des excuses 
à Sa Majesté, etc. '. 

» Cette année 1662 fut remarquable par deux autres im- 
portantes affaires, qu'il sut conduire et consommer très- 
heureusement avec tout le secret , toute la circonspection et 
l'adresse imaginables. L'une est la cession et donation- que 
le feu duc de Lorraine, Charles, a faites au roi de tous ses 
états , ses droits , prétentions et intérêts après sa mort, et 
Tautre l'union , l'achat de la fameuse place de Dunkerque *, 
dont la guerre présente avec l'Angleterre, la Hollande et 
l'Espagne ont fait si fort connaître l'importance. 

» Il fit la même année une ligue défensive avec la Hol- 
lande. 

» Après de si grands services, le roi, voulant lui donner 
une autorité plus spéciale sur les affaires étrangères , qu'il 
dirigeait seul comme ministre d'État depuis la mort du 
cardinal , lui ordonna de traiter avec MM. les comtes de 
Brienne, père et fils, pour la charge de secrétaire d'Etat du 
département des étrangers, de laquelle ils étaient revêtus, 
et il en fut pourvu par lettres de février i663. 

» Sur la fin de la même année, il renouvela l'alliance 



(i) Voyez RéGNiER-DESMARAis, Histoire des démêlés de la cour de France 
avec la cour de Rome, au sujet de V affaire des Corses, 1706; — Mémoires 
du cardinal Renaud; — Charles Gerin, L'affaire des Corses en 1662- 1664; 
— Revue des questions historiques, 1871, p. 68. 

(2) Elle eut lieu moyennant la somme de cinq millions, pour payer les 
dettes du roi Charles II. 

Voyez Remarques sur la reddition de Dunkerque entre les mains des 
Anglais. Paris, Cramoisy. 



38 

arec les Suîssb dans so-3 hctd et reçut à Saresne en au- 
dience Masta-Féra£i. a^h^ ssaJeur de Turquie '. 

« Sous son rnîriisrère et sa 'direction furent faits plusieurs 
ligues, traités ie oniédéraiion et traités de paix. 

» li fi:t le traité de Brédi en 1607 je 27 janvier) entre 
l'Angleterre et la Hoîla::de , la France et le Danemark ; im- 
portante paix qui faciîîîa au roi l'invasion qu^il fit la même 
année dans les Pays - Bas espagnols, où il prit plusieurs 
provinces. 

» Il fait en 1668 -2 mai le traité d^ALx-la-Chapelle, par 
lequel le roi retient et assure ses conquêtes de Flandres '. 



^i, « La manière dont il seut mesprïser la hauteur que Sft Hautesse pn- 
n tiquoit contre nos ambassade L;rs à Cocstantinople, en quadruplant le 
» temps des audiences, mesme la sienne *, ayant tait déclarer à Tambassa- 
» deur Musta-Féraga qu'il estoit le plus petit con:mis de Tempereur de 
» France, il demeura huit mois de l'obtenir. A la an il la lui donna à la 
» campagne, à Suresnes, couché sur un canapé; à peine se kva-t-il et se 
» rassit. Il lui fit donner un tabouret haut de deux pieds, pas large comme 
n la main **, et le traita avec une hauteur infinie. 11 fut autant de temps 
n pour celle du congé. 

» Le roi fut si touché de la manière dont M. de Lionne conduisît la 
n mortification qu'il donna à Musta - Féraga et à toute cette prétendue 
» gloire ottomane, qu*il défendit qu*aucun ministre (étranger) n^allât chez 
» les ministres Colbert et Le Tellier, chez qui ils alloient communiquer 
n les affoires les plus secrettes. » 

(Note de la main de Joachim de Lionne.) 

* Allusion aux avanies infligées aux envoyés Oelahaye et Nointel. 
** Par représailles de la fameuse question du so£a. 

Il existe une Relation de Vaudience donnée par le sieur de Lionns à 
Soliman Musta-Féraga, envoyé au roi par l'empereur des Turcs, le mardy 
Mj novembre 1669. Suresnes, in-4% 4 p. 

(2) Voyez Remarques sur le procédé de la France touchant la négociation 
de la paix, 1668, in-i2, 54 p. 

Lettre^ touchant l'état présent de la négociation de la paix entre les 
couronnes de France et d'Espagne, avec les articles de ladite paix, conclue 
le i juin à Aix-la-Chapelle, S. n. d. 1., 1668, in- 12, 48 p. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 3^ 

» En 1669 (le 3o octobre), aidé du cardinal, lors évêque 
et duc de Laon , il fait la paix des Jansénistes, si considé- 
rable pour T Eglise ^ ^^W^ 

» En 1670 il accommode la Savoj^CTivec Gênes et fait 
une alliance illustre en mariant sa fille avec le duc d'Estrées *. 

» Il conclut (167 1) le mariage de Son Altesse royale 
Monsieur avec la princesse Palatine, qui lui donna des 
droits sur la succession considérable du feu Electeur pa- 
latin. 

» Mais, parmi tous ces traités qu'il a faits pendant le cours 
de son ministère , le plus extraordinaire et le plus avanta- 
geux sans doute à la France fut celui de la ligue offensive 
et défensive qfiMl fit avec l'Angleterre en Tannée de sa mort, 
en 167 1. Traité d'une telle importance qu'ayant les accords 
de la triple Alliance deux fois bien renouvelés contre la 
France et rengagés tout de nouveau à La Haye à la conser- 
vation des Pays-Bas. Sa Majesté doit à ce traité toute la 
gloire et l'avantage des glorieuses, rapides et prodigieuses 
conquêtes qu'elle fit l'année suivante dans les Provinces- 
Unies. » 

Hugues de Lionne avait épousé, le lo septenîbre 1645, 
PaulePayen, fille de Paul Pay en -Deslandes, conseiller au 
parlement ^, et de Marguerite de Rives ^. Cette Paule 



(i) a Ce fut Madame de Longueville qui, en 1668, moyenna cette trans- 
action théologique , qui suspendit les débats du Formulaire et qu'on appela 
la paix de Clément IX, » (M."« de Sévigné, notes de la lettre 617.) 

(2) Il ne porta ce titre qu'après la mort de son père, en 1687. On rappe- 
lait comte de Nanteuil. 

(3) Famille originaire de Normandie, qui avait pour armoiries : d'or à 
trois tourteaux de sable. 

(4) Son contrat de mariage fut honoré d'une nombreuse et illustre 
assistance, savoir : François Servien, conseiller, aumônier du roi, abbé de 



40 NOTICE HISTORIQUE 

Payen eut, dit la chronique, une conduite des plus déré- 
glées, à ce point que le roi la fit enfermer dans un couvent 
à Angers, d^où elkU'e sortit qu^après la mort de son mari. 
Elle décéda le 20 mars 1704, âgée de 74 ans '. Bussi- 
Rabutin * dit que Madame de Lionne, « qui avait aspiré 
au cœur du roi, était une vieille femme, qui depuis long- 
temps secourait dans sa pauvreté le comte de Fiesque ^, 
son amant ». A cette double accusation on pourrai^obJecte^ : 
1 ® Madame de Lionne avait huit ans de plus que Louis XIV, 
et sa première jeunesse s'était passée à Pétranger, où elle 
avait accompagné son mari pendant ses voyages et ses 
séjours à Rome, à Francfort, en Espagne, où elle était 
devenue mère de six enfants ; 2® on ne peut («s dire d^une 
dame à peine âgée de quarante ans qu'elle est depuis long- 
temps une vieille fenmie. 

Suivant Saint-Simon, « Madame de Lionne était une 
femme de beaucoup d'esprit , de hauteur, de magnificence 



More, évêque de Carcassonne, son oncle, au nom et comme procureur de 
révoque de Gap ; la reine , mère du roi , régente de France ; le duc d'Or- 
léans, oncle de Sa Majesté; les cardinaux de Lyon, Bichi et Mazarin, le 
chancelier, le duc de Lesdiguières, le niaréchal de Bassompierre et le mar- 
quis de Villeroy, chevaliers des ordres du roi ; Humbert de Lionne, sieur 
de Flandènes, cousin Pierre de Gruel, seigneur de la Frette, cousin à 
cause de Bonne Servien son épouse ; François de Beauvilliers, comte de 
Saint-Aignan , cousin à cause d'Antomette Servien , son épouse ; Charles de 
Bauguemare, conseiller au parlement et président des requêtes du palais à 
Paris, cousin à cause d'Elisabeth Servien, son épouse. 

(i) Étant morte dans Tobscurité et Pindigence, cette femme, qui avait, 
occupé un si haut rang, n'a pas été, suivant l'usage, l'objet d'une oraison 
funèbre. Il existe une lettre de Madame de Lionne aux Jésuites, signée 
Paule Payen, à Paris, le 23 avril 1701, in-12, 36 pp. 

(2) La France galante, t. i, p. 425, éd. de i858. 

(3) Jean-Louis-Marie, comte de Fiesque, né en 1647, de Charles-Léon 
et de Gilonne d'Harcourt, mort le 18 septembre 1708, sans avoir été 
marié. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 4I 

et de dépenses. Elle avait tout mangé et vivait dans la der- 
nière indigence et la même hauteur ' ». 

Hugues de Lionne mourut à Paris le i" septembre 
1671, à l'âge de 60 ans moins un mois et dix jours. Il fut 
inhumé dans le couvent des Filles de Saint-Thomas, Rue- 
Neuve-Saint-Augustin *. 

L'inventaire après le décès fut dressé le 12 octobre 167 1, 
à la requête de Luc de Rives , oncle et procureur de Paule 
Payen, veuve du défunt, par M.® Mosnier, notaire. Ce 
document, qui est fort long, n'a pas tout l'intérêt qu'on 
pouvait attendre d'une pareille succession. Nous nous bor- 
nons donc à mentionner les articles suivants : 

1 12 tableaux , dont l'estimation, faite par Pierre Mignard, 
arrivait à la somme totale de 1 1,1 33 livres. Ils étaient en 
général de peu de valeur, sauf deux, l'un de Lebrun et l'autre 



(i) Voir aussi Madame de Sévigné, Lettres 120 et 436. 

L'hôtel de ville de Romans possède depuis la Révolution un certain 
nombre de portraits historiques. Ce sont en général des copies médiocres, 
mais bien conservées, datant du siècle dernier. Un seul tableau fait exception 
par ses dimensions, son ancienneté, Texcellence de la peinture, malheu- 
reusement endommagée, et le nombre des personnes qui y figurent. En 
voici la description^d 'après nos conjectures : 

Paule Payen est représentée debout, en grandeur naturelle; c'est une 
belle et aristocratique personne, coiffée à la Sévigné; sa main gauche re- 
tient un médaillon ovale offrant le portrait de Hugues de Lionne , costumé 
à la mode du commencement du règne de Louis XIV : cheveux longs et 
plats, moustache en croc et petite impériale, large rabat blanc, cordon 
bleu du Saint-Esprit ; les traits sont un peu bourgeois, mais intelligents et 
résolus. Au bas et à gauche du tableau sont deux petits garçons vus à mi- 
corps; le plus jeune montre du doigt le portrait de son père. Cette toile 
remarquable a probablement fait partie de la galerie de Tabbé de Lesseins 
et a été peinte vers 1660. 

(2) Son éloge funèbre fut prononcé dans l'église Saint-Roch, le 8 octobre 
1671, par Jean-Louis Fromentières, chanoine théologal du Mans, prédica- 
teur du roi, qui devint évéque d'Aire (Landes) en 1673. 

4 



41 voncc HisitttK^irE 

de Le Lorrain, estimés chacun 800 livres. r8 ciicvttu3[, 
estimés seulement 3,040 livres, et 3 carrosses, 85o livres. 
Une tapisserie à verdure de hah pièces, de la valeur de 
1,000 livres. 33 bijoux ornés de pierreries, prisés ensemble 
40,450 livres. La bibliothèque , hivemxHiée par Pierre 
Lepetit, libraire, contenait 798 numéros, etc. La vencedcs 
meubles de cette succession eut lien du 28 novembre 1 708 
au 3i juillet 1709, à la requête du comte de Liomie, fils 
aîné du défiiot. 

Les armes de Hugues de Lionne étaient écartdées de 
Lionne et de Servien , avec la devise : Scamiit foitigia 
virtus. 

Il n'existe pas de biographie complète de ce grand mi- 
nistre '. Plusieurs auteurs en ont parié et quel()ues-un9 
Tont apprécié à sa valeur, mais seulement d'une mamèce 
générale et incidente. 

On trouve dans Tinventaîre de la galerie de Fabbc de 
Lesseins un tableau sous le N.° 28 et la désignation de 
portrait de Af. de Lionne, ministre d'État. M. Félix 
Real a fait présent, en 1846, à Y Académie delphinale d'un 
portrait de Hugues de Lionne : « Il a été peint à Thuile et 
sur toile par M. Gélestîn Blanc, de Clelles, d'après une 
bonne gravure que possédait M. le comte d'Hauterives, 
député des Hautes-Alpes. » ^^Séancedu 1 1 décembre.) Enfin, 
M. Rochas (Biographie du Dauphiné) cite quatre autres 
portraits du même par de La Roussière , de Montcomet , 
de Jode et Maurice Lang. 



(i) Si, dans la notice qu^on vient de lire, nous nous sommes presque 
exclusivement occupé de Hugues de Lionne comme fonctionnaire et per- 
sonnage politique, c'est pour éviter la répétition des mêmes faits; car dans 
les lettres que nous publions et les notes qui les accompagnent se trouvent 
une foule de renseignements sur l'homme privé. 




SUR LA FAMILLE t>C UONNE. 4$ 

Aux documents relatifs à Hugues de Lionne indiqués 
dans les biographies et particulièrement dans celle de 
M. Rochas ' nous ajoutons ici les titres des manuscrits 
inédits que nous avons eus entre les mains et qui nous ont 
été gracieusement communiqués par M. fe comte de Pina, 
capitaine de vaisseau. 

I®' REGISTRE. 

A. Traits principaux de la vie et du ministère de Mgr de 
Lionne. 1 8 fif. 

B. Extraits des titres et des preuves de la charge de prévôc 
et grand-maître des cérémtonies de Tordre du Saint-Esprit 
de Mgr de Lionne ^ secrétaire des afiaires étrangères et mi- 
nistre d'État. 23 ff. 

C. Généalogie de la maison de Lioane^ par Guy Ailard. 

D. Mémoire de Mgr de Lionne , ministre secrétaire d' État^ 
sur Taffiiire du comte d'Estrade en Angleterre. 1 17 ff. 



2" REGISTRE. 



Des négociations de Mgr de Lionne, ministre plénipoten- 
tiaire à Francfort, depuis le 29 juillet jusqu'au 3i octobre 
1667. 289 ff., comprenant 20 mémoires et 23 lettres. 



(1) A Texception de récrit intitulé : Arrêt du Conseil cfÉtat du roi 
rendu entre M, l'archevêque de Paris et M. Hugues de Lionne', seigneur 
de Servon. Paris, 1666, in-4*. Ce jugement concerne, crojons-nous, la 
fiElmtIte de Lyonnede nie-de^France , dont une branche portait le titre de 
Servon, d'tme terre prèi de^ Brie-Comte-Robert érigée en comté pour ser- 
vices de guerre en Êareur de Henri II de Lyonne. 



44 NOTICE HISTORIQUE 

3' REGISTRE. 

Lettres du grand Lionne, le ministre, à son oncle, M. de 
Lionne , doyen des comptes en Dauphiné. 94 lettres. 

Du mariage de Hugues de Lionne et de Paule Payen 
naquirent six enfants : 

XIL Louis- Hugues, né en 1646, marquis de Berni. 
Le 14 février 1667, son père obtint pour lui la survivance 
de la charge de secrétaire d'Etat et, le 5 janvier 1668, qu'il 
le remplacerait pour l'expédition des affaires des départe- 
ments de la marine et de cinq provinces. Mais, peu apte au 
travail , quoique Guy Âllard vît briller en lui le grand génie 
de son père, il acquit la charge de maître de la garde-robe 
du roi, qu'il ne remplit pas mieux et qu'il vendit au marquis 
de Souvrc, moyennant 55o,ooo livres, qui furent attribuées 
à Charles- Hugues, son fils, par brevet du 6 mai 1689. 

Par son mariage, contracté le 27 avril 1675, avec sa 
pctiic-cousinc, Jeanne- Renée de Lionne ', il acquit le mar- 



i\) Non* trnnhcrivonfty comme très-intéressante et même utile à Phistoire, 
In lifttc un peu longue des m hauts et puissants seigneurs » qui signèrent 
au contrat de ce mariage, donnant leur consentement ou seulement leur 
nvin, selon le degré de parenté. 

« ()u consentement de M" Pau 1-J tries de Lionne, conseiller, aumônier du 
roi, «lilié cotnincndataire des abbayes royales de Marmoutier, Châlîs, 
C^crtnuip et pricMir commendataire de Saint-Mariin-des-Champs, à Paris; 
de M" Artliuft <iu Lionne, chevalier de Sain t-Jean-de- Jérusalem; de Fran- 
Vois-Annibal d'Khtréen, marquis de Cœuvres, gouverneur de Plle-dc- 
Knincc, colonel <iii régiment d'Auvergne; de M" Ennemond de Servicn, 
mar.juis de LuncI , înnb.ihsadcur de S. M. ù la cour de Savoye; de M"* de 
Lacroix, comte de Pisançon, président au parlement de Dauphiné; 

.»I)c l'avis de M'* Charles d'Albert, duc de Chaulncs, pair de France, 



SUR LA FAMILLe}dE LIONNE. 45 

quisat de Claveyson et les biens de la branche aînée, dont il 
fit le dénombrement, le 3o mars 1688, par -devant la 
chambre des comptes de Dauphiné , comme relevant direc- 
tement du roi. 

Il devint gouverneur de Romans en 1 701, en remplace- 
ment de son cousin Tabbé de Lesseins, et mourut le 22 
août 1 708 , laissant un fils unique. 

(( C'était, dit Saint-Simon % un homme qui avait mal 
fait ses affaires, qui vivait très-singulièrement et obscuré- 
ment et qui passait sa vie à présider aux nouvellistes des 
Tuileries. » 



commandeur des ordres de S. M., gouverneur de Bretagne; François de 
Beauvillers, duc de Saint- Aignan , pair de France, premier gentilhomme 
de la chambre du roi; François de Servien, marquis de Sablé, grand-séné- 
chal d'Anjou , tous parents dudit Louis de Lionne , d'une part ; 

» Et de Pavis de M""* Charles de Lionne de Lesseins , seigneur de Triors, 
abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint-Calais ; Pierre Moret, sei- 
gneur deBrochenu, Tréminis, Pierre et Sigotier, sous-doyen du parlement 
de Dauphiné; Humbert de Lionne, seigneur de Pommier, doyen de la 
chambre des comptes de Dauphiné, grand-onde des parties; Hiimbert de 
Valernod , abbé général de Tordre cfe Saint-Ruf ; François de Montgontier» 
chevalier de Saint- Jean-de-Jérusalem , commandeur de Saint-Paul ; François 
de Simiane, seigneur de Bayard, Monibivos, Bernin et La Terrasse, pré- 
sident au parlement de Dauphiné; Jacques Coste, comte de Charmes, 
président au même parlement ; Eynard Pourroy, seigneur de Vossier et 
Gras, président au parlement; Roger d'Hostun, marquis de La Baume, 
comte de Tallard, gouverneur de Verdun; Alexandre Falcoz, comte d'An- 
jou, seigneur de Nerpol et de La Blache; N , de Clermont-Tonnerre, 

premier baron de Dauphiné; N , de Sassenage, marquis du Pont et 

Sassenage, comte de Montélier, second baron de Dauphiné; N , Cler- 

mont-Chaste, marquis de Chaste, comte de Rossillon ; N , de Grollée, 

marquis de Viriville, seigneur de Torignan , gouverneur de la ville et cita- 
delle de Montélimar; N , de Simiane, marquis de Truchenu , seigneur 

de Chalençon , tous parents de ladite demoiselle Jeanne-Renée de Lionne. 
(Communiqué par M. de Gallier.) 

(i) Mémoires, t. vi, p. 372, i" éd. 



40 >:0T]C1 HISTORIQUE 

En eâci, ses facultés intcUectuelles s^ctajcnt dérangées 
après une xcrrible chute qa'il avait faite sur la tête à Ver- 
sailles « en 1Ô72, en tombant d'un premier étage dans la 
rue. 11 fut interdit par sentence du Châtdet du 7 înillet 
i7o5« conârmée par arrêt du parlement da 9 mars 1704, 
et même sa femme avait déclaré par son testament qu^ellc 
le privait . après son décès,, de Tusufruit de aes biens, étant 
d'ailleurs assez riche pour soutenir dignement son rang. 

I* CfuHeS'HM fîtes, fils du précédent, petit-neveu et 
héritier substitué de Tabbé de Lesseins, ouirquis de Qa- 
veyson, comte d'Hostun, baron de Mercurol, seigneur de 
Blanchelaine \ Pommier et Mureils *, « homme bien Éait et 
distingué à la guerre ». Il acheta, le 3o juin 1704, du vi- 
comte de Polignac, au prix de 55,ooo livres, la charge de 
colonel du régiment d^Aunis. Il fut tait prisonnier la même 
année à la bataille d'Hochstett. Par lettres du 3 1 mars 1706, 
le roi le nomma capitaine-gouverneur de la ville de Romans 
et du Bourg du Péage de Pisançon , aux lieu et place de 
son père, interdit , et le i5 mai suivant S. M. ordonna que 
pendant sa captivité il serait à Fabri de toutes assignations, 
poursuites et condamnations. Il devint, en 1710, brigadier 
des armées. 

Étant en garnison en Alsace, il se maria inconsidérémenti 
par contrat du 18 décembre ^ 1709, avec Marie-Sof^ie 
Jager, qui n'était pas une servante d'auberge de Phalsbourg, 



(i) Cette seigneurie avait été acquise de Just- Henri de Blanchelaine, le 
2 mars 1673, par Sébastien de Lionne, au prix de 24,000 livres et 24 pis- 
toles d'étrennes. 

(2) Malgré tous ces titres, il se fit appeler comte de Lionne, quoiqu'il 
n'y ait jamais eu de comté ni même de terre de ce nom. 

(3) L'acte déposé aux archives hospitalières de Paris porte le 16 no- 
vembre. 




SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 47 

comme Ta dit Saint-Simon, mais la fille, <c vertueuse 
vierge, » de Jean-Henri Jager, conseiller au grand sénat 
du mundat de Wissembourg '. Croyant être tombé dans 
un guet-apens conjugal, Marie-Sophie ne fut sa femme 
que de nom. Il la fit enfermer dans un couvent, d'où elle 
ne sortit qu'après la mort de son mari, Charles-Huguçs de 
Lionne testa le dimanche 25 février 173J et mourut peu de 
temps après. Sa veuve, rendue à la liberté ipso facto, ac- 
quitta les legs charitables ordonnés par le défunt , comme 
le témoignent les reçus signés par les curés et les officiers 
de la baronnie de Mercurol et du marquisat de Claveyson , 
les 14 et 25 janvier 1732, 3o mars et 22 septembre 1733, 
pour une somme totale de 1,940 livres, à distribuer aux 
pauvres. 

Par suite de la clause de son contrat de mariage portant 
donation mutuelle des biens en faveur du dernier survivant, 
Madarhe veuve de Lionne entra en jouissance de Phéritage 
de son mari, sans aucune contradiction, la famille de 
Lionne étant alors entièrement éteinte. 

Tracassée par le seigneur de Clérieu , au sujet de certains 
devoirs féodaux tombés en désuétude depuis plus de cent 
ans et contre lesquels, malgré son humble origine, sa vanité 
se révoltait, elle vendit, le 11 juillet 1753, Claveyson et 
Mureils, au prix de 148,352 livres, à M. Marc, comte de 
Tournon, et Mercurol à M. Pierre-Henri d'Urrç, pour la 
somme de 114,648 livres ^. Ces seigneuries avaient été 
affermées, le 7 octobre 171 3, à Etienne Popon, sieur de 



(i) M. de Gallicr (Baronnie de Clérieu , p. igS) a le premier sign^ qstte 
erreur, que tous les écrivains ont répétée jusqu'à nos jours. 

(2) La seigneurie d'Hostun avait été aliénée à Charles d'Ho6tun , cosate 
d^ Tftljard, Je 6 mar^ ï7i3, moyennant io3,5oo livres. 



4^ NOTICE HISTORIQUE 

L'Estang, la première 4,25o livres et la seconde 3,670, plus 
les rentes, lods et droits féodaux ^ Dans Pacte il est dit que 
Charles-Hugues de Lionne demeurait à Paris, rue et pa- 
roisse de Saint-Roch. Cependant dans un factum de Tépo- 
que on laccuse de ce n'avoir aucun domicile fixe quand il 
est à Paris que chez les baigneurs.* ». 

De Taveu de Saint-Simon , Madame de lionne vécut à 
Paris dans la piété et la retraite et mena une vie très-sage, 
qui la fit estimer^. Enfin, vieillie par de longues souffrances, 
isolée et malade, n'ayant que des parents éloignés, qui 
Favaient délaissée durant sa longue disgrâce, elle voulut 
mettre littéralement en pratique le vers de Virgile : 

Non ignara mali , miseris succurrere disco. 

En conséquence, par acte de dernière volonté du 21 mai 
1754, reçu par M.* Vavin, elle institua pour ses héritiers 
universels T Hôtel- Dieu et T Hôpital général de Paris *, qui 
recueillirent ainsi ce qui restait des titres et des biens de 
rillustre maison de Lionne , à l'exception de 40,000 livres 
aux pauvres de la paroisse de Saint-Sulpice et 80,000 aux 
pauvres de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés. L'inven- 



(i) A. DE Gallier, loc. cit.j p. 240. 

(2) Les barbiers étuvistcs tenaient à la fois des bains, des maisons garnies 
et de santé, des restaurants et même des lieux de rendez-vous. Après un 
voyage, on venait s'y retremper dans la vie parisienne. Ces sortes d'éta- 
blissements étaient sous la surveillance de la police, sans Tautorisation de 
laquelle on ne pouvait les tenir. (V. Bussi-Rabutin, Histoire amour, des 
Gaules, t. i, p. 425. — Walckenaer, Mémoires sur Madame de Sévigné^ 
t. II, p. 37. 

(3) Elle s'était retirée à la communauté des Dames de Saint- Joseph, me 
Saint-Dominique, où elle finit ses jours. 

^4) Aujourd'hui représentés par l'administration de l'assistance publique. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 49 

taire après le décès eut lieu le 14 novembre 1759. Il n'offre 
à noter qu'un portrait de la duchesse de Bourbon, habillée 
en Bourbon; un jeu de cavagnolle^ dans sa boîte de bois 
de noyer; une vaisselle d'argent, prisée 2,326 livres. Le 
partage des biens entre l'Hôtel-Dieu et l'Hôpital général ne 
se fit qu'en 1767. 

2® Jules-Paul, conseiller, aumônier du roi , abbé de Mar- 
moutiers, de Châlis et de Cercamp, abbé commendataire 
du prieuré de Saint- Martin- des-Champs de Paris. « Ses 
mœurs, son jeu, sa conduite l'avaient éloigné de l'épiscopat 
et de la compagnie des honnêtes gens. Il était extrêmement 
riche en bénéfices qui donnaient de grandes collations. L'abus 
qu'il en faisait engagea sa famille à lui donner quelqu'un 
qui y veillât avec autorité. Il fallut avoir recours à celle du 
roi.... Cet abbé logeait à Paris, dans son beau prieuré de 
Saint-Martin, où il mourut le 5 juin 1721, aussi obscuré- 
ment qu'il avait vécu. Tous les matins il buvait vingt à 
vingt-deux pintes d'eau de la Seine. Il n'était pas fort vieux 
(66 ans) et ne laissait pas d'avoir de l'esprit et des lettres ' . » 
En effet, il assura à Lesage une pension de 600 livres et lui 
apprit à connaître les beautés de la littérature espagnole. 
Il fut remplacé dans son prieuré de Saint-Martin par Tabbé 
de Saint-Albin , fils naturel du Régent. 

y Paul-Luc, Il avait été dès son enfance destiné à l'état 
religieux. Mais comme à une grande force corporelle il joi- 
gnait dés goûts belliqueux, son père, pour tout concilier, 
le fit nommer chevalier de Malte par le crédit de l'ambassa- 
deur de l'ordre à Paris. Paul-Luc, étant mort jeune, a laissé 
peu de jtraces dans les archives de sa famille. On n'y trouve 
qu'une quittance, à la date du 5 décembre 1664, de la 



(1) Saint-Simon, Mémoires, t. xii, p. 76, i** éd. 



5o NOTICE HISTORIQUE 

somme de 3,990 livres pour sa réception en qualité de 
chevalier de Malte. 

4® Élisabeth'Mélanie. Elle prit Thabit religieux dans le 
couvent de la Visitation de la rue Saint-Jacques , où elle 
avait été élevée et où elle mourut le 25 mai 1725, âgée de 
76 ans , dont 60 de profession. 

(( Hugues de Lionne avait pour sa fille une affection mêlée 
d'estime et se dérobait à ses occupations importantes pour 
venir goûter auprès d'elle un instant de bonheur. La mort 
de ce bon père fit au cœur affectionné de sa fille une plaie 
d'autant plus douloureuse que le public soupçonna le décès 
de n'être pas naturel '. » 

Cette religieuse fut détachée pendant cinq ans de sa com- 
munauté pour aller à Strasbourg fonder, sur les désirs de 
Louis XIV, une maison d'éducation comme celle de Saint- 
Cyr. Quelque temps après son retour, elle éprouva une 
contrariété des plus désagréables. Une misérable créature 
arrêtée par la justice imagina, pour sortir de prison, de dire 
au juge qui l'interrogeait qu'elle était la fille du feu ministre 
de Lionne et religieuse de Sainte-Marie , et que les mauvais 
traitements qu'elle avait reçus dans son couvent Tavaieat 
obligée d'en sortir. Le magistrat , après cette déclaration , 
suspendit les poursuites et la fit traiter avec le plus grand 
respect. Mais un officier, que le roi avait envoyé pour s'in- 
former de la vérité, découvrit d'autant plus facilement l'im- 
posture de cette malheureuse que Mademoiselle de Lionne 
faisait en ce moment les fonctions de portière dans son mo- 
nastère *. 



(i) Année sainte des religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, t. v, 
p. 588. 

(2) Par une remarquable coïncidence, les Annales de la Visuation cons- 
tatent vers la même époque Texteteace dans \% congrégstioii de plusieurs 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 5l 

5° Madeleine, née en juillet i65i. Elle fut mariée, le lo 
février 1670, à François- Annibal de Cœuvres, comte de 
Nanteuil, plus tard duc d'Estrées, gouverneur de Tlle- 
Adam et mestre de camp de cavalerie, fils du duc d'Estrées, 
ambassadeur à Rome et neveu de César de Cœuvres, évêque 
de Laon *. Elle mourut le 18 septembre 1684*, ayant eu 
huit enfants, parmi lesquels son fils et héritier Louis- 
Armand, duc d'Estrées, gouverneur de TIle-Adam, qui 
décéda sans postérité le 16 juillet 1723, à 41 ans. 

Elle mena , dit-on , une vie très-galante et même prit 
part aux débauches de sa mère. Ainsi Bussi-Rabutin ^ ra- 



religieuses du nom de Lyoone. Catherine-Agnès et Marguerite avaient fait 
profession précisément dans le monastère de la rue Saint-Jacques, où dles 
moururent : la première, après avoir été supérieure à Mons et à Bruxelles» 
le 20 septembre 1676, à Vâge de 61 ans, et la seconde, le 12 février 1684, 
figée de yb ans. « Elles étaient sœurs et appartenaient à une très-noble 
famille de Paris, alliée aux meilleures maisons du parlement et de la cour, w 
C'est-à-dire, croyons-nous, à la famille de Lyonne de PUe-de-France. En 
outre, décéda, le 16 août 1726, à 81 ans, Marie-Rosalie de Lyonne, dans 
le couvent de Paray-l&-Monial, où elle avait fait profession après un événe- 
ment romanesque a qui lui donna à réfléchir ». Elle était fille d'un gen- 
tilhomme établi dans le Charolais, par suite de son . mariage avec une de- 
moiselle de Seterre, sœur d^un président au parlement de Dijon. Extrême- 
ment belle et non moins spirituelle, Marie-Rosalie, avant son entrée en 
religion, faisait de fréquents voyages à Lyon, où elle était accueillie avec 
enthouuasme. Chacun de ses séjours dans cette ville donnait lieu à des 
réjouissances publiques, à des bals à l'hôtel de ville, à des concerts sur la 
Saône, dans des bateaux ornés de fleurs et de verdure, etc. Heureux temps, 
où c^étaient l'esprit et la beauté qui passionnaient les populations. 

(i) On l'accusa d'avoir fait ce mariage en vue du chapeau de cardinal, 
qu'il reçut l'année suivante; sur quoi coururent d'assez plaisantes chan- 
sons. 

^2) M. Villette, chanoine de Laon, prononça, le 10 décembre 1624, 
VOraison funèbre de la marquise de Cœuvres en Véglise des PP, Feuillants 
de Soissons, Laon, i685, in-4". 

(3) Histoire amoureuse des Gaules, t. i, p. 424. 



52 NOTICE HISTORIQUE 

conte qu'une nuit le ministre de Lionne et Tabbé de Cœuvres 
surprirent dans ^a même chambre * Madame de Lionne ci 
sa fille en compagnie du comte de Sault *, « lequel publia 
lui-même son aventure^ ». Sur cette aventure Tauteur delà 
France galante édifia un vrai drame de cape et d'épéc 
selon les règles classiques du théâtre espagnol , alors fort à 
la mode. Mais, comme réponse à cette médisance et à quel- 
ques autres, Madame de Cœuvres se fit peindre en sainte 
Agnes par le célèbre Mignard ^. 

G** Art us II, né à Rome en i655, pendant Fambassade 
de son père. « Quelque intrigue, qui lui réussît mal, le dé- 
goûta du monde si subitement qu'il demeura dans une 
église, y versa beaucoup de larmes, y resta longtemps et 
en sortit pour aller se cacher dans une retraite dont il fit un 
mystère à sa propre famille pendant quelque temps. Quand 
il eut été formé à la piété, il entra dans Tétat ecclésiastique^.» 
Il devint abbé de Tabbaye de Cercamp, qu'il résigna en 
faveur de son frère Jules, en 1671, évêque de Rosalie in 
partibns, premier vicaire apostolique de Suachen en Chine, 
sacré à Canton le 3o novembre 1699. Après avoir fait un 
établissement à Nien-Tchéou, il revint en France en 1686 



(i) Hugues de Lionne avait donné à M. et M."* de Cœuvres un loge- 
ment dans son vaste h6tel, situé entre la rue Montmartre et la rue N. D. 
des Victoires. 

(2) François-FCmmanuel de Bonne de Crcqui d'Agoult, né en 1645, pair 
de r'rance , gouverneur du Dauphiné, mort le 3 mai 1681. Il fut appelé 
comte de Sault jusqu'à la mort de son père, en 1GG7. 

(3) Suivant Madame de Sévigné, le ministre de Lionne aurait été beau- 
coup plus sensible aux griefs de son gendre qu'à sa propre disgrâce. 

(4) Ce portrait est inscrit dans l'inventaire de la galerie de l'abbé de 
Lesseins sous cette désignation : Madame de Cœuvres en sainte Agnès, 
par Mignard. 

fb) MoRÉRi, Dictionnaire supplément. ^ t. i, p. 2o5. 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE. 53 

avec les ambassadeurs de SisCm, qu'il ramena dans leur 
pays. Il se rendit à Rome en lyoS, pour y soutenir la cause 
des Jésuites. De retour à Paris, il y mourut le 2 août 1703, 
au séminaire des missions étrangères, où il fut inhumé, 
« Il avait le dessein de retourner aux Jésuites, ce qui lui 
avait toujours fait conserver sa grande barbe. » 



III^ Branche y de Grenoble. 

XIII. HuMBERT, né vers lôgy, « homme fort sage, de 
grand mérite et d'un savoir tout singulier, qui avait de belles 
et profondes connaissances touchant l'histoire et savait ac- 
commoder la bonté de ses mœurs avec celles de tous ceux 
qui le pratiquaient ' ». Seigneur des maisons fortes de 
Bussieu , Veyssilieu et Plaisance de Grave. Conseiller en la 
chambre des comptes de Dauphiné en 1620, intendant en 
Bretagne pendant la Régence. Il refusa l'ambassade en 
Savoie et à Venise. Il fut reconnu ancien noble par juge- 
ment de l'intendant Chazey du 19 janvier 1629 et par un 
autre jugement du 10 juin 1641. Cest à lui que sont adres- 
sées les lettres intimes de Hugues de Lionne, son neveu, de 
i655 à 1671. Il eut pour femme Virginie Rabot d'Avrillac, 
fille de Laurent, seigneur de Veyssilieu et de Fontaine, 
conseiller au parlement, et de Marguerite de Lacroix-Che- 
vrières. Elle mourut en mars i665, après avoir eu trois 
enfants : 



(i) Guy Allard, Biblioth. histor. de Dauphiné, t. i, p. 33, éd. Gariel, 
1864. 



54 NOTICE HISTORIQUE 

1® Joseph, mort en 1640," 

2"" Virginie, qui fut unie à Laurent Le Bûdt, aeur de 
Saint- Didier, de Fromentières , des Orres et autres lieux, 
conseiller au parlement de Grenoble, Elle acheta ^ le 23 jan- 
vier i665, de Sixte-Michel y sieur de Beauregard, la terre 
et seigneurie de PellafoL 

3** Joachim , comte de Lionne , reçu docteur en droit à 
l'université de Valence le 24 octobre i658, nommé conseiller 
au parlement par lettres du i5 janvier lôSg, avec dispense 
d'âge et de parenté. Il n'eut jamais beaucoup de goût pour 
la jurisprudence : il préférait la vie agitée d^un homme du 
monde. Il fit de fréquents voyages et de longs séjours à 
Paris , sous le prétexte d'y régler diverses créances. Mais, 
au milieu des plaisirs, il y contracta plus de dettes qu'il n'en 
recouvra. Son père et son cousin le ministre se plaignent 
dans leur correspondance de sa conduite, qu'ils qualifient 
de libertine. Désirant suivre la carrière des armes, il ne 
tarda pas à quitter le parlement et; à vendre sa charge de 
conseiller, dans laquelle il fut remplacé, le 3 1 mars 1664, P^r 
Etienne Eyraud de Saint-Marcel. C'est ainsi que de mé- 
diocre magistrat il devint un brave capitaine de cavalerie et 
même un bon diplomate. Il se distingua à Gigeri (Djidjelly), 
où il fut blessé de deux coups d'arquebuse. Son courage fut 
loué de tout le monde, de Louis XIV lui-même, qui, en 
récompense, le nomma capitaine.de chevau-légers par bre- 
vet du 7 décembre i665. Il fit ensuite plusieurs campagnes, 
en Flandres, en Franche - G)mté , en Hollande, à la tête 
d'un escadron du régiment de mestre de camp. A son retour 
il reçut les provisions, signées à Versailles le 28 décembre 
167 1, de premier écuyer du roi, commandant la grande 
écurie du Louvre. Après avoir déployé de la bravoure sur 
les champs de bataille, il montra des talents dans la carrière 
diplomatique, et même son parent le ministre dit qu'il fit 



1 

\ 



SUR LA FAMILLE DE LIONNE, 55 

« merveilles » à la cour de Berlin. Il fut successivement 
chargé d'aller en Pologne pour complimenter le roi Michel 
sur son avènement à la couronne, à Vienne, à l'occasion 
du mariage de la sœur de l'empereur, Tarchiduchesse 
d'Inspruck, puis envoyé extraordinaire près de l'électeur 
de Brandebourg, enfin ambassadeur vers le czar de Mos- 
00 vie. 

Joachim de Lionne mourut sans alliance le 3r mars 17 1 6. 
Dans l'inventaire après le décès il est fait mention d'une 
belle bibliothèque. Les livres qui la composaient, vendus 
aux enchères et dispersés, sont encore de nos jours bien 
connus et recherchés des amateurs. Le commandant de la 
grande écurie était trop peu instruit, trop ami des plaisirs 
et trop mal dans ses finances pour avoir jamais songé à 
former une pareille collection. Il en avait vraisemblable- 
ment hérité de son père, magistrat érudit, et de son cousin 
l'abbé de Lesseins, grand seigneur lettré. 




LETTRES INÉDITES 



HUGUES DE LIONNE 




ÏA correspondance diplomatique de Hugues 
l^de Lionne existe dans les dépôts publics. 
^•^ Une panie a été publiée et imprimée; l'autre 
ï partie est plus ou moins connue '. Il n'en 
^ est pas de même de sa correspondance pri- 
vée. On a vu l'homme d'État, le diplomate traitant des 
affaires publiques, des intérêts du prince et du pays, mais 
on ne connaissait pas l'homme d'intérieur, s'occupant de 
ses intérêts particuliers et de ses affaires de famille. Cette 
correspondance, tout à fait inconnue et qui n'était pas faite 
pour la publicité, comprend 94 lettres, toutes, sauf 5, 
adressées, du 8 février i655 au 18 mai 1671, par l'auteur 
à son oncle , Humbert de Lionne, doyen de la Chambre des 



(i) M. L. Valfray, sou s -directeur au MinisiÈre des affaires étrangères, 
prépare en ce moiuenl une histoire des ambassades et du ministère de 
Lionne, avec la correspondance conservée aux archives. Cette publication, 
dont l'auteur a bien voulu nous faire part, comblera une grande lacune 
dans l'histoire diplomatique du règne de- Louis XIV. 



58 LETTRES INÉDITES 

comptes de Grenoble. On y trouve une foule de révélations, 
de confidences sous le sceau du secret^ comofie on* peut en 
attendre de la part d'un ministre des a&ires étrangères, qui 
mena à bonne fin de si grandes choses et eut des relations 
avec de si grands personnages. 

Nous ne savons rien de positif sur Texistence des lettres 
de Hugues de Lionne; mais il est permis de conjecturer 
qu'elles étaient si flatteuses pour celui à qui elles étaient 
adressées, si honorables pour la famille et intéressantes 
pour la postérité, qu'elles durent être soigneusement con- 
servées et ensuite transcrites sur un registre. Joachim de 
Lionne, fils et héritier de Humbert, y a placé des notes 
marginales plus nombreuses qu'intéressantes, ayant seule- 
ment pour but d'appeler l'attention sur certains passages, 
particulièrement sur ceux qui le concernent. L'écriture de 
cette transcription, nette, soignée et méthodique, est celle 
d'un scribe de profession, qui n'a épargné ni le temps ni le 
papier. Malheureusement peu instruit et peu habile à dé- 
chiffrer, il a défiguré la plupart des noms propres, fait usage. 
d'une orthographe et d'une ponctuation arbitraires, variant 
d'une page à l'autre, et laissé en blanc un certain nombre 
de mots. Privé des lettres originales, que nous aurions peut- 
être reproduites telles quelles, nous avons cru devoir, mal- 
gré un léger anachronisme, faire usage de l'orthographe 
moderne, tout en respectant scrupuleusement le texte. 

Le registre qui contient cette correspondance a fait partie 
de la riche bibliothèque d'un amateur éclairé des lettres et 
des arts, M. de Pina *. Il nous a été communiqué par son 
fils, M. Humbert de Pina, capitaine de vaisseau, qui. 



(i) Jean-François-Calixte de Pina, marquis de Saint-Didier, chevalier de 
Malte, de la Légion d'honneur et de l'ordre de François I*' de Naples, 



DE HUGUES DE LIONNE. 69 

grâce à Tobligeant intermédiaire de M. P. E. Giraud, a 
bien voulu nous en laisser prendre une copie. 

Ces lettres sont , comme il a été dit , au nombre de 94, 
parmi lesquelles 40 sont datées de Paris, i3 de Saint- 
Germain, 9 de Fontainebleau, 5 de Rome, 4 de Lyon, 
4 d'Hendaye, 3 de Berni, 2 de Francfort, 2 de Saint- Jean- 
de-Luz, I de Mayence, i de Candillac, i d'Aix, i de 
Montpellier, i de Versailles, i de Suresnes, i de Vincennes, 
1 de Dunkerque et 4 sans indication de lieu. Le style en est 
un peu dur et négligé, mais simple, sobre et clair, con- 
forme à l'esprit essentiellement positif de Hugues de Lionne; 
car, malgré une instruction classique remarquable, il n'eut 
guère que des correspondances d'affaires, mênie avec d'émi- 
nents littérateurs, tels que Saint- Evremond. 

Afin d'épargner au lecteur de fastidieuses recherches, 
nous avons mis tous nos soins à donner des notes biogra- 
phiques sur les personnages plus ou moins connus qui, au 
nombre d'environ trois cents, figurent à un titre quelconque 
dans la correspondance privée de Hugues de Lionne. Ce 
travail était assez difficile , parce que beaucoup de noms de 
famille sont remplacés par des noms de terre ou de fan- 
taisie. Nous avons cru devoir donner aussi sur certains faits 
et événements insuffisamment indiqués les appréciations et 
les renseignements les plus indispensables. 



ancien capitaine de cavalerie , maire de Grenoble et député de l'Isère sous 
la Restauration, décédé dans cette ville le 20 juillet 1842. Il avait épousé 
à Romans, le 6 mai 1806, Françoise-Gabrielle-Olympe-Bruno du Vivier. 



CNi 




LETTRES 



DU 



GRAND LIONNE, le ministre, 
A son oncle. Monsieur de Lionne, 

conseiller d'Etat ^ doyen des Comptes de Dauphiné, 

nommé ambassadeur à Venise et en Savoie^ 

quil refusa^ père du comte de Lionne ^ 

premier écuyer de la grande écurie 

du Roi ('). 



(i) Il y a un sous-titre un peu trop familier, qui est ainsi conçu : Lettres 
du ministre Léonidor au vieux Léonidor, son oncle , depuis i655 jusqu*en 
1671. 

Léonidor, amplification de Lionne, était probablement une sorte de so- 
briquet qui se donnait dans Pintimité de la famille. 



LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 63 



I 



A Rome, ce 8 février i655. 

Quoique toutes choses ne s'avançassent pas beaucoup 
dans le conclave pour nous faire espérer d'avoir bientôt un 
pape, elles étaient au moins en telle disposition qu'on pou- 
vait espérer d'en avoir un bon jusqu'à hier, que l'ambassa- 
deur d'Espagne, accompagnant le cardinal d'Arac * à son 
entrée dans le conclave, prit cette occasion pour rendre 
publique l'exclusion qu'il faisait à Sachetti * de la part du 
roi d'Espagne^, son maître, au nom duquel il défendait à 
tous les cardinaux sujets dépendants ou amis de la couronne 
d'Espagne de ne plus concourir i l'élection de ce sujet, et il 
passa outre à l'égard du cardinal Aquaviva ^, Napolitain ; 
car il le menaça que le roi, son maître, se ressentirait contre 
lui et contre ses parents, qui sont ses sujets, de ce que ce 
cardinal , à l'exemple de la plus grande partie presque du 
sacré collège , avait cru être obligé en conscience de donner 



(i) Ernest- Albert, comte de Harrach, né à Vienne en Autriche, le 25 
octobre iSgS, archevêque de Prague et évêque de Trente, cardinal le g 
janvier 1626, mort le i5 octobre 1667. 

(2) Jules Sachetti, Florentin, évêque de Gravina, cardinal de la pro- 
motion de 1626, ensuite évêque de Frascati, mort en i663. 

(3) Philippe IV, Dominique-Victor, monté sur le trône d'Espagne en 
i52i, décédé le 14 septembre i665, âgé de 60 ans. 

(4) Octave Aquaviva, né le 23 septembre 1609, cardinal le 9 mars i652, 
décédé à Rome le 20 septembre 1674. 



64 LETTRES INÉDITES 

son vœu à Sachetti , comme au plus digne. Cette exclusion 
si ouverte et si formelle pourrait peut-être changer de face 
les affaires , car il y en a beaucoup qui n^attendaient que la 
ruine de Sachetti, sans laquelle personne n'osait rien pré- 
tendre pour paraître. Entre ceux-là j'avoue qu'il y a beau- 
coup de bons sujets et que nous pouvons encore espérer à 
avoir un bon pape. Mais si l'exclusion de Sachetti rebute 
ses amis et a lieu, on peut dire que les Espagnols, qui la 
lui ont procurée par des raisons, je crois, fort peu chré- 
tiennes, font un insigne tort à l'Eglise, et je craindrais pour 
quelque couronne que ce fut, si dans le besoin que l'Eglise 
a maintenant, plus que jamais, d'un excellent pape, elle 
était cause que celui qui est jugé tel, et désiré par cette 
considération de tous les chrétiens, ne le fût pas. Mais 
j'apprends avec grande consolation, par des nouvelles que 
je viens de recevoir tout présentement du dedans du con- 
clave, que l'action de l'ambassadeur n'a fait qu'échauffer 
ses amis * et addere calcaria sponte ctirrentibus, et que 
les sujets même napolitains et milanais ont déclaré que 
semblables violences ne pouvaient servir qu'à faire mettre 
sur leurs palais les armes de France *. 

On écrit de Florence du 1 1® que le 9* précédent le général 
Blake ^ s'était retiré de devant le port de Ligourne * et qu'il 
avait fait voile du côté de Sardaigne. 



(i) Fabio Chigi, né à Sienne, le i3 février l'^gg, cardinal le 29 février 
i652, fut élu pape le 7 avril i655 et prit le nom d'Alexandre VII. 

(2) Les ecclésiastiques qui se plaçaient sous le drapeau de la France par- 
ticipaient aux franchises dont, à Rome, jouissaient l'ambassadeur de cette 
puissance et les personnes de sa suite. 

(3) Robert Blake, célèbre amiral anglais au service de Cromwel, né en 
iSgg, mort en lôSy. 

(4) Livourne, port de Toscane; en anglais Leghom. 



DE HUGUES DE LIONNE. 65 

Le duc de Parme ^ fait des levées par jalousie qu'il a du 
duc de Modène *, qui en fait aussi. 

Les Génois commencent à désespérer de leur accommo- 
dement avec l'Espagne, le marquis de Caracenne ^ y appor- 
tant tous les jours de nouvelles difficultés. Cependant la 
république se prépara à une bonne guerre et fait faire 
plusieurs vaisseaux , dont il en est déjà arrivé trois au port 
de Gênes. 



II 



A Rome, le g* août i65i). 

J'ai appris avec joie, par votre lettre du 18 juillet, l'heu- 
reuse arrivée de mon cousin de Lesseins ^ et de nos autres 
MM. Dauphinois. J'ai peine à croire que ceux-ci aient 
regret de quitter Rome , car rien ne les y a obligés que leur 
propre volonté. M. de Ponnat ^ eût volontiers attendu le 



(i) Ranuce II Farnèse, duc de Parme, mort en 1694, à 62 ans. 

(2) François d'Est, duc de Modène, né en 1610, mort en i658. 

(3) François-Gaspard Tellez Giron , duc d'Ossuna, marquis de Caracène, 
grand écuyer de la reine d'Espagne, décédé en 1694. 

(4) Charles de Lionne, abbé de Lesseins, son cousin. 

(5) François de Ponnat, baron de Grcsse, d'une famille venue de Gap, 
docteur en droit, conseiller au parlement de Grenoble par lettres du 28 
août 1628, en remplacement de son père, décédé le 3 décembre 1669, étant 
doyen du parlement et laissant quatre enfants de Louise Jomaron. 

« Sa belle et nombreuse bibliothèque étoit un témoignage certain de 
» l'amour qu'il aVoit pour les livres et savoit les mettre en bons usages. » 
Guy Allard, Dict, histor. du Dauphinéf éd. Gariel. 



• / 



N 



rrj-:^ îe ^ez^jrzixz. r:^ M. ie QakzsonsBs ' Fa entraîoé. 
It wjt tzczT* rc'LT IcQgt aLiL ' ^ T»semfal2bicaiait. Je ne 
.^vK rs* Z-* ±sçœcr les cbseses e= socte qac je poisse éviter 
la r:-fr i n se rci?cr ec fiirs Le 1x371^ par tare^ pour ptsacr 
à G&P e: i GreroCie. Je tccs vrjt de yoos enquérir, stns 
^îrc sernbiiT.: ds rSsr.. ê. Ç3i=i M. S oiioi * y a passé, en 

cualitt i'air.bas^iejr exTr^x-dÎTi^ire. Le cuioa de Farsenal 

* 

r.e tira r^^. c:2ir:e cr. ne le tire dans toutes les vilks 
d'Iulft: e: à Gtnes r:èr:e. ol: réside le corps de la répa- 
blSque , :o-:e l'anillerie fut déchârste quand j'entrai dans le 



':, Aimr P:jrr:T d* Cr-:r.*.t-::2$. d'-ins ■^Tfe originaire du RofUis, 
seizr.eur de Viulserrs, i arc ri :uz5 rijil dt Crss:. ptîs président à mortier 
au parlcnitr.: d* Gri--,'rle, dj :> =:v-— rnî :cr5. sur la résignation de 
Sébaiticr. P.-rrcv. s'.r. rère . fis de Pi»:. r*e de U branche de Quin- 
sonrjs, c: d'ÉI:sabe:h dj Faure. II décédi en rôS?. Il aTaî: épousé Françoise 
Vidaji de La:our. Guv A;!ard d:: qu'il aisuît les lirres et la |uiisprudence 
e: qu'il aval: fait un recueil des amlis du parlesen^ 

'2, Ennemond Ser.icr., seigr.eur de Cesser e: de La Balme, né en iSgô, 
trésorier en Dauphiné en iÔ2?, président de h Chambre des comptes en 
1(^42, commissaire général des guerres en iô53, conseiller d'État en i635, 
garde àt% sceaux, président du conseil souverain de Pignerol en 1645, 
grarifié en 1O34 d'une pension de 6.000 livres, enân ambassadeur en Savoie 
de 1G4H k 167% décédé à Grenoble le 3 juin 1679. '^ s'était marié à Justine 
de Brcssa:, fille de Henri, vibailli de Valence, et de Justine de Costaingi 
dont il eut sept enfants : 

f Abel, qui fut président à la Chambre des comptes et mourut avant 
V/n père ; 

'/" M^uriccAmédce, seigneur de Cossey, capitaine de chex-au-Iégers; 

'{" MijgijC4-Humbcrt, abbé de Cnias, premier abbé commendataire de 
l^oticnlf caméricr des papes Clément IX et Innocent XI; 

4" Knncmondc, mariée à François Charron, marquis de Sûnt-Ange, 
premier mahrc d'h6tel de la reine; 

.'>" .hiKtinc, nupéncurc Je la Visitation de Valence; 

h" Fr.'iiivoisc-lrinocentc, supérieure de la Visitation de Montélimar, puis 
(le Valence, où clic succéda à na sœur; 

7" (^liailottc-ChriMinc , femme de Joseph de La Porte, présidente la 
CJimnbre <lcs comptes de Dauphiné. 



DE HUGUES DE LIONNE. 67 

port et quand j'en sortis. J'ai déjà obtenu un passeport des 
ministres d'Espagne. pour passer par l'Etat de Milan, en 
cas qu'alors les affaires y soient au même état pour eux 
qu'elles sont aujourd'hui. 

J'ai été obligé de renvoyer en France un de mes pages, 
qui se débauchait. Je vous prie de voir si vous ne pourriez 
point m'envoyer quelque jeune gentilhomme ou de bonne 
famille, qui eût bonne façon et ne fût ni trop petit ni trop 
grand, c'est-à-dire depuis quinze ans jusqu'à dix-neuf. 
Sans doute que beaucoup de personnes voudraient avoir 
cette commodité de se décharger de la dépense d'un de leurs 
enfants et lui faire voir l'Italie sans qu'il leur en coûtât rien. 
En ce cas il suffira qu'ils l'envoient à Marseille et l'adressent 
à M. d'Arène ^ lequel lui donnera de l'argent pour passer 
jusqu'ici et lui en trouvera les moyens sûrs et prompts. Si, 
après quelques recherches, vous ne trouviez personne à 
propos ni à la ville, ni à la campagne, je vous prie d'en 
donner avis à M. de Rue ^, afin qu'il m'en envoie un de 
Paris même. 

Quand mon père pourra me faire tenir ici les cinq cents 
pistoles qu'il a prêtées à la ville de Gap, elles viendront fort 
à propos, car je suis obligé à de grandes dépenses, qui 
augmenteront encore par l'arrivée de M. de Brienne ^, que 
je fais état de loger et tout son train. 

Je vous renvoie une lettre qui a pris le chemin de Rome, 
au lieu de celui de Grenoble. 



(i) Paul-Émile d'Arènes, conseiller, avocat du roi en la sénéchaussée de 
Marseille, premier consul de cette ville, marié à sa cousine,- Madeleine 
d*Arènes. 

(2) Joachim de Rue, conseiller en la Chambre des comptes, dont la fîlle 
Jeanne épousa Jean Jomaron, conseiller au parlement. 

(3) Loménie de Brienne, fils du ministre des affaires étrangères. 



68 LETTRES INÉDITES 

Je n'ai point eu des nouvelles de M. le président de Che- 
vrières ' depuis son arrivée dans la province. Je vous prie 
de lui baiser les mains de ma part et à mes cousins de 
Lesseins ^. 



III 



A Berni, ce 27* novembre i655. 



Je VOUS adresse trois lettres : Tune de remercîment à 
M. le duc ^, l'autre de compliment à votre nouveau pre- 



(i) Jean IV de La Croix-Chevrières , comte de Saint-Vallier, marquis 
d'Ornacieu, etc., d'une famille originaire de Romans, docteur en droit, 
conseiller au parlement de Grenoble du 20 juillet i633, présidente mortier 
au parlement de Dijon du 6 octobre 1642, ambassadeur à Rome en 1644, 
conseiller d'État du i'*' février 1645, président au parlement de Grenoble 
du 25 juin i65o, en remplacement de Pierre Gratet du Bouchage, mort 
en 1680. Il s'était marié, par contrat du 29 avril 1642, à Marie de Sayve, 
fille unique de Jacques de Sayve, seigneur d'Échigey et de Chamblant, 
président au parlement de Dijon, laquelle lui donna dix enfonts et mourut 
en 1702. 

Jean de La Croix était un homme inquiet, tracassier, avare, qui, quoique 
possesseur de dix-neuf grandes seigneuries, avait toujours peur de. n'avoir 
pas de quoi vivre. 

(2) Ses cousins de Lesseins étaient les trois fils de Hugues de Lionne 
et de Clémence de Claveyson, savoir : Sébastien, marquis de Claveyson, 
Humbert, seigneur de Flandènes, et Charles, abbé de Lesseins. 

(3) François-Paule de Créqui , comte de Sault, duc de Lesdiguières, pair 
de France, gouverneur du Dauphiné en i65i, maréchal de France en 1668, 
mort le 4 février 1687, âgé de 63 ans. Il avait épousé en premières noces 
Catherine de Bonne, sa tante, et en secondes noces Madeleine de Ragny. 



DE HUGUES DE LIONNE. 69 

mier président * et la troisième en réponse à M. de Chapolay, 
le père *, sur un remercîment qu'il m'avait fait pour son 
fils^. Cependant pour la seconde du maître des requêtes, 
comme je connais le personnage mieux que personne et qu'il 
pourrait bien avoir vécu incivilement avec vous, je vous 
prie, si cela était, de la supprimer comme non écrite. 

Avant que passer outre, je vous dirai, de peur d'oubli, 
que le Père Merle *, Jacobin, se trouve mon aumônier, 
qui vient dire la messe toutes les fêtes et dimanches à Berni^, 
moyennant cent francs, que j'ai été bien aise de lui payer, 
parce que c'est la même pension qu'il est obligé de bailler au 
couvent où il est pour étudier et y pouvoir demeurer. 

Ne pensez pas que je vous remercie des soins que vous 
avez pris d'éclaircir avec mon père l'emploi des deniers que 
vous aviez touchés pour l'affaire que j'avais avec les rece- 



(i) Denis Legoux de La Berchère, maître des requêtes, premier président 
au parlement de Grenoble, de i655 à 1679, ^^ remplacement de son frère, 
Pierre Legoux, marquis d'Interville , comte de Rochepot, d'abord premier 
président au parlement de Dijon et ensuite de Grenoble en 1644, et décédé 
le 29 novembre i653. Il fut père d'Urbain Legoux, maître des requêtes, 
intendant des finances, et de Charles Legoux de La Berchère, qui fut 
évéque de Lavaur, ensuite archevêque d'Aix, après de Toulouse et enfin 
de Narbonne, et décéda le 2 juin 1710; 

(2) Âimar Guigou de Chapolay, président ak conseil des finances de Dau- 
phiné, fils de Henri, procureur général en la Chambre des comptes, marié 
à Gasparde de Ruins, décédé à Romans, le 21 juin i656. 

(3) Gaspard Guigou de Chapolay, fils du précédent et comme lui président 
du bureau des finances, mort le 24 juin 1681 et enterré dans l'église de 
Sainte-Claire de Grenoble. De Renée Brenier il n'eut qu'une fille, qui fut 
religieuse à Saint-Just. 

(4) La famille de Merle, originaire de Bresse, vint s'établir en Dauphiné. 
Elle est aujourd'hui fixée à Romans et à Malaucène (Vaucluse). 

(5) Berni, seigneurie dans les environs d'Orléans, dont Hugues de Lionne 
et son fils aîné portèrent le titre. 



70 LETTRES INEDITES 

veurs. Je m'en suis tecu son obligé et ai brûlé a Tinstajat 
même, sans le voir, tout le grand compte que tous aTiez bien 
pris de la peine à dresser. In^tunimmpassumei tu indiges, 
je vous donne de nouveau pleine absolution et décharge de 
tout ce maniement-ià. Mais i'avoue en même temps que je 
suis hors de moyens de tous remercier jamais assez digne- 
ment, ni en paroles, ni en e&ts, de ce que tous avez con- 
tribué pour me faire payer de cette somme très-considé- 
rable , dont je Tois bien que sans tous j'aurais perdu la 
meilleure partie et possible le tout. 

Vous ne vous arrêtez pas là« car votre bonté pour moi 
n'a point de bornes. J'en ai ressenti les effets encore à votre 
dernier voyage de Gap, quoiqua dire vrai vous m^aviez, 
par une apostille de lettre, fait entrer tellement en goût que 
vous pourriez peut-être disposer mon père de venir voir 
Bemi 'dont vous ne m'avez plus parlé après Tavoir entre- 
tenu), que toutes les grâces qu'il m'a accordées par votre 
moyen, et qui sont grandes selon ses forces, ne m'ont touché 
que par Tendroit de Taffection et de la tendresse que je vois 
bien qu'il a pour moi. 

J'ai envoyé parler à M. Amat ' sur ce que vous m^avez 
mandé que mon père voulait me faire toucher à la fin de 
Tannée 8,856 livres, et je Tai fait hardiment sur votre lettre, 
car mon père ne m'en marque rien par la sienne. Ledit 
sieur Amat a répondu qu'en cinquante ans il ne saurait que 
faire de cette somme-là à Gap; mais que si on la faisait 
porter à Grenoble, son commis avait ordre de lui de rece- 
voir tout et de tirer lettre de change sur lui, qu'il acquitterait 
ponctuellement. Je vous prie d'y tenir la main et de donner 
les ordres nécessaires pour l'exécution de la chose. 



(i) Mathieu Amat, notaire '\ Gap. Guy, fils d'Etienne, fut secrétaire en 
lu Ohumbrc deu cumptct de Grenoble. 



DE HUGUES DE LIONNE. 7I 

J'ai impatience de voir M. Ebrart% pour lui témoigner 
mon ressentiment de la pensée qu'il a eue de vous faire 
payer vos gages du conseil et pour Ten solliciter vivement. 

Je ne comprends pas pourquoi M. Troilleur * ni aucun 
autre se peuvent refroidir pour la prétention de M. Gensac ^, 
puisque je vendrai en Tétat que les choses sont et garantirai 
contre cette prétention. Je vous prie , autant que vous 
m'aimez, d'y faire tout ce que vous pourrez. Je prétends au 
lieu de cela, quand la vente sera faite, donner à mon père 
2,000 livres par an, ou pour mieux dire, comme il a la bonté 
de vouloir me gratifier des revenus de Solignac ^, des 2,000 
écus qu'il est affermé , je n'en prendrai que 4,000 livres et 
lui ferai tenir le reste fort ponctuellement et, s'il veut, par 
avance. Je vous prie d'y engager ma parole, quoiqu'il ne 
soit pas fort nécessaire, car d'autorité il pourrait toujours 
prendre tout le revenu de Solignac. Mais j'ai grand besoin 
d'assembler des sommes considérables, car, entre vous et 
moi, je dois entre -ci et deux ans payer à M. le premier 
président 240,000 francs, en six paiements de 40,000 francs 
chacun^. Ainsi, le secours que mon père m'envoie est grand 



(i) Jean Hébrard, sieur de Villeneuve, conseiller du roi, originaire du 
Champsaur. Son testament est du 28 juillet 1690. 

(2) Jacques Troilleur, conseiller à la Chambre des comptes en i65o. U 
laissa une fille, nommée Françoise, qui fut mariée à Qaude Thibault, sieur 
de Pierreux. 

(3) Etienne Gilbat de Gensac, de Die, député du tiers état aux États 
généraux du royaume, décédé en 1672. 

(4) L'abbaye de Saint-Pierre de Solignac, ordre de Saint-Benoît, à deux 
lieues de Limoges. Sa fondation remontait à l'an 63 1. Artus de Lionne, 
évéque de Gap, en fut le lx* abbé. M. Chaasalng, juge au Puy, a fait con- 
naître l'obi tuaire de cette abbaye, en 1872. 

(5) C'était la somme qui restait due par Hugues de Lionne sur le prix 
d'achat de la charge de grand- maître des cérémonies de Tordre du Saint- 



72 LETTRÉS INEDITES 

pour lui , mais ne m^accommode pas tant comme ferait la 
vente de La Terrasse ' et, si Ton pouvait , même des rentes 
qu'il a sur le chapitre de Grenoble et sur M.™* de Gordes *, 
en les garantissant , afin de me faire une somme de 3o,ooo 
francs ou plus. Je ne comprends pas comme quoi il ne se 
trouve pas cent marchands d'une chose qu'on veut baillera 
i,ooo écus de bon marché et dans un temps que chacun 
doit appréhender de perdre sur son argent. Il faut que tout 
l'argent de vous autres Messieurs soit dans les banques de 
Lyon, et je ne l'y tiens pas mieux. Je vous conjure de nou- 
veau de vous appliquer à cet article. 

J'ai une pensée en tête, que je ne sais si vous n'estimerez 
point folle, mais je ne laisserai pas de vous la dire : c'est que 
je voudrais bien voir ma tante de Lesseins ^ à Berni et l'y 
tenir ce printemps ou cet été. Il me semble qu'ayant la santé 
qu'elle a, elle pourrait faire ce voyage avec plaisir et sans 
incommodité, venant en litière jusqu'à Roanne, en bateau 
jusqu'à Orléans, et dans mon carrosse de là à Berni. Vous 
voyez bien que je voudrais que ce fut à condition que vous 
seriez de la partie. Peut-être serait-ce un moyen d'en faire 
prendre envie à mon père. 



Esprit) acquise en février i653 de Louis Phélipeaux, seigneur de La 
Vrillière. Cette gêne ne s^explique guère, si, comme on le lit dans un 
inventaire, sa femme avajt eu une dot de 5oo,ooo livres, dont 25o,ooo 
argent comptant. 

(i) La Terrasse, paroisse dans le Graisivaudan , près de Voreppe. Fran- 
çois de Simiane de La Coste en était à cette date le seigneur. 

(2) Anne Escoubleau, fille de François, marquis d'Alluye et de Sourdis, 
et femme de François de Simiane, marquis de Gordes, lieutenant général 
en Provence, décédée le 8 février 1G81. 

(3) Catherine- Béatrix Robert de Saint-Germain , femme de Sébastien de 
Lionne. 



DE HUGUES DE LIONNE. 7 3 

Je suis dans une sensible affliction d'un accident apoplec- 
tique qui arriva il y a quelques jours à mon second fils ", 
dont j'appréhende bien les suites , lui ayant pris en si bas 
âge. On y apportera tous les remèdes et toutes les précau- 
tions possibles; mais je n'oserais hasarder des bénéfices sur 
sa tête. C'est un des plus beaux enfants qui se puissent voir, 
et le plus doux et le meilleur. 



IV 



A Rome, ce 6* décembre i655. 

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du iS® du 
mois passé et vu avec déplaisir la perte du paquet dans 
lequel étaient les grâces et facultés accordées par le pape à 
mon père. Je m'en vais travailler à en tirer un duplicata, et, 
si j'ai le temps, je le joindrai à cette lettre. 

Le fils de M. Robert est arrivé en bonne santé avec le 
ministre de Portugal. Je vous prie d'assurer tous Messieurs 
ses parents que j'en aurai grand soin. Il fut vêtu comme les 
autres deux jours après son arrivée. 

Monsieur le président de Saint- André ^ fera toujours des 



(i) Jules-Paul de Lionne, qui fut ecclésiastique et qui mourut prieur de 
Saint-Martin -des- Champs, à l'âge de 66 ans. 

(2) Nicolas Prunier, seigneur de Saint-André, marquis de Viriôu, né en 
162Q, fils de Laurent et de Marie de Bellièvre de Pomponne, « dont la 
» sagesse est consommée et qui s'est fait une habitude de protéger les gens 

6 



74 LETTRES INEDITES 

merveilles dans toutes les occasions quUl aura de Étire éclater 
sa suffisance. Nous n'avons certainement guère ou point de 
compatriotes de son poids , et je souhaite fort d'avoir quel- 
que part en l'honneur de ses bonnes grâces et vous prie de 
m'aider à acquérir ou conserver ce bien. 

Le bruit de la défaite du marquis de Ville" est faux. J'ai 
été ravi d'apprendre que mon cousin Tabbé de Lesseins fût 
entré en possession de son emploi ^. Notre prince ^ sera 
bien mortifié de son exclusion, mais il s'en pourra consoler 
s'il est nommé au cardinalat, auquel il avait tant de part à 
l'entrée de la Régence. Il est vrai que pour la perfection de 
la chose, tant que je serai ici, il devait me rendre plus favo- 
rable à ses intérêts en concourant, ce qu'il n'a pas fait, à la 
réputation de mon cousin. 



» de lettres (Guy Allard), » conseiller au parlement de Grenoble du 9 sep- 
tembre 1645, président du 17 novembre i65o, en remplacement de son 
père, conseiller d'État en 1 63 5, ambassadeur à Venise en i66g, où il sou- 
tint vigoureusement la préséance de la France sur l'Espagne, commandant 
de la province en Tabsence du lieutenant général, enfin premier président 
du parlement par lettres du 9 août 1G79, c^^cédé le 22 juillet 169a. l\ avait 
épousé, le 16 février i658, Marie du Faure, dont il n'eut que deux filles : 
Justine, qui s'allia au marquis de Sassenage, et Marie-Claudine, qui épousa 
Joseph Forbin, marquis de Janson. 

(i) Jérôme, marquis de Ville, lieutenant général, commandant Parmée 
d'Italie. Il a publié le récit de son voyage en Dalmatie et à Candie. 

(2) Celui d'agent général du clergé de France. 

(3) Armand de Bourbon, prince de Conti, né à Paris en 1629. Il était 
extrêmement contrefait. Apres la mort de son père, il quitta l'état ecclé- 
siastique et fut fait gouverneur de Guyenne et de Languedoc et grand- 
maître de la maison du roi. Il mourut dans son château de Pézénas, le 22 
février 1666. Il avait épousé Anne Martinozzi, nièce du cardinal Mazarin. 



DE HUGUES DE LIONNE. 76 



i655 *. 

M. le président de Portes ^ doit bien se garder de faire 
aucune dépense sous prétexte de mettre en équipage mon 
cousin d'Amblérieux ^, pour la charge de la compagnie de 
M. le prince de Salm % car S. M. veut absolument soutenir 
Tancien lieutenant, que ledit prince avait cassé, et même 
Ta déjà fait rétablir, prétendant qu'autre qu'Elle, même 
dans les régiments étrangers , n'a pouvoir de destituer des 
officiers. 

Ledit prince m'avait écrit de Bruxelles pour en parler à 
S. M., et je Tai fait d'autant plus volontiers qu'il s'agissait 
de l'avantage dudit sieur d' Amblérieux , lui ayant même 



(i) Cette lettre ne porte point de nom de lieu, ni d'antre date que celle 
de Pannée. 

(2) François de Portes, seigneur de La Balme, le Châtelet et autres 
lieux, fils de Claude et de Louise Coste, conseiller en la Chambre des 
comptes de Dauphiné en 1620, président en i63j, marié en i632 à Mar- 
guerite Murât de Lesiang, dame d'Amblérieux. Son frère, Pierre d'Am- 
blérieux, trésorier-receveur général de la province, épousa la célèbre 
Françoise Mi^not, qui se remaria avec le maréchal de Lhôpital et ensuite 
avec Jean-Casimir, roi de Pologne. 

(3) Jean-Pierre de Portes d'Amblérieux servit longtemps dans le régiment 
des gardes françaises. Il vendit sa charge et ne put rentrer dans le service, 
n succéda en i663 à François de Portes, son père, en qualité de président 
en la Chambre des comptes. Il épousa, le i3 août 1672, Virginie Peloux 
de Clérivaux. 

(4) François-Léopold , comte de Salm, né en i638, mort en 1697. 



76 LETTRES INÉDITES 

dit qu'il était mon parent. Mais j'ai eu le déplaisir de me 
voir répartir par Sadite Majesté ces propres termes : que 
j'avais un parent fort déréglé et qu'il avait eu occasion de 
le connaître fort particulièrement. Je répliquai que lorsqu'il 
vendit sa charge aux gardes, ce fut un effet de jeunesse, 
dont son père, qui n'en savait rien, eut un très-grand dé- 
plaisir. La chose en demeura là. Mais, tant du côté dudit 
prince de Salm que de celui de M. d' Amblérieux , Taffairc 
ne réussira pas. 



VI 



A Rome, ce 14* février i636. 

Je n'ai pu répondre plus tôt à la lettre dont vous m'avez 
favorisé du 9* janvier. Je vous remercie de toutes vos nou- 
velles et vous prie de faire un compliment de liia part à 
M. le président du Faure ' sur la mort de Madame de Cla- 
veyson ^. Je vous laisse à juger s'il devait être de conjouis- 
sance ou de condoléance. Je suis très-fâché de l'embarras 
où se trouve M. de La Tivollière ^. Il croit facilement, ce 
que je vous prie de lui dire, que si j'étais en place pour le 



(i) Antoine du Faure, Bieur de La Rivière, conseiller au parlement du 
23 juillet 1628, président du 21 août 1649, c^^cédé le 28 novembre lôSy. 
Sa fille unique, Marie , s'allia à Nicolas Prunier de Saint-André. M. Marc 
de La Rivière fut abbé de Léoncel de i652 à 1680, et M. de La Rivière, 
son neveu, était capitaine des gardes du maréchal de Villeroy. 

(2) Laurence de Claveyson, veuve de Hugues de Lionne. 

(3) Dorgeoise de La Tivollière, branche de la famille de Maugiron, qui 
s'est éteinte en la personne de Jean de Dorgeoise , maréchal de camp à 



DE HUGUES DE LIONNE. 77 

servir je ne m'épargnerais pas pour le faire aussi solidement 
et avec la même chaleur que j'ai fait autrefois; peut-être 
aussi qu'il ne se trouverait pas aujourd'hui attaqué si on 
m'avait vu dans la même place. Je ne pensais pas si bien 
dire quand je vous mandais cet apophthegme dont vous me 
faites souvenir : qu'il ne faut avoir qu^une fois en sa vie de 
pareils démêlés à celui qu'il eut alors avec le feu premier 
président ". 

J'espère de vous revoir bientôt, ne croyant pas que mon 
congé, sur lequel j'insiste il y a longtemps, me soit plus 
guère différé. Vous en serez averti aussitôt que je l'aurai 
reçu. Je prendrai le même chemin par lequel je suis venu et 
laisserai ici mon dernier fils ^ jusqu'à ce qu'il soit sevré, ce 
que nous autres Italiens disons disve:{:{ato; mais vous ne 
l'auriez pas entendu. 

Je ne sais si je vous quitterai, à moins de venir jusqu'à 
Marseille, mais tout au moins en Avignon. Vous ne vous 
en sauriez défendre, et M. de Franc ^ encore moins, ayant 
toujours sur le cœur de ne l'y avoir pas mené de Valence. 
Pour mon cousin de Lesseins, je ne crois pas, à présent 
qu'il se porte bien, qu'il me voulût donner la mortification 
de n'être pas de la partie. 



Farmée d'Allemagne en 1674, ne laissant qu'une fille, Catherine, qui se 
maria deux fois : 1° à Jacques Pourroy, 2» à Claude de Grolée. 

{i) Pierre Legoux. 

(2) Artus dé Lionne , né à Rome Tannée précédente. 

(3) Antoine de Franc fut, comme son père et son grand-père, trésorier 
général en Dauphiné. Il mourut sans enfajit en 1690. Sa famille finit en 
Madeleine de Franc, qui fut la femme de Louis Briançon, seigneur de 
Varces. 



78 LETTRES INÉDITES 



VII 



A Rome, ce i3* mars i636. 

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré du 20* du 
mois passé. Il y a quatre mois que je presse à Paris mon 
congé, après avoir vu qu'il n'y avait rien à faire ici de bon 
ni de grand pour le service du roi ni pour le repos de la 
chrétienté % et on me le fait espérer au printemps en tels 
termes que je n'en puis quasi pas douter, dont je vous avoue 
que j'ai une joie inexprimable et particulièrement quand je 
me propose les satisfactions que je goûterai en vous voyant 
et tous mes parents et amis sur la lisière du Dauphiné, que 
je ne me presserai pas si fort de quitter que quand je vins, 
et j'aurai le loisir d'y faire diverses stations. Je vous prie de 
commencer à ajuster avec mon père en quel lieu nous pour- 
rons nous rencontrer. Je crois que Valence serait le plus 
propre, où il pourra descendre de Grenoble dans une journée. 
Mais pour vous, M. de Lesseins et M. de Franc, je ne sais 
si je vous pourrai quitter à moins d'Avignon. Néanmoins, 
votre commodité sur toutes choses. 

Je vous prie de conclure avec M. Le Bergier * le marché 
de La Terrasse, au prix que vous aviserez. Je me conten- 
terai de 25,000 francs comptant. S'il ne les a pas comptant, 



(i) C'est-à-dirc que la mission pour laquelle il était venu à Rome n*a\rait 
pas réussi. Il avait été chargé par Mazarin de demander au pape quMl fît 
traduire le cardinal de Retz devant une commission ecclésiastique comme 
criminel de lèse-majesté. 

(2) Le Bergier de Moidieu, qui lut vibailli de Vienne de 1670 a 1692. 



DE HUGUES DE HONNE. . 79 

il faudra essayer d'en avoir 27,000 ou au moins 26. Il me 
semble, si on vend en Dauphiné comme on fait en France, 
qu'il n'importe pas beaucoup qu'il ait son argent comptant, 
pourvu que d'abord il en fournisse une partie considérable, 
car le bien vendu demeure toujours hypothéqué pour le 
surplus. On n'y saurait jamais rien perdre. 

J'ai bien du déplaisir de la dureté de MM. des finances 
pour vos gages du conseil. Peut-être qu'à mon arrivée je la 
surmonterai. 

Si j'avais été à Paris, je suis assuré que M. de Beauchêne " 
en serait revenu procureur général. Le mal vient de ce que 
je juge qu'il ne s'est trouvé personne (hors peut-être M. le 
premier président , qui paraissait intéressé pour son parent) 
qui ait informé Mgr le cardinal ^ de la différence qu'il y a 
pour la naissance et la qualité dudit sieur de Beauchêne avec 
les autres prétendants à la charge ^. J'ai rendu moi-même, 
allant chez M. le cardinal Bichi ^, la lettre que vous m'avez 



(i) Gabriel Prunier de Saint- André, baron de Laval et de Beauchêne, 
conseiller au parlement du i5 mai i65i, en remplacement de Nicolas, son 
frère, nommé président à mortier le i" août i658, sur la résignation 
d'Antoine du Faure, décédé le i5 mars 1696. Il s'était marié, le 6 août 
i635, avec Anne de La Croix-Chevrières , laquelle vendit, au nom de 
Nicolas, son fils, le 24 juillet 1696, à Antoine Murât, seigneur de Sablon, 
roffice de président à mortier au parlement de Grenoble, au prix de 
1 10,000 livres. 

(2) Jules Mazarin, né le 14 juillet 1602, cardinal en 1641, premier mi- 
nistre pendant la minorité de Louis XIV, mort à Vincennes, le 9 mars 
1661. Il avait un évéché, sept abbayes et une fortune exagérée, scandaleuse 
et mal acquise. 

(3) Cette charge de procureur général au parlement de Grenoble fut 
donnée à Jean-Baptiste Gallien de Chambons, par lettres du 11 avril i656. 

(4) Alexandre Bichi, né à Braûn, évoque de Carpentras, nonce apoMo- 
lique en France, cardinal en 1634, abbé de Montmajour près d'Arles, pro- 
tecteur des églises de France, mort à Rome, le 25 mai lôSy. 



8o LETTRES INEDITES 

adressée. J'ai ici un petit Romain qui sera un Samson. Il 
n'a que quatre mois et paraît avoir plus d'un an à sa grosseur 
et à sa force. Il épuise ses nourrices et ne vei\t jamais quitter 
le téton . 



VIII 



A Paris, ce i8* décembre i656. 

Je ne prends pas souvent la plume pour vous entretenir, 
quoique j'y prenne un plaisir indicible, parce que les affaires 
ou les divertissements occupent tout mon temps et que )e sais 
que vous avez assez de bonté pour tout excuser. Aujourd'hui 
que Ton m'a ordonné de garder la chambre pour m'être fait 
arracher une dent ce matin, de crainte de quelque fluxion 
en cette partie-là, si je prenais l'air, j'anticipe l'ordinaire" 
d'un jour afin d'employer au moins celui-ci en l'occupation 
la plus agréable qu'il m'est possible, en vous rendant compte 
de ce qui m'arrive, à quoi je sais que vous prenez autant 
de part que moi-même. 

Je vous dirai donc que je ne pense pas avoir en toute ma 
vie employé deux mois de temps plus heureusement et plus 
utilement que j'ai fait depuis mon retour d'Espagne. 

Premièrement, je crois et avec raison être aussi avant 



(i) Le courrier de la poste aux lettres pour le midi de la France ne par- 
tait alors ordinairement de Paris que deux fois la semaine. Une lettre 
simple coûtait 5 sols de Paris à Grenoble. 



DE HUGUES DE LIONNE. 8l 

dans les bonnes grâces et Testimc de Mgr le cardinal que 
j'ai Jamais été et ensuite celles de Leurs Majestés. 

En second lieu , j'ai eu le plaisir de gagner au jeu cent 
mille francs '. 

En troisième lieu , j'ai assuré cent mille francs d'un prêt 
que j'avais fait au roi et dont le remboursement traînait 
depuis plusieurs années. 

En quatrième lieu, j'ai fait passer mes preuves de noblesse 
au chapitre de l'ordre que nous avons tenu il y a aujourd'hui 
huit jours ^. 

En cinquième lieu, nous avons fait exclure dudit chapitre 
la proposition qui avait été faite de créer de nouvelles charges 
dans l'ordre, qui eussent ruiné entièrement et la beauté et la 
valeur des nôtres, ayant fait voir que cette création n'était 
pas au pouvoir du roi, étant formellement et contre le statut 
et contre le vœu que Sa Majesté fit le jour de son sacre, 
renouvelé le lendemain. 

En sixième lieu, cette exclusion m'a été si avantageuse 
que, comme il y a quantité de prétendants à cet honneur 
qui mettent le prix à la marchandise pour l'emporter les uns 
sur les autres, j'ai traité hier de ma charge avec un homme 
qui m'en donne comptant 36o,ooo livres, une chaîne de 
5oo louis d'or pour ma femme et les droits de la première 



(i) La joie d'avoir gagné au jeu une somme considérable le fait dénoncer 
lui-même une passion que lui reproche l'abbé de Choisy dans ses Mé- 
moires. 

(2) Ce sont les titres et mémoires dressés dans ce but, sur les notes du 
ministre, par Guy Allard, qui furent présentés et adoptés le 10 décembre 
i656 par lés commissaires de l'ordre du Saint-Esprit, duc de La Rochefou- 
cauld et marquis de Saint-Simon. 

Joachim de Lionne a mis en marge ces mots : Oublié que le roy lui 
donna un brevet de porter Vhabit et le collier, comme les chevaliers. 



82 LETTRES INEDITES 

promotion des chevaliers , qui montent à 16,000 francs. De 
sorte qu'en une affaire qu'on croyait mauvaise quand je 
Tachetai et que je payai trop cher, il se trouvera que j aurai 
gagné 43,000 écus * et le cordon pour le reste de ma vie, 
qui est un honneur d'un prix inestimable pour une personne 
de la condition dont je suis né ^. Il est vrai que celui avec 
qui j'ai traité peut-être n'aura pas la charge, parce que 
Mgr le cardinal a quelque engagement de faire tomber un 
cordon bleu à M. de Bourdeaux, l'ambassadeur d'Angle- 
terre ^. Mais cela me sert toujours pour rtiettre le pied du 
prix à cette vente, et il faudra que M. de Bourdeaux passe 
par les mêmes conditions ou qu'il laisse passer l'autre devant 
lui, ce qui m'est indifférent. Ce qui me fâche un peu, c'est 
qu'il faudra attendre la réponse d'Angleterre avant que 
pouvoir exécuter la chose de façon ou d'autre ^. 



(i) Ce qui fait connaître qu'il avait acheté cette charge de prévôt et grand- 
maître des cérémonies au prix de 260,000 livres. 

(2) Joachim de Lionne a eu soin de souligner ces mots afin de signaler 
au lecteur la modestie de ce grand ministre, qui , revêtu des plus hautes 
fonctions de l'Etat, ne se méconnaissait pas, comme on disait alors. 

(3) M. de Bourdeaux, mort ambassadeur à Londres, dont la fille épousa 
M. de Fontaine Martel, qui fut écuyer de la duchesse de Chartres. 

(4) Voici l'indication des lettres patentes délivrées à l'occasion de cette 
charge : 

i" Démission de Louis Phélippeaux , seigneur de La Vrillière, de la 
charge de grand-maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit, en faveur 
de Hugues de Lionne, du 8 février i653; 

2" Provisions de la charge de commandeur, prévôt et maître des céré- 
monies de l'ordre du Saint-Esprit en faveur de Hugues de Lionne, du 28 
février i653; 

3" Brevet de retenue en faveur des héritiers de M. Hugues de Lionne de 
200,000 livres de la charge de grand-maître des cérémonies de l'ordre du 
Saint-Esprit, du i5 juillet i653; 

4° Permission de jouir des droits et honneurs de l'ordre du Saint-Esprit, 
en se défaisant de sa charge, du 26 niai i656; 



DE HUGUES DE LIONNE. 83 

En septième lieu, M. le duc d'Orléans^ me paie une 
dette de 20,000 francs, qu'il me devait il y a six ans. Et 
enfin je vois clair t pouvoir tirer une somme considérable 
de mon procès de l'extraordinaire des guerres, quoique je 
n'eusse jamais compté cette partie que comme assez incer- 
taine dans le reste de mon bien. Cependant, par l'accommo- 
dement que mes parties me proposent, je vois déjà que j'en 
tirerai pour ma part 200,000 francs, sans le surplus pour 
lequel nous disputons. 

Vous jugerez, je m'assure, qu'en voilà bien assez pour 
être content de ces deux mois-ci. Cependant j'ai encore une 
autre satisfaction très-sensible de ce que Dieu a préservé 
jusqu'ici ma petite famille de la petite vérole, qui a eu un si 
grand cours en ces quartiers, et de ce que mon fils l'abbé 
est entièrement guéri du mal que vous savez qu'il avait, qui 
était très-fâcheux et pour lequel un des plus habiles méde- 
cins d'Italie l'avait tourmenté deux ans durant par des 
remèdes inutiles : ça été une des plus belles cures qui se pût 
faire, et à présent que je le vois en bon état, je me suis 
résolu de ne tarder pas davantage à faire expédier pour lui 
les bulles de l'abbaye de Solignac , et j'en écrivis vendredi 
dernier au pape pour avoir le gratis. Il est vrai que j'ai pris 
en même temps une résolution sur son sujet, qui est comme 
il manque d'application pour l'étude et qu'il a grande in- 
clination pour les armes, paraissant même intrépide et rien 
ne lui ayant jamais pu faire peur, je le veux faire chevalier de 



5» Permission de vendre ladite charge , du i8 mai 1657. 
(Elle fut vendue à Eugène Rogier, comte de Villeneuve, marquis de 
Caveno.) 

(i) Gaston de France, duc d'Orléans, 3* fils de Henri IV et de Marie de 
Médicis, frère de Louis XIII, né le 23 avril 1608, mort relégué à Blois, 
le 2 février 1660. 



84 LETTRES INÉDITES 

Malte ' et abbé. Cette dernière qualité lui donnera moyen 
de soutenir l'autre, sans incommodité. Cependant la pre- 
mière l'obligeant à renoncer à la succession de nos biens, 
ses frères et sœurs en seraient mieux partagés. Il lui man- 
quera peut-être quelques quartiers pour les preuves du côté 
de sa mère, mais j'ai déjà fait écrire à Malte par le bailli de 
Souvré^, ambassadeur de la religion, qui s'est chargé de 
surmonter toutes les difficultés. 

J'avais oublié, dans mon travail des deux mois, une ac- 
quisition que j'ai faite de 6,000 livres de rente sur les aides, 
dont j'ai déjà payé le principal, et pourvu que je me puisse 
sauver des taxes, je n'aurai pas fait une mauvaise affaire, 
et j'espère que, au moins tant que je vivrai, cela me sera 
assez facile. 

J'oubliais encore de vous dire que 'Mgr le cardinal m'a 
promis positivement et bientôt une autre abbaye pour mon 
fils l'abbé. 

Vous ne sauriez croire le progrès que l'aîné fait dans ses 
études. On m'a montré ce matin de lui trois longues compo- 
sitions que je vous jure que j'ai prises pour être du latin de 
Cicéron. Il fait d'ailleurs des vers latins et est assez avancé 
au grec, sait mieux toute la métamorphose et les histoires 
que je n'ai jamais sues, même en rhétorique, et sait aussi 
fort bien la géographie et commence à étudier la sphère. 



(i) Paul-Luc de Lionne, qui fut en effet chevalier de Malte, mais qui 
mourut jeune. 

(2) Jacques de Souvré, commandeur et ambassadeur de l'ordre de Malte 
à Paris. Après avoir commandé pendant quatorze ans un régiment de 
cavalerie et les galères de France avec le grade de lieutenant général, il 
parvint, en 1667, au grand prieuré de France. Il fit bâtir le superbe h<5tel 
du Temple, pour être la demeure des grands prieurs. Il mourut le 22 mai 
1670, à l'âge de 70 ans. 




DE HUGUES DE LIONNE. 85 

Mon dessein, si je puis, est de faire le seigneur Pupo 
auditeur de Rote et lui faire pousser sa fortune à Rome, et 
pour le quatrième lui faire prendre la profession ecclésias- 
tique et lui faire tomber les collations et les bénéfices du 
chevalier : ce sont mes projets, dont Dieu disposera peut- 
être tout autrement. 

Ma pensée est aussi , dès que j'aurai tiré Tabbaye que me 
promet Mgr le cardinal, de supplier mon père de résigner 
son évêché à mon cousin Tabbé de Lesseins, me contentant 
des bénéfices qu'il a présentement et de quelque autre que 
S. E. lui fait aussi espérer. Mais quand il nç. pourrait pas 
avoir ce dernier, je suis tout résolu à la chose, espérant qu'il 
aura assez de gratitude pour traiter un jour mon quatrième 
fils comme je l'aurai traité. 

En même temps, afin que mon père ait moyen de soutenir 
sa condition , se défaisant de son évêché , il aura les trois 
mille livres qu'il s'est réservées sur l'abbaye de Solignac, 
trois mille autres que lui cédera mon cousin l'abbé de Les- 
seins , et ce qu'il me dira qu'il lui faut de plus, je lui en ferai 
une donation irrévocable entre vifs sur tout mon bien ; ainsi 
il gagnera plutôt qu'il ne perdra au change. 

Comme il témoigna de fort bonne grâce et, à mon avis, 
de bon cœur à ma femme qu'il viendrait avec plaisir passer le 
reste de ses jours avec nous, pourvu que ce fût en résignant 
son évêché, en sorte qu'il ne fût plus obligé à y retourner, 
je fais état de le loger dans une des quatre maisons que j'ai 
devant mon logis et de lui donner mes deux aînés chez lui 
pour le divertir. Ainsi il ne se contraindra pas pour s'ac- 
commoder à nos heures, et nous ne laisserons pas de nous 
voir tout aussi souvent que s'il était logé chez moi. Je 
pourrais même l'y loger dans dix-huit mois; car, ayant 
acheté une place à côté de ma maison , je m'en vais y faire 
bâtir l'année qui vient et des deux n'en faire qu'une, sui- 



86 LETTRES INÉDITES 

vant un plan qu'un architecte m'a donné et qui est tel qu'il 
n'y aura guère d'homme dans Paris qui soit mieux logé ni 
plus spacieusement que moi. J'y dépenserai 3o,ooo écus ou 
100,000 francs, mais ce sera un logis que je vendrai après, 
du soir au lendemain, 200,000 francs. Dans ce projet, 
j'abattrai le corps de logis de derrière et aurai un grand air 
et la vue par une terrasse sur le jardin des Petits Pères, qui 
est de la grandeur que vous savez ^ 

Je vous prie d'envoyer cette lettre même à mon père, afin 
qu'il la voie et que hors lui âme qui vive, sans exception, 
ne pénètre aucune des particularités que je vous mande, car 
il est très-important que toutes demeurent dans le dernier 
secret, et principalement celle de la vente de ma charge, 
jusqu'à ce qu'elle soit exécutée, et celle de l'accommodement 
de mon procès. * 

Je renverrai à mon cousin de Lesseins les originaux qu'il 
m'a prêtés de nos titres. Mais comme j'en aurai encore 
besoin pour les preuves qui seront à faire envers la religion 
de Malte, peut-être les pourrai-je garder jusqu'après Taflaîre 
faite, qui sera un nouveau titre pour toute la famille. Je 
souhaiterais seulement que vous trouvassiez le moyen d'en- 
voyer, s'il est possible, un autre acte authentique par-devant 
notaires où cette qualité de Sébastien de Lionne, le contrô- 
leur des greniers à sel ne fût point. Vous voyez combien elle 
peut et doit choquer, et je crois qu'ayant quelque notaire 
affectionné et secret, il ne fera pas difficulté de l'omettre, 
puisque ce n'est pas pour faire tort à aucun tiers*. 



(i) Cet hôtel était par conséquent situé entre la rue Montmartre et la 
rue Notre-Damc-des- Victoires. 

(i) Cette qualité de contrôleur des greniers à sel, qui choquait tant 
Hugues de Lionne, a été en effet omise dans l'expédition des actes par les 
notaires , de même que dans le mémoire de Guy AUard. 



DE HUGUES DE LIONNE. 87 

J'ai dit à Sibut que je ne laisserais point ma maison de La 
Terrasse à moins de 28,000 francs, dont il ne m'a offert 
que 23. Il m'a'promis d'en écrire et de me rendre réponse. 
Vous ne m'avez rien mandé de ce qu'on a dit dans vos 
quartiers de mon voyage d'Espagne \ Je ne sais pas si on y 
a bien considéré que jamais personne de ma portée n'a eu un 
si grand honneur que d'être seul plénipotentiaire de son roi 
pour des intérêts si considérables, qui font la fortune de 
deux monarchies, après vingt-deux ans de guerre, et je 
vous réponds que quand j'en pourrai divulguer les particu- 
larités, j'en tirerai encore plus de gloire que de la qualité 
de plénipotentiaire. 

Je vous prie de me mander, en cas que le sieur Renaud, 
le Suisse, soit en vos quartiers, s'il irait jusqu'à 5o,ooo fr. 
en assignations pour La Terrasse et quelles assignations il 
me pourrait céder *. Il me faudrait envoyer un mémoire de 
toutes celles qu'il a. 

Entre vous et moi , je ne trouve pas que mon cousin de 
Lesseins, qui est arrivé depuis deux jours, soit si satisfait 
que vous me l'aviez mandé de ce qui s'est passé de là entre 
Madame sa mère , son frère et lui ^. 



L'illustre famille de Villars avait eu aussi un membre qui était, en ibSg, 
garde du grenier à sel de Condrieu. Cependant le maréchal de Villars, au 
comble des honneurs et de la fortune, loin de cacher ce fait, ajoutait 
volontiers qu'il descendait d'un modeste greffier de la judicature de 
Condrieu. 

(i) Hugues de Lionne revenait de Madrid , où il avait traité seul de la 
paix: 

(2) C'étaient des mandats assignés sur certains revenus que l'État donnait 
pour le paiement de ses dettes. On voit que ces sortes d'assignats devaient 
alors perdre environ 5o pour loo de leur valeur. Mais il est probable que, 
grâce à sa position, Hugues de Lionne espérait en tirer un meilleur parti. 

(3) Clémence de Claveyson, Humbert et Charles de Lionne. 



«5* •-■u'— VL,:"X"" 



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JT" r^ ISEOS TTtJii czhc 



J i: r»c;i !ii ^e:rrî Zszcz ~:cs in ir-i irr^irsé ii 5* tout de 
.i" , *r. r=r«:rie ies ^c;p -^rr^ii rie -^ tzcs 2Taxs cn- 

cor. iidiri '.e ciiztz:,. 

Ltrr.iz c-5 v:.î îtsc .l±jt iiZ5 tictï lecnedu souhait 
qj,t '.'j:,h ia^.'s<t zt p*:--r:.r èr^i iichirzé ia prêt de la 
Pa^lette '. n*es: p^ii ::r:b= i lirre. ec -e t:^:5 assure que, 
au>%itoi que je verrî: quel wiiz rrczcra cette affidre et 
quelle résolution on y do:: prédire p:>ur ce qui r^arde les 
c//mpagnies souveraines des provinces, -'e ferai tous les effi>rts 
po>«iibIcs pour trouver les moyens de vous procurer par 
r|uclqi.}c voie cette satisfaction. 



it , f.n f'flulrttc était un droit fiscal équivalant à un soixantième annuel 
il>i l'fK 'l'-4 i)\7M^n9,f »insi nommé de l'aulet. traitant, qui l'inspira à 
\\t'Ui\ IV, «ri M'04, ce (|iji amena la vénalité des offices , après les ivoir 
f^ri'lti* h^i(;<lîtHiict. 



DE HUGUES DE LIONNE. 89 

Il y aura du temps à pourvoir à Pacte où Sébastien de 
Lionne est qualifié de contrôleur : je crois que c'est son 
mariage ou son testament ou le mariage de mon père. Je 
n'ai pas le temps d'en faire à présent la perquisition. Je 
joins ici un mémoire qu'on m'avait donné il y a quelque 
temps qui regarde M. de Saint-Didier *. J'en avais été 
prié par M. de Rambouillet le fils *, qui est fort mon ami. 
Si vous pouvez accommoder la chose, je vous en aurai 
obligation. Nous verrons ce que diront Sibut, Derion et 
Renaud, en cas qu'ils viennent sur le sujet de La Terrasse. 
Je vous adresse la réponse de M. Marchier ^. 



X 



A Paris, ce 26* janvier 1657. 



Je VOUS adresse l'acte que m'a donné M. de Bonnelles *, 
secrétaire de l'ordre, de l'admission de mes preuves de 



(i) OronceLe Bout de Saint- Didier, conseiller au parlement du 1" avril 
1642, en remplacement d'Antoine, son frère, mort le 6 octobre 1689. Il 
avait épousé Virginie, fille de Humbert de Lionne, de la branche de 
Grenoble. 

(2) Fils de Charles, marquis de Rambouillet de la maison d'Angennes, 
et de Catherine de Vivonne, et frère de la duchesse de Montausier et de la 
comtesse de Grignan. Rambouillet fut vendu en 1705 par Armenonville 
au comte de Toulouse , en faveur de qui cette terre fut érigée en duché- 
pairie. 

(3) Antoine Marchier, fils d'Ennemond , avocat distingué de Grenoble, et 
de Marie de Villeneuve, capitaine au régiment de Sault et dont la fille 
Marie épousa Pierre Ponnat du Merlet. 

(4) Noôl de BuUion , seigneur de Bonnelles , marquis de Gaillardon, pré- 
sident au parlement de Paris, pourvu de la charge de greffier ou secrétaire 

7 



»i LETTRES INEDITES 

noblesse au chapitre qui fut tenu il y a quelque temps*. 
m âant souvenu que vous me Tavez autrefois demandé pour 
le lairc. ce me semble • enregistrer dans votre Chambre des 
cumpies, avec dessein même, si ma mémoire ne me trompe 
de tirer c'est-à-dire 6ter des registres de la Chambre cer- 
taines choses qui ne vous plaisaient pas. Je vous prie de 
me !e renvoyer quand vous vous en serez servi selon votre 
projet. Mon cousin de Lesseins, de la manche % a trouTC 
que nous avons failli en une chose ^et il me semble qu'il a 
raison , de n'avoir point fourni d'acte [comme il eût été bck 
avec un peu plus de recherches' qui prouve la descendance 
de Berton de ces autres dont il est fait mention dans les 
registres de la Chambre. La qualité de contrôleur, etc., de 
Sébastien de Lionne n'est, ce me semble, que dans le con- 
II al de mariage de mon père; pour le moins elle est bien 
antainenient dans cet acte-là. 

J ai hésité quelque temps à vous mander ou non une chose 
qui se passe de deçà de quelque importance pour moi et 
poui toute la famille. Ma raison de douter était de ne vous 
|)j^ donner une espérance dont vous eussiez après le dé- 
|)laj-ji- de vous voir frustré, l'affaire ne réussissant pas, 
cojjinie il est plus vraisemblable qu'elle manquera qu'on 



Jtï. .„.iich .1.1 loi le 24 juin iG^i , intendant de ces ordres en 1654, mort 
i*. ■< UU..1 ,ï,^o. h.>„ ,,Mc, uuiintcndant des finances, président au même 
I ^.ici..ci.i^ uwii de «.luic dcb biTcaux de Tordre et avait vendu cette charge 
«-- i''-. a M .le l<ei.hcy. ï\ eut deux fils de Charlotte de Prie, qui mourut 

Jv. H i..,-.Lii,Lic i>.>o, â iVi^c ac 7H ans. 

" • «- j.ii LUI jic.i bui- le rapport du duc de Mortemart au chapitre de 
^■"^- i-'u i^. le ..,,, ii.i châicau du Louvre, le 11 décembre i6b6. 

- M.oHi .M .k l.i.„M.e, de Konmiis. avait la charge de gentilhomme de 

' ''■ ■'■' '"*' '*"•' "^ l'**''»»» pas avoir exercée. Louis XIV en avait 

1' ' J" i— i^...ieiii de (,,000 livres de gages. Ce nombre fut plus urd 

I 1 ( >. tJ . i A 



DE HUGUES DE LIONNE. 9I 

ne doit s'en promettre le succès que je pourrais désirer. 
Néanmoins, en vous disant de ne vous y attendre point, je 
crois avoir remédié au premier inconvénient et satisfaire 
aussi à ce que je vous dois, qui est de ne vous laisser pas 
dans l'ignorance de pareilles choses. 

. Je suis en traité avec M. de Brienne ^ de sa charge de 
secrétaire d'Etat des étrangers. Il a envie et besoin de s'en 
défaire, étant chargé de dettes qui le consomment; mais il 
en veut un grand argent et je suis résolu de le lui donner; 
ainsi la difficulté ne consistera pas là, en ce que son fils *, 
qui a sa survivance et en a déjà prêté le serment, dit qu'il se 
fera plutôt déchirer par morceaux que de donner sa démis- 
sion, et que ce fils-là ayant épousé une fille de M. Cha- 



(i) Henri-Auguste de LoméniCf comte de Brienne et de Montberon, né en 
1695 à Paris, où il est mort en 1666. Il remplaça en 161 5 son père dans 
la charge de secrétaire d'État et en i638 il lui succéda en titre. Après 
avoir cédé momentanément ses fonctions à Chavigny, il les reprit , pour 
les garder jusqu'en i663 , époque à laquelle il les résigna en faveur de 
Hugues de Lionne. Il avait épousé, en 1623, Louise de Béon de Masses, 
qui décéda à 63 ans, le 2 septembre i665. On a de lui des Mémoires con- 
tenant les événements les plus remarquables du règne de Louis XIII et ceux 
du règne de Louis XI V, jusqu'à la mort du cardinal Ma3[arin. Amsterdam, 
1717-1723. 3 vol. in-i2. 

(2) Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne, fils du précédent, né en 
1625. Il fut pourvu en i65i de la survivance de la charge de son père. Il 
épousa Henriette Le Boutillier, fille du comte de Chavigny et sœur de 
la maréchale de Clairembault et de l'évéque de Troyes, et qui décéda en 
1664, à l'âge de 27 ans. Le roi ayant refusé son agrément à la survivance, 
il revêtit l'habit d'Oratorien. A la suite de quelques marques d'extrava- 
gance, ii fut enfermé dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, puis à 
Saint-Lazare et enfin mourut, le 27 avril 1698, dans l'abbaye de Saint- 
Severin. Dans les loisirs d'une longue réclusion il a produit des travaux 
littéraires, prose et vers, aussi nombreux que bizarres. Cependant il a 
laissé de curieux Mémoires inédits , qui n'ont été publiés qu'en 1828, par 
Fr. Barrière. Paris. 2 vol. in-S". 



H'Z LETTRES INEDITES 

vifçny ', toute cette parenté se remue étrangement pouri 
iii'wc tenir bon dans ce dessein et empêcher que celle charg 
ri': sorte de leur maison. J'ai promis 100,000 livres comp 
t;iMt â Madame de Brienne la mère, et de les lui faire tou 
«lier hors du prix de la charge et sans que personne c 
•.;ii:he rien. Le père et la mère sont d'accord et ont désir d 
vendre, mais le fils tient ferme pour le prix. Ils disent qu il 
htit eu des offres jusqu'à 1,600,000 francs; à quoi je ré 
p/;nds (|ue, h! elles sont vraies, elles ont été faites par de 
p^TvinncH (|ui ne seraient pas agréées, et qu^aînsi elle 
<l'/ivrnt être comptées pour rien ou au moins comme no 
Ui\\i:'\. l/A ch.'irf»e, compris divers droits de consulats étran 
(f/'f'v, fend 'ih,()0() ccus par an. Ma résolution est de n 
p;I^•;(•^ pas '.^oojooo ccus de mon bien. Mgr le cardinal m' 
(ail l.'i ^racc de me promettre que le roi m'assistera d 
ion, 000 ci'iis, c'est-à-dire que je toucherai de Tépargnee 
tfois t)\\ (|iiatre ans, et si les difficultés se réduisent là, j 
pourrai bien faire encore l'avance de ces 100,000 écus-d 
c'est A-dire convenir du prix de 400,000 écus. On me d< 
nnifide aussi une abbaye pour le second fils, et en ca 
que je ne la leur puisse procurer du roi, je suis résolu d 
lâcher Soli^nac, pourvu qu'il se trouve des moyens qi 
n'intéressent point la conscience des uns et des autres^ 
M. le procureur général'* est d'avis que, quoi qu'il en coûte 



(1) Léon Le Boutillier, comte de Chavigny, secrétaire d*État des affidn 
étrangères et ministre en 164!^, commandeur et grand-trésorier des ordr 
du roi, mort le 11 octobre i652, à 44 ans. 

(2) Nous ferons remarquer à quel point était alors arrivé le trafic di 
choses de la religion , que le don d'une abbaye figurait dans un marché 
titre de pot de vin. 

(3) Nicolas Kouquct, marquis du Bclislc, né en i6i3, intendant à Grenob 
en 1Ô44, procureur général au parlement de Paris en i63o, surintendai 



DE HUGUES DE LIONNE. qS 

il n'est que d'y entrer. Je ne vais et n'irai pas tout à fait si 
vite; car encore que ce soit la plus belle charge du royaume 
et la plus importante, comme la plus confidente , je ne veux 
pas me mettre en état que ma mort ou une disgrâce de cour 
envoyât mes enfants à l'hôpital. Ainsi ne conclarai-je rien 
que je n'assure la survivance à mon fils aîné et de ne pou- 
voir être dépossédé pour quelque prétexte ou raison que ce 
soit , sans être remboursé du prix que j'en aurai payé. 

Je voulais vous entretenir plus longtemps, mais M. le 
maréchal de Grammont * entre céans et il faut que je quitte 
la plume. Je vous prie d'envoyer cette' lettre à mon père et 
de n'en parler de delà à âme qui vive, sans exception. 



XI 

A Paris, ce 27* mars lôbj. 

J'ai reçu la lettre dont il vous a plu de me favoriser du 
14 du courant, avec les pièces touchant mes preuves de 
noblesse que vous m'avez envoyées. 

J'ai parlé au sieur Sibut, qui m'a promis d'écrire au sieur 
de Saint-Nazaire ^ de vous parler et de conclure avec vous, 
ce que je vous prie de faire, quand enfin il ne vous donnerait 
que 23,000 francs. 



des finances en i652, à la mort de La Vieuville, arrêté le 5 septembre 166 1 
à Nantes, mort prisonnier à Pignerol en mars 1680. a Après sa chute, on 
vit des ministres aussi fastueux, plus insolents et qui n'avaient pas ses 
talents. » 

(i) Antoine de Grammont, nommé maréchal de France en 1641, pair en 
i663, ministre plénipotentiaire avec Hugues de Lionne pour l'élection de 
l'empereur, mort à Bayonne en 1678. 

(2) André Basset, sieur de Saint-Nazaire, avocat, garde des sceaux au 
parlement de Grenoble. Il fut le dernier de sa branche. - 




(J4 LEITRES INÉDITES 

L'affaire que vous savez est toujours au même état, et 
mes amis travaillent plus que moi et avec plus d'ardeur à 
Tavancer. Je vous avoue que j'y suis extrêmement froid et 
quasi plus. Aussi, à dire vrai, le râtelier est bien haut et 
demeure toujours au dernier mot à 1,400,000 francs, qui 
est une somme immense pour un homme qui a six enfants, 
qui pourraient aller à l'hôpital , si la mort me surprenait. 

Je vous prie de faire tenir la lettre ci -jointe à M. du 
Passage ', où vous apprendrez qu'il sera. 

M. Cot, qui m'est venu voir, m'a dit qu'étant venu en 
compagnie de M. A'ubert *, agent de M. de Chevrièrcs, 
celui-là s'était expliqué en chemin qu'il avait charge de son 
maître de me remettre tous ses intérêts dans le différend 
qu'il a avec mon cousin de Claveyson ; mais je n'ai pourtant 
point encore vu ledit Aubert. 



XII 

A Berni, ce 4* mat lôSj. 

Je vous supplie de rendre la réponse que je fais à une 
lettre dont M. l'évêque d'Albi ' m'avait favorisé, et de faire 
tenir aussi ma lettre ci- jointe à M. de La Tivolière. 

J'ai vu enfin M. de Trilleport ^, qui m'a dit une chose de 



(i) Aimar de Poisieu, marquis du Passage, maistre de camp, mort sans 
alliance, le dernier de sa race, à Lyon, le 8 juin 1688, faisant héritier le 
deuxième fils du maréchal de Créqui. 

(2) Son fils, Pierre, devint seigneur de La Bâtie, trésorier de France en 
Dauphiné et contrôleur général des gabelles de 1696 à 1704. 

(3; Gaspard de Daillon , évêque d'Agen en i63i, transféré à Albl en i635, 
commandeur des ordres du roi en 1662, mort le 24 juillet 1676. Le négt 
d'Albi fut érigé en métropole après la mort de ce prélat, en faveur de 
Hyacinthe de Cerrani, évêque de Mende. 

(4) Louis Aubri, sieur de Trilleport, conseiller du roi en 1645. 



DE HUGUES DE LIONNE. gb 

votre part qui m'a ravi, que mon père souhaitait de quitter 
Gap et de venir achever ses jours dans sa famille. Je suis 
assuré que, Texécutant, il en aura plus de satisfaction qu'il 
ne s'en promet et qu'il la trouvera tout autre qu'il ne la 
vit à Saint - Vallier. Il n'est point nécessaire pour cela 
d'attendre qu'il ait résigné son évêché. Au contraire, il me 
semble que je pourrai mieux prendre ces mesures-là avec 
lui-même. Il suffira qu'en venant il soit tout résolu de ne 
plus retourner à Gap, car après nous aurons bientôt mis sa 
conscience à couvert. Je le prendrais au mot dès à cette 
heure et le supplierais de venir sans délai, n'était que je ne 
sais si je pourrai ou mieux dire si je dois refuser l'honneur 
qu'on me veut déférer du plus beau et du plus important 
emploi que le roi puisse jamais donner, qui est celui d'am- 
bassadeur extraordinaire en Allemagne dans la conjoncture 
de l'élection d'un empereur. Le roi y veut envoyer une 
ambassade d'éclat , comme le fit le feu roi pendant les mou- 
vements de la guerre de Bohême, qui y envoya MM. le duc 
d'Angoulême \ de Béthune * et de Château neuf ^. On me 



(i) Charles de Valois, duc d'Angoulême, fils naturel de Charles IX, né 
le 20 avril iSyS, au château du Fayet, près Grenoble. Il entra d'abord 
dans Tordre de Malte, puis épousa en iSgi Charlotte de Montmorency, 
combattit pour Henri IV, ensuite conspira contre lui, ce qui le fit arrêter 
et condamner à mort. Rendu à la liberté en 1616, il fut mis à la tête de 
l'ambassade envoyée en 1620 à l'empereur Ferdinand II. Il mourut à Paris, 
le 24 septembre i65o. Sa veuve, Henriette de La Guiche, qu'il avait 
épousée en secondes noces très-âgé, lui survécut longtemps et ne décéda 
que le 10 avril 171 3, à 92 ans. 

(2) Philippe de Béthune, comte de Selles et de Charost, lieutenant gé- 
néral en Bretagne, chargé de plusieurs ambassades, mort en 1649, âgé de 
88 ans. 

(3) Charles de L'Aubépipe, marquis de Châteauneuf, né en t58e, chan- 
celier de Tordre du Saint-Esprit, conseiller au parlement de Paris, envoyé 
en Allemagne, ambassadeur à Venise et en Angleterre, garde des sceaux 
en i63o, arrêté et détenu prisonnier au château d'Angoulême de i633 à 



C)() LETTRES INEDITES 

propose d'aller avec un prince, qui supportera la meilleure 
partie de la dépense, pendant que je serai principalement 
chargé des affaires, en quoi consiste le véritable honneur. 
J'ai répondu déjà que je l'accepterais selon ,1a' personne à 
laquelle on me voudra joindre -, car il y en a de cette humeur 
avec qui je nMrais pour rien au monde. Entre vous et moi, 
je crois que la chose tombera sur M. le maréchal de Gram- 
mont et sur moi, et, en ce cas, j'irai avec plaisir. Mais il 
faut, s'il vous plaît, le tenir fort secret. Ce ne sera qu'un 
voyage de cinq ou six mois , l'élection devant se faire par la 
bulle d^ or " justement trois mois après la mort de l'empe- 
reur *. Ainsi mon père pourrait préparer les choses pour 
venir en automne, quand même alors je ne serais pas de 
retour. 

Pour la charge que vous savez, c'est moi qui ai rompu, 
contre le sentiment de mes amis, voyant qu'on n'en voulait 
rien rabattre au dernier mot de 1,400,000 francs, qui est 
une somme qui a ému mon indignation , quoiqu'on me 
donnât les moyens de n'en fournir du mien qu'un million. 
D'autres plus avides peut-être n'auraient pas usé de la 
sorte. 

Je vous envoie une lettre que Sibut a reçue de Saint- 
Nazaire , avec lequel je vous prie de conclure. Vous verrez 
les conditions qu'il demande, dont la plupart sont bien 



1643, rentré en grâce et décédé gouverneur de la Touraine, le 17 sep- 
tembre i653. 

(i) La bulle d'or par excellence rendue en i366, résultat des travaux de 
deux diètes et qui a réglé le droit politique de rAllemagne jusqu'en 1806. 
Elle fixait à sept le nombre des électeurs. 

(2) L'empereur Ferdinand III,. né le i3 juillet 1608, roi de Hongrie en 
1623, de Bohême en 1627, des Romains en 1634, succéda à son père en 
1637 et mourut en \6b'j. Il eut pour successeur Léopold II. 



DE HUGUES DE LIONNE. 97 

superflues. Je demeure pourtant d'accord de toutes et même 
de celle d'employer ses deniers à Tachât de quelque terre 
dans dîx-huit mois. Il n'y a que celle de la garantie qu'on 
lui vend lesdits biens pour nobles, sur laquelle il le faut faire 
expliquer. Car je ne prétendrais pas, s'il y avait quelque 
nouveau règlement dans la province sur le fait des tailles , 
être lié à perpétuité. Il semble que cette obligation ne doive 
aller que jusqu'au jour du contrat de vente. 

Je suis bien aise que mon cousin l'abbé de Lesseins vous 
ait envoyé une relation de notre petite fête. J'ai eu depuis 
une seconde visite de Mgr le duc d'Orléans, lorsqu'il s'en 
est retourné à Blois. Cependant j'ai curiosité de voir de 
quelle façon mon cousin vous avait écrit de la première, 
puisque vous me marquez qu'elle a été vue de tant de gens, 
et je vous prie de me l'envoyer. 



XIII 



A Paris, ce 2b*- mai lôby. 



Le roi a nommé M. le maréchal de Grammont et moi ses 
ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires en Alle- 
magne. On nous pressera fort de partir, la diète de Franc- 
fort pour l'élection de l'empereur étant intimée au 14* d'août. 
Je crois que nous prendrons notre chemin par Lyon et de 
là à Brisac, si on nous refuse des passeports en Flandre-, 
en ce cas, j'espère l'honneur de vous y embrasser. Selon le 
calcul que je fais et la splendeur avec laquelle je suis résolu 
de soutenir cet honneur, je trouve que je ne serai pas quitte 
des seuls préparatifs de mon équipage pour 40,000 écus, 
sur laquelle somme sera la dépense courante. Je mène douze 



gS LETTRES INÉDITES 

pages. Si M. Robert * y veut venir, je lui garderai une place. 
Vous direz qu'il est un peu grand; mais la coutume en ce 
pays-là est de n'en avoir que de 19 à 20 ans. J'écris à mon 
cousin de Champfagot ^ que s'il veut être de la partie il sera 
le bienvenu ^. 

Je vous rends mille grâces de m'avoir ouvert les yeux sur 
le danger qu'il y a de traiter avec des esprits tels que le 
sieur de Saint-Nazaire. Je vois très-clairement toutes vos 
raisons, qui ne peuvent être plus fortes, et s'il veut conclure 
avec moi , il faut que ce soit à des conditions honnêtes et 
accoutumées entre gens d'honneur et surtout qui ne laissent 
aucune queue à des procès. Ma femme est majeure il y a 
plus de seize mois ^ et ratifiera le traité dont nous convien- 



(i) Ce jeune Robert est le page qui avait été envoyé de Grenoble pour 
faire partie de la maison de Hugues de Lionne pendant son ambassade à 
Rome. 

(2) Hugues de Valernod, sieur de Champfagot et du Fay, fils de Jean de 
Valernod et de Louise de Lionne. Il épousa en i63o Anne Mistral, fille de 
Laurent, conseiller au parlement. Cette famille, originaire de Saint- Vallier,* 
anoblie en la personne d'Alexandre, maître en la chambre des comptes, 
comptait parmi ses membres, à la même époque, Marie de Valernod, qui 
avait été unie à Jean -Claude Tournet de Theys, seigneur d'Herculais, 
( rexemple des vertueuses de son temps, la gloire de son sexe par son 
» esprit, rhonneur de son siècle par sa piété et le modèle des épouses qui 
» veulent plaire à Dieu et s'accommoder aux volontés d'un mari ». (Guy 
Allard, Dict.) Elle mourut en 1654 et fut inhumée dans l'église des Pères 
Jésuites. Son oraison funèbre fut prononcée par le Père Morin. (Mns. de 
i55 pp., à la biblioth. de Saint-Pétersbourg.) Salvaing de Boissieu a aussi 
composé plusieurs pièces de vers en l'honneur de cette pieuse dame. {Mé" 
langes.) 

(3) A l'imitation du roi et pour lui faire honneur à l'étranger, ses am- 
bassadeurs avaient toujours une suite aussi nombreuse que fastueuse, 
composée de gentilshommes , de pages , d'artistes et de serviteurs de toute 
sorte, avec de brillants équipages et des chevaux de prix. 

(4) Ce qui fait connaître que Paule Payen, femme du ministre, était née 
au commencement de l'année i63i, et qu'à l'époque de son mariage die 
n'avait que quatorze ans et demi. 



DE HUGUES DE LIONNE. 99 

drons. Je vous renvoie sa lettre. Je demeure d'accord de la 
somme qu'il veut donner. Si vous pouvez vous accorder 
ensemble des autres conditions , je vous prie d'achever, si- 
non de laisser tout là, attendant quelque meilleure occasion. 
Enfin, je vous conjure de faire comme si c'était pour vous- 
même. 



XIV 

A Paris, ce 5* juin 1657. 

Je suis si accablé dans les préparatifs de mon équipage 
que je ne puis avoir la satisfaction de vous entretenir qu'un 
moment. Si le petit Robert vient, je crois que je ne lui ferai 
pas prendre la livrée de page, car j'en ai mon nombre com- 
plet , n'ayant pu me défendre d'en prendre quatre ou cinq 
dont je prétendais lui réserver une place ; mais en ce cas je 
m'en servirai pour gentilhomme. 

Si Beaupère songeait à revenir près de moi, je vous prie 
de l'en empêcher. Ce n'est pas que je ne sois satisfait de son 
service et de son affection , mais je ne trouve aucune place 
à lui donner chez moi. Il n'y avait que celle de valet de 
chambre, qu'il ne voulut pas, et quand il la voudrait à 
présent, cela ne se pourrait plus : j'en ai déjà quatre, dont 
l'un est chirurgien et l'autre tapissier. 

Je vous envoie une expédition que j'ai reçue de Rome 
pour mon père, qui est pour sa pension qu'il s'est réservée 
sur Solignac, dont on m'a enfin adressé les bulles pour mon 
fils '. Je vous prie de la lui envoyer. 



(i) Malgré ces bulles, aucun des fils de Hugues de Lionne ne fut abbé 
de Solignac. Ârtus, évéque de Gap, a été titulaire de cette abbaye jusqu^à 
ta mort. 



lOO LETTRES INEDITES 

Mon cousin Tabbé de Lesseins avait comme résolu d'être 
du voyage d'Allemagne, mais il a depuis changé d'avis, je 
ne sais pourquoi. J'oubliai dernièrement de vous marquer 
que si mon cousin, votre fils *, voulait être de la partie, il 
serait le très-bien venu. Je crois néanmoins que vous n'en 
aurez pas douté. 

Si jamais vous vous êtes employé avec chaleur et adresse 
pour les choses que j'ai pris la liberté de vous recommander, 
je vous conjure instamment de le faire pour servir M. d'Al- 
bertas *, maître des requêtes, à qui j'ai la dernière obligation 
dans ma grande affaire, où il a paru hautement mon prin- 
cipal contre tenant contre le rapporteur, qui m^était con- 
traire. Mon cousin de Lesseins ^ se trouve de ses juges. Son 
père s'est chargé de lui en parler de ma part comme il faut, 
et je vous supplie de le faire envers les autres avec toute 
l'efficace possible. Je vous prie même , dès que vous appren- 
drez son arrivée à Grenoble, où il doit se rendre bientôt, 
de le prévenir et lui aller offrir vos services. Enfin je me suis' 
engagé de parole qu'on fera l'imaginable pour lui faire 
avoir raison et principalement dans son affaire. Je vous 
conjure de supplier M. le président de La Coste * de nous 



(i) Joachim de Lionne. 

(2) Pierre d'Albertas, seigneur de Gémenos, de Vers, de La Penne et autres 
lieux, prit d'abord le parti des armes et ensuite celui de la robe; il fut 
conseiller du roi en ses conseils d'État et privé en i65i et maître des re- 
quêtes ordinaires de son hôtel. Il avait épousé i** Isabeau de Vaudestrade, 
2" Jeanne de Rodèze. Il était fils d'Antoine-Nicolas, gentilhomme de la 
chambre du roi et capitaine de 200 hommes de guerre, et frère cadet de 
Sébastien , conseiller au parlement d'Aix. 

(3) Sébastien de Lionne , conseiller au parlement de Grenoble. 

(4) François de Simiane de La Coste, conseiller au parlement du 4 no- 
vembre i64q, président du 28 février i655, en remplacement de Claude, 
son père, décédé le 29 décembre i683. Il avait été marié avec Ahne Au- 
deyer, fille de Jean-Claude Audeyer, président au parlement, et en secondes 
noces avec Anne Pourroy, dont il eut deux fils. 



DE HUGUES DE LIONNE. lOI 



donner ses amis en cette occasion , qui ne me saurait jamais 
être plus à cœur. 



XV 



A Francfort, ce ii* mars i658. 

J'aurais bien souhaité que ce voyage d'Allemagne n'^ût 
point interrompu notre commerce de lettres, n'ayant guère 
de joie plus sensible que quand je reçois de vos nouvelles; 
mais j'avoue que j'ai été si paresseux à vous en demander, 
que vous avez eu tout sujet de ne m'accorder cette grâce 
que de loin en loin. Votre dernière lettre est du jour des 
Rois. J'ai lu avec grand plaisir les vers dont elle était ac- 
compagnée, de M. de Saint-Firmin % sur la fauvette de- 
M. Pélisson ^, qui m'était une pièce connue dès les premiers 
jours de sa naissance. Ainsi je n'ai rien à désirer pour l'in- 



(i; Alphonse de Simiane de La Coste, abbé de Saint-Firmin et de Saint- 
Chignian , fils de Claude, seigneur de Monibivos, président au parlement, 
et de Louise du Faure de La Rivière, mort à Paris en 1681. Choricr fait 
reloge du talent poétique de ce personnage peu estimable, à qui on attribue 
des vers obscènes. Néanmoins, Guy Allard ajoute ceci : t L'abbé de Saint- 
Firmin, dont la mort fait encore gémir tous les honnêtes gens de notre 
province, qui était l'amour et l'ornement de sa patrie, dont le savoir était 
profond et la bonté admirable. • (Bibliot., Hist. de Dauphiné.) 

(2) Paul Pélisson- Fontanier, né à Béziers en 1624, mort à Versailles en 
1693. Enveloppé dans la disgrâce de Fouquci, qui l'avait fait son commis 
et conseiller d'État, il fut détenu pendant quatre ans à la Bastille. Rentré 
en grâce, après avoir abjuré le protestantisme, il devint membre de l'Aca- 
démie française, maître des requêtes, etc. C'est de lui qu'on a dit qu'il 
abusait de la permission qu'ont les hommes d'être laids. 



I02 LETTRES INÉDITES 

telligence de cette seconde. Quand notre parent voudra ent^^ 
prendre de plus grandes choses, on voit bien qu^il y réussira 
merveilleusement bien, parce qu'il est sorti si galamment 
d'un sujet assez stérile. . 

Je ne crois pas que Télection de l'empereur se rasse guère 
avant le mois de juin , dont celui qui le doit être est sans 
doute encore plus @ché et plus en impatience que moi ; de 
sorte que s'il y a quelques-uns de Messieurs nos compatriotes 
qui veuillent voir la cérémonie, ils ont du temps de reste 
pour se rendre ici. 

Nous avons eu la semaine passée les entrées du comte de 
Pegnarenda ' et du roi de Hongrie^, qui, sans vanité, n'ont 
pas efiacé la nôtre et n'ont servi qu'à la relever davantage. 
Dans peu de jours nous verrons celle des électeurs de Saxe ^ 
et de Trêves ^ et du prince Maurice de Nassau ^, ambassa- 
deur de Brandebourg. Ainsi nous aurons toute l'assemblée 
complète. 

Je vous envoie un second mémorial ^, que nous avons 



(i) Gaspard de Bracamonte, comte de Pegnarenda, président du conseU 
des ordres , des Indes et d'Italie , conseiller d'État , vice-roi de Naples, am- 
bassadeur d'Espagne à la paix de Munster, mort à Madrid en 1676. 

(2) Léopold- Ignace, deuxième fils de Ferdinand III, élu roi de Hongrie 
le 22 juin i655 et empereur d'Allemagne en lôSg, mort le 5 mai tjob. 

(3) Jean-Georges II, né le 3 1 mai 161 3, électeur de Saxe en i656, mort 
le I" septembre 1680. 

(4) Charles-Gaspard de Leyen ou de La Pierre, archidiacre de Trèvc9, 
puis coadjuteur de l'archevêque Philippe-Christophe de Seteren, inauguré 
le 12 mars i632, mort le i** juin 1676. 

(5) Guillaume-Maurice, prince de Nassau-Siegen , ambassadeur de Tékc- 
teur de Brandebourg Frédéric-Guillaume, décédé le 2 février 1691. 

(6) Hugues de Lionne envoyait régulièrement à son oncle une copie des 
mémoires diplomatiques qu'il avait rédigés : ce qui explique la possession 
par Joachim, fils de ce dernier, de registres très-nombreux. 



DE HUGUES DE LIONNE. Io3 

présenté au collège électoral il y a quelques jours, par le- 
quel vous comprendrez à peu près toutes les affaires que 
nous pouvons avoir ici et qui sont de quelque conséquence. 
C'est un écrit, quoique court, qui m'a coûté quelque travail^ 
parce que, comme il aura ses répliques, il en a fallu peser 
jusqu'aux moindres choses et jusqu'aux mots mêmes. Je 
vous prie de le communiquer à M. de Boissieu * et puis de 
renvoyer à mon père. Vous ne sauriez croire combien je 
me suis fortifié en mon latin , que je pensais avoir entière- 
ment oublié au sortir de Técole. L'usage fait tout en cela. 
Cependant cette appréhension faillit à me faire refuser cet 
emploi. Vous auriez plaisir à me voir soutenir deux heures 
durant, presque tous les jours, les conversations de nos 
députés allemands, et je puis vous jurer, sans beaucoup de 
vanité , puisque ce n'est pas chose qui vaille, qu'âme qui 
vive, autre que moi, n'a mis un seul mot dans les deux 
mémoires ci-joints. 

Je vous prie de faire un compliment de ma part à M. le 
président de Saint- André sur son mariage * et de lui té- 
moigner que personne ne s'intéressera jamais plus que moi 
en toutes ses satisfactions. Madame de La Rivière ^ a fait 



(i) Denis Salvaing de Boissieu, né à Vienne, le 21 avril 1600, lieutenant 
général au bailliage de Graisivaudan , premier président de la chambre dés 
comptes de Dauphiné, mort au château de Vourey, le 10 avril i683. Il 
s'était marié en lôSz avec Elisabeth Déagent, fille de Guichard, président 
de la chambre des comptes, qui résigna en faveur de son gendre en 1639. 
Salvaing de Boissieu est l'auteur de VUsage des fiefs. « Il était pouf ainsi 
» dire de toutes les nations, parce quHl savait tout. Ses écrits témoignent 
1» de son éloquence. Rome en peut parler, y étant été en qualité d'orateur 
» avec feu le maréchal de Créquy. » (Guy Allard, Dict,) 

(2) Nicolas Prunier de Saint-André avait épousé Marie du Faure. 

(3) Louise Frère, veuve d'Antoine du Faure de La Rivière, qui était dé- 
cédé le 8 novembre lôSy. 



104 LliTTRES INEDITES 

paraître sa prudence en ce rencontre. Il est sans doute qu'elle 
ne pouvait mieux choisir, ni un plus galant homme. 

Je vous prie aussi de baiser les mains de ma part à Madame 
Revol * et de lui dire que M. son fils et M. son frère, comme 
elle voudra, est un très-galant homme, très-sage, très-civil, 
et a autant d'esprit que gentilhomme que j'aie encore vu. 

Exhortez mon cousin de Clave^son à surmonter toutes 
les difficultés qui lui peuvent faire obstacle à avoir la charge 
de M. du Faure ^. Il reste encore ce pas à faire, à quelque 
prix que ce soit, pour rétablissement de sa fortune et de sa 
maison. 

J'^i payé ici, il y a quelque temps, 40 pistoles ^ pour 
Tachât d'un cheval qu'on lui a envoyé. S'il veut me les faire 
tenir par quelque voie , elles serviront pour payer un jour 
de ma dépense. 



XVI 



A Francfort, ce 9* avril i658. 



J'ai été surpris d'apprendre que cette bagatelle d'inscription 
que je fis ici dernièrement soit allée jusqu'à vous et même 
par deux voies différentes. Elle ne méritait pas sans doute 



(i) Elle était femme de Pierre de Revol, seigneur des Avenîères, d'abord 
procureur général à la cour des aides de Vienne, puis conseiller au parle- 
ment de Metz, mort en 1704, laissant trois fils. 

(2) La place de président au parlement de Grenoble, laissée vacante par 
la mon d'Antoine du Faure, arrivée le 8 novembre précédent. 

(3) Environ 440 francs. 



DE HUGUES DE LIONNE. I05 

de paraître devant des yeux 'Si délicats que ceux que vous me 
marquez, et je ne l'avais jugée supportable qu'à des yeux 
allemands, noyés pour l'ordinaire dans le vin. Je vous puis 
assurer que je l'écrivis dans un instant, sans l'avoir méditée. 
Il est vrai que la matière m'était assez présente à l'esprit 
pour n'y pas hésiter beaucoup, à présent que je me suis 
fortifié dans mon latin. Mon père n'aurait pas eu occasion 
d'y souhaiter le mot tertium au lieu de tertio, si on vous 
l'avait envoyée fidèlement comme je la mis dans le livre. 
Tertium y est tout de son long % et tertio aurait été, à mon 
sens, un mot inexcusable, s'il n'y entrait même du solé- 
cisme. Ainsi, il sera aisé de le satisfaire, puisque je l'ai 
prévenu dans son sens. J'en ferai reproche au sieur Guille, 
afin qu'il songe mieux une autre fois à ce qu'il pourrait 
mander de moi. Je vous ai depuis cela adressé un écrit 
d'autre nature, qui m'a coûté un peu plus d'application et 
de travail. Je serais bien aise d'en apprendre le jugement de 
M. de Boissieu, à qui je vous priais de le communiquer. 

Je suis fâché de vos brouilleries provinciales et aurais bien 
souhaité de savoir si M. de Franc s'est disposé à vous com- 
paraître à Paris à son ajournement. J'espérais de Ty revoir, 
car ces Messieurs les Électeurs* depuis leur arrivée trouvent 
la cour si incommode à leur bourse, qu'ils se hâtent tous 
plus qu'on croirait pour faire un empereur. 



(i) Le mot tertium figure en effet dans toutes les copies de cette impro- 
visation. 

(2) Dans les dépêches que nous avons sous les yeux on trouve la preuve 
que , à la veille de Pélection de l'empereur, la France disposait des voix 
des électeurs Palatin, de Bavière, de Mayence, de Trêves et de Cologne, 
moyennant une gratification de 100,000 écus à chacun d^eux, dont 60,000 
comptant et le reste après l'élection , si elle était faite à la satisfaction du 
roi. La même somme était promise à rélecteur de Brandebourg, qui cepen- 

8 



I06 LETTRES INEDITES 

Nous avons eu quelques déjhêlés ces jours-ci avec celui 
de Saxe , que les Espagnols avaient voulu porter par leurs 
artifices à nous faire une espèce d'affront touchant les visites; 
mais la fin a été qu'il lui est retombé dessus, comme il 
paraîtra si le roi, à qui nous en avons donné part, trouve 
à propos que la relation en soit publiée. 



XVII 

A Mayence, ce i g* août i658. 

Nos Dauphinois s'en revont , qui vous diront toutes nou- 
velles '. M. le maréchal de Grammont part dans quatre 
jours, et je m'arrête pour huit ou dix. jours de plus, afin de 
mettre la dernière main à une affaire importante qu'il nous 



dant ne s'engageait à rien pour Télection; 7,200 rixdales au sieur lena, 
intime confident de ce prince ; 3oo pistoles à chacun des secrétaires d'État 
de ces électeurs; 6,000 rixdales aux comtes de Furstemberg; 40 pistoles 
au fîls du syndic de Francfort; enfin 3oo,ooo écus au roi de Suède, avec 
qui Louis XIV avait donné pouvoir à ses ambassadeurs de négocier en son 
nom un traité d'alliance. Comme il n'y avait point alors à Francfort de 
banquier qui pût acquitter toutes ces sommes, on envoya une voiture 
chargée d'argent par la Franche-Comté et l'Alsace. Enfin, pour flûre la 
part à tout le monde en fait de gratifications, nous ajouterons que le prin- 
cipal négociateur ne fut pas non plus oublié. Ainsi le roi fit don à Hugues 
de Lionne, le 25 novembre îôSq, de 25, 000 livres de rente sur le duché 
de Bar, et le 4 décembre 1660 il l'autorisa à vendre ces rentes. Il lui per- 
mit en outre, le 22 août 1661, de recevoir en présent une somme de 
i5,ooo livres de l'archiduc d'Inspruck, pour la satisfaction du traité de 
Munster, et huit chevaux de carrosse de larchevêque de Trêves, le i8 juin 
1662. 

(i) Les nouvelles de l'élection de l'empereur Léopold II, fils de Ferdi- 
nand III, qui avait eu lieu le 18 août à Francfort. 



DE HUGUES DE LIONNE. IO7 

reste à faire \ J'envoie ma vaisselle d'argent à la suite dudit 
maréchal; mon train le suivra peu de jours après, et, pour 
mon retour, ma femme, mes enfants et moi prenons la voie 
de Hollande et de la mer, qui est un secret , au moins pour 
ce qui regarde ma personne, que nos Dauphinois ne vous 
auraient pas su dire. Je fais état d'être à Amsterdam le 12^ 
du mois prochain et peut-être après cela de toucher l'Angle- 
terre ^. Ainsi il y aura peu de parties de l'Europe que je 
n'aie parcourues. C'est travailler pour son épitaphe ^ et rien 
au delà. 

J'ai reçu la lettre dont vous m'avez favorisé du dernier 
mois passé et vous remercie de toutes vos nouvelles. Mon 
cousin a mal fait , ce me semble , de perdre l'occasion de 
mettre une charge de président dans sa maison. Il est vrai 
qu'il doit mieux savoir ses affaires que les autres. 

Faites, je vous4)rie, mes compliments à M. d'Albertas, 
à qui je conserve de très-vives obligations. Voici un mot de 
réponse pour M. de Chaulnes ^. 



(i) La fameuse ligue du Rhin, signée le i5 août, qui lui fit beaucoup 
d'honneur et qui rendit nécessaire la paix des Pyrénées. 

Cette confédération, qui conférait à Louis XIV le protectorat de PAlle- 
magne occidentale, comprenait les électeurs de Mayence, de Cologne, de 
Trêves, de Bavière, l'évéque de Munster, le roi de Suède, les ducs de 
Brunswick et de Lunébourg, le landgrave de Hesse-Cassel. L'année sui- 
vante, le landgrave de Hesse-Darmstadt , le duc de Wurtemberg, l'électeur 
de Brandebourg, les évêques de Bâle et de Strasbourg, les comtes de 
Waldeck, les margraves d'Ânspach accédèrent à la ligue du Rhin. 

(2) Hugues de Lionne n'alla point en Angleterre, à cause de la mort de 
Cromwel, arrivée le i3 septembre i658. 

(3) Allusion à ce passage de l'Écriture : Titulum sepulchri laborant. 

(4) Claude de Chaulnes, « dont l'esprit et le génie ont été si heureux et 
» qui a eu pour amis tous ceux qui l'ont connu » (Guy Allard, Dict.)^ 
premier président des trésoriers de France en Dauphiné, en remplacement 
d'Antoine de Chaulnes, seigneur de Veurey, son frère, marié à Marguerite 



lo8 LETTRES CflÉlMTES 



XVIII 



A Lyon, ce i8* dé cemb r e i6S8. 

J'ai reçu votre lettre du i5*et été ravi devoir que vous 
continuiez dans la pensée que je vous ai inspirée pour Tavan- 
cement de mon cousin , et que tout ce que vous avez de 
parents, d'alliés et d'amis vous fortifient dans ce sentiment. 
Pour ce qui regarde mon fait et que je vous ai offert, assurez 
qu'il ne manquera pas et que je vous ai plus d^obligations 
selon mes inclinations de vouloir l'accepter qu'à moi de le 
recevoir. 

Je n'ai point vu M. Servien ' depuis la réception de votre 
lettre, et je ne m'en suis pas pressé , parce que j'ai vu dans 
votre billet séparé que vous aviez d'ailleurs trouvé les 26,000 
francs, et qu'aussi M. le président de La Coste m'a fait 
entendre que, quelque chose qu'ait dite M. de Fiançaye*, 
il n'est pas si prêt de payer sa dette , outre que je crois pou- 
voir vous répondre qu'il fera la chose si M. de Fîançaye 
paie, et qu'après tout, quand tout cela manquerait, je me 



de Chisft(^. Son fils, Paul, fut évêque de Sarlat en 1701, puis de Grenoble, 
011 il mourut en 1725. La famille de Chaulnes était originaire de Picardie. 
Une branche alla s'établir à Paris et y fit une haute fortune. (Voy. Dociim. 
bioffraph, sur Claude de Chaulnes, par Jules Ollivier.) 

(1) lùnicmond Servien, président en la chambre des comptes. 

il) l.oiiiH hnzemont, sieur de Fiançayc et de Saint- Égrève, vibailli de 
Viriiiic (1(1 ■l'j janvier iGSz, conseiller au parlement de Grenoble du 12 juin 
!'»'''>, iimiic A l'ilconor-Émé de Saint-Julien. Famille fondue en celle de 
MiiK icu. 



DE HUGUES DE LIONNE. I09 

mettrai plutôt en votre place en l'affaire de M. de Bonrepos ' 
et vous fournirai les 26,000 livres, que de permettre que 
vous manquiez ce coup, faute de les avoir. Assurez-vous 
aussi que si on modérait les taxes au-dessous de 80 livres, 
vous jouirez encore du bénéfice autant qu'il sera en mon 
pouvoir, et enfin que je n'oublierai rien de possible pour 
votre séance et votre avantage, en quoi j'aurai bien plus de 
plaisir que s'il s'agissait de me procurer à moi-même un 
avantage bien considérable. 

Je ne sais si vous vous serez souvenu d'envoyer à mon 
père un de ces petits livres, qui sont plus courus que la 
chose ne mérite : il est vrai que c'est plutôt pour la matière 
que pour la forme. 

Quand vous verrez M. de Claveyson , je vous prie de lui 
dire de ma part que j'ai sur ma table son marquisat scellé 
et bridé * et que je ne le retiens que pour y faire mettre la 
signature d'un secrétaire d'État, après quoi je le remettrai 
à son frère , quand il sera de retour. 

Si M. de Charmes ^ n'était pas à Grenoble, je vous prie 



(1) Claude Moreau de Bonrepos, avocat consistorial à Grenoble, juge 
général de la baronniede Serrières. Il épousa, le lo janvier lôSg, Dorothée 
de Montchenu de Beausemblant , dont descendait au sixième degré Ludovic 
Saint-Max de Bonrepos, décédé en août 1876 à Saint- Rambert (Drôme), 
étant trésorier-payeur général du Tarn, et laissant deux filles de Fanny 
Bersolle. 

(2) Sébastien de Lionne, créé marquis de Claveyson par lettres de dé- 
cembre i658. 

(3) Jacques Coste, comte de Charmes, conseiller au parlement du 24 
janvier 1627, en remplacement de Claude de Portes, son oncle, président 
du i5 février 1659 (office créé), décédé le 26 mars 1676. Il acheta la sei- 
gneurie de Peyrins des commissaires du roi et fît ériger en sa faveur, en 
i652, le comté de Charmes. Il eut un fils, non^é comme lui Jacques, 
qui fut aussi président au parlement et qui, n'ayant pas d'enfant, fit héri- 
tière sa tante, Anne- Françoise, femme d'Alexandre Béranger du Gi^i, 
maréchal de camp. 



ie ii:re rrîscn^r r-ji "grre aa parlement par les moyens qui 
V0U5 -limerez i rrcocs. 



XIX 

A Ljoo, ce 25* déc e mbre i658. 

Je dois réponse à trois de vos lettres. Mon oncle * m' 
chaîné de vous mander que tout Taisent qu^Q aura ser 
de tout son cœur à votre disposition , sans parler de substi 
tution à raâaire de M. de Bonrepos. 

Je me trouve fort embarrassé dans la prière que vous a 
faites de la nouvelle remise de 4^000 livres. Dans le mes 
temps i*ai une peine indicible du côté de Paris (et ne sa 
même encore ce qu*en réussira' pour maintenir Tafibire av 
74,000 li\Tes que je vous ai dites, pour ce que M. le proci 
reur général ^, sur les avis qu'il a de Grenoble qu^il n^aui 
pas assez de charges pour tous les prétendants à 90,0c 
livres, si on les veut vendre toutes à ce prix-là, ne se vei 
point relâcher à les donner aux quatre conseillers de 80,0c 
et les droits du marc d'or ^ et croit encore leur feire ui 
grâce singulière, puisque le roi y perd 40,000 francs bic 
clairs. 

J'avais vu ce nouvel obstacle peu de jours après vot 
départ et avant qu'avoir reçu votre lettre par laquelle je vo 
que vous désirez ne payer que 70,000 livres. Je lui ava 

(i) Ennemond Servien, alors ambassadeur en Savoie. 

(2) Fouquet, procureur général au parlement de Paris et surintenda: 
des finances. 

(3) Le marc d'or était un impôt sur l'achat des offices d'environ six < 
demi pour cent du prix. 



DE HUGUES DE LIONNE. 1 F I 

écrit fort pressamment pour Tobliger à trouver bon que, 
quelque chose qu'il résolût touchant les quatre conseillers, 
je vous tinsse la parole que je vous ai donnée de sa part et 
de la mienne que vous auriez une charge pour 70,000 livres, 
et même, pour le convier encore plus, je lui mandai que 
vous paieriez comptant les 44,000 livres et que je vous prê- 
terais les 3o,ooo livres restantes, que vous n'aviez pas; de 
sorte que je ne sais comme me retirer aujourd'hui de cette 
avance. Je le ferais pourtant, si je pouvais espérer d'y réussir. 
Mais je vois clairement que ce serait sans fruit et peut-être 
pour ces 4,000 livres-là nous manquerions le tout et qu'il 
pourrait faire délivrer les provisions à un autre, me payant 
après de quelque prétexte. Vous pouvez bien voir que je 
serais ravi que vous l'eussiez pour 5o,ooo, voir pour rien, 
et que je serais plus aise de vous épargner ces 4,000 livres 
que si j'en gagnais 10,000 moi-même. Ainsi, ce que je ne 
fais pas, vous me ferez la justice d'être persuadé que je le 
tiens absolument impossible. Mandez-moi donc, s'il vous 
plaît, votre dernière résolution, si vous voulez y entendre 
ou non aux 74,000 livres, en cas que j'écrive une réponse 
favorable pour cela, comme je l'espère, puisque moi au- 
jourd'hui lui écrivant, je lui ferai valoir les services que vous 
rendez et que vous êtes capable de rendre dans la suite '. 
Quand j'aurai la réponse de Paris et la vôtre, la chose sera 
bien aisée à ajuster pour les provisions, qu!il est vrai que 
le sieur Alliez ^ n'a pas, mais qui viendront bientôt pour 



(i) Il s'agissait de l'achat pour Joachim de Lionne d'une charge de con- 
seiller au parlement de Grenoble, dont les lettres de nomination sont du 
19 janvier suivant. 

(2) Samuel d'Alliez, seigneur de La Tour, receveur des finances en Dau- 
phiné, fils de Guillaume et de Jeanne Odde. Famille originaire de Tou- 
louse. 



1 11 LETTU5 INEDITES 



' A^ 



. cc^aron œs r o.ocx) xivres sans intercts pour quatre ans. 
Ezvovez-m'en un proiâ comme vous Tentendrez et je vous 
en nuancerai après mon avis. 

J'oubliais de vous dire que je crois même que M. le pro- 
cureiir gérerai voudra pour la conséquence que Tachât 
paraisse à oo.cod livres et au moins à 80,000; mais cela ne 
vous importe^ pourvu que celui qui sera cbai^é de la recette 
vous en donne quittance entière. 

Je n'ai point encore pu satis&ire Timpatience que j^ai de 
voir M. de Saint-Didier, ne sachant où il est logé et ayant 
beaucoup plus d'aliures depuis sept ou huit jours que vous 
ne m'en avez vues. 

J'attends aussi M. d'Aviti ', et je crois que je le ramènerai 
sur les deux sujets dont j'ai à lui parler. 

Je vous conjure de nouveau de ne rien oublier pour bien 
assister le sieur d' Alliez en toutes les a&ires dont il s'est 
chargé , quand il sera de retour. Il s'est déjà fort loué de 
vous à Paris par toutes les lettres qu'il a écrites. 



XX 



A Lyon, ce 3o* décembre 16S8. 

Votre lettre du 25* n'est pas encore la réponse à la der- 
nière que je vous ai écrite. La proposition des 70,000 livres 
aurait pu se faire à M. le procureur général et peut-être 



(i) Claude d'Aviti, venu de Tournon, maître en la chambre des comptes 
de Grenoble en 1649, allié à Marie de Murinais, dont il n*eut qu'une fille, 
qui fut mariée à Antoine Murât de UEstang, président au parlement. Il 
était fils de Pierre d^Aviti, auteur assez fécond, anobli en 16 10, seigneur 
cngagiste de la terre de Moras, et de Marguerite de L'Estang. 




DE HUGUES DE LIONNE. Il3 

avec espérance de bon succès, si les choses fussent demeurées 
au même état; mais, M. d' Alliez lui écrivant tous les jours 
que, si Ton veut tenir bon à go,ooo livres, il y a douze 
marchands qui veulent des charges et qui s'échauffent aux 
enchères % non-seulement il ne servirait de rien, mais ce 
qui me fâche, c'est que je suis seulement fort en peine s'il 
trouvera bon qu'on en demeure à 74,000 livres, pour les- 
quelles il me donna sa parole en partant. J'en attends sa 
réponse au premier jour, que je vous ferai aussitôt savoir. 
J'oubliais de vous dire, comme je pense vous l'avoir marqué 
par ma précédente , que je lui avais écrit et offert pour vous 
les 74,000 livres avant que recevoir votre lettre par laquelle 
vous désirez une plus grande diminution. Ainsi, je ne sais 
comment me retirer de cet engagement, pendant même qu'il 
croit déjà faire une diminution de 16,000 livres en votre 
faveur. 

N'ayez point d'appréhension que je fasse un voyage que 
votre affaire ne soit conclue de tous points. Je ne vois nulle 
apparence à cela, et quand je devrais partir (ce que je ne 
crois pas), ce ne serait de plus de six semaines. J'aurais été 
bien aise de mener M. de Saint- Firmin. Je le témoignerai à 
M. le président. Mais, encore une fois, il n'y a nulle appa- 
rence que j'aille, et quand j'irais, ce ne serait qu'à la fron- 
tière. 



(i) Six offices de conseillers au parlement de Grenoble furent créés par 
lettres. du i5 février iôSq en faveur de Gaspard de Ponnat, Vachon de 
Belmont, François Francon, Adrien Roux, Joachim de Lionne et Pierre 
Guignard. 



I 1 4 LETTRES INEDITES 



XXI 



A Lyon , ce 3* janvier i6bg. 

Je profite du retour de M. de Charmes pour répondre i 
votre lettre du 29®, n'ayant pas trouvé la commodité de l 
faire plus tôt, et, pour toute réponse, je vous dirai que j 
tiens absolument nécessaire que quand le sieur d'Allié 
reviendra ici (comme il fera dans quelques jours, au temp 
à peu près que les provisions des offices arriveront à Paris 
afin d'en solliciter le sceau}, vous preniez aussi la peine d 
vous y rendre. Nous conclurons ensemble toutes chose 
avec lui. J'espère que vous ne vous repentirez pas de cett 
petite corvée. Je sais qu'après ce que j'ai mandé à M. le pr< 
cureur général, si je m'adressais à lui pour en rabattre, 
ne viendrait qu'une négative. Mais je prétends faire un cou 
de ma tête pour vous servir, sauf à le payer après de mo 
argent si on le trouve mauvais. Je n'ai point trouvé d'autr 
voie de vous procurer l'avantage dont vous m'écrivez, c 
quelque chose qui m'en arrive, pourvu que vous en jouissies 
j'en serai bien aise. Mais votre présence est nécessaire en u 
lieu où je suis avec ledit d' Alliez, et, après le coup fait, o 
aura beau crier, si l'on veut : je hasarderais bien plus pou 
vous servir. 

M. le président de Chevrières m'est venu voir ici troi 
jours, où je l'ai fort entretenu. J'ai tout sujet d'être satisfa 
de la manière dont il m'a parlé sur toutes choses. Il m^ 
mis le marché à la main de disposer souverainement de so 
intérêt en tous les différends qu'il a avec mon cousin d 
Claveyson , et nommément m'a demandé ce que je voulai 
qu'il fît sur le marquisat que j'ai obtenu pour lui. Il dit qu 



DE HUGUES DE LIONNE. Il5 

Claveyson dépend de Clérieu % comme il le prouvera par 
bons titres, et que s'il ne s'oppose pas à l'enregistrement des 
lettres de marquisat, il perd cette mouvance; que néan- 
moins, si je le désirais, il la sacrifierait. Je n'ai pas cru 
devoir abuser de cette civilité, ni lui demander que, pour 
Tamour de moi, il se fît un si grand préjudice, et ai été bien 
fâché que Ton n'ait plutôt mis le marquisat sur Hostun ^, 
où il n'y eût point eu de pareil obstacle. Il m'a offert ensuite 
de traiter de cette mouvance et de l'échanger contre d'autres 
choses qu'il peut désirer de mon cousin , et de s'en remettre 
absolument à des arbitres , comme aussi d'échanger de cer- 
taines rentes qu'ils ont enclavées l'une dans la terre de l'autre. 
Il a même ajouté qu'il prendrait de sa part ou M. Roux ^, 
ou M. Belmont ^, et que comme autrefois mon cousin 
avait témoigné en semblable rencontre vouloir nommer 



(i) Claveyson était au nombre des fiefs qui dépendaient de la baronnie 
de Clérieu. Érigé en marquisat, il était composé de quatre paroisses. 

(2) Le mandement d'Hostun comptait en 1290 dix paroisses, appartenant 
à autant de seigneurs. Il entra dans la maison de Claveyson par le mariage, 
en 1440. de Jacques d'Hostun avec Béatrix de Claveyson, et dans celle de 
Lionne par l'alliance, en 161 5, de Hugues de Lionne avec Laurence de 
Claveyson. Enfin cette seigneurie fut érigée, au mois de mars 171 2, en 
duché en faveur de Camille d'Hostun, comte de Tallard, maréchal de 
France, chevalier des ordres du roi, etc. Trois ans après, Marie- Joseph, 
duc d'Hostun, son fils, obtint des lettres d'érection de ce duché en pairie. 
Cette maison s'éteignit en ijbb, par la mort de Joseph-Marie d'Hostun, 
gouverneur de la Franche-Comté. 

(3) Adrien Roux, sieur de Morges, conseiller au parlement du i5 février 
1659, € qui a fait, dit Guy Allard, tant d'honneur aux belles-lettres et dont 
» l'éloquence a si souvent servi en des affaires importantes ». Il était fils 
d'Éiienne Roux, aussi conseiller, et de Catherine Déagent, sœur d'Elisabeth, 
femme de Salvaing de Boissieu. 

(4) Joseph-Jean-François Vachon de Belmont, sieur de La Roche, nommé 
conseiller au parlement le i5 février iGSg, avec dispense d'âge, de parenté 
et d'alliance, c II excellait à rendre la justice. > 



Il6 LETTRES INÉDITES 

M. Connart, qu'il en % et se rapportait entièrement à 

ce que ces Messieurs ordonneraient. Je crois que Touverture 
est raisonnable et n'est pas à mépriser ; et si mon cousin y 
est disposé, je vous conjure de prier ces Messieurs bien 
vivement de ma part de vouloir se donner la peine de faire 
accommodement, dont je leur serai sensiblement obligé. 
Cela nejcontreviendra point, ce me semble, à Punion que 
mon cousin a faite, particulièrement la première question 
de la mouvance. 



XXII 

A Paris, ce 3i* janvier lôSg. 

Je reçus hier vos deux lettres des 20* et 22* du courant. 
Vous avez bien fait de retenir la lettre de M. de Ghevrières, 
puisque mon cousin Ta désiré de la sorte. Je ne le trouve 
pourtant pas fort fin de choisir plutôt le parti de tenir dans 
un coffre ses lettres de marquisat, sans oser les montrer*, 
mais chacun se fait fouetter à sa guise. Du reste, moquez- 
vous de tous ses soupçons : il suffit dans ces occasions-là de 
la satisfaction de sa conscience. Ne vous mettez point en 
peine de ma réponse à M. de Ghevrières : je ne lui en dois 
aucune, ayant répondu par mon cousin de Valernod à la 
lettre qu'il m'écrivit de Saint- Vallier. Gelle-ci n'était que 
pour l'intérêt de M. de Glaveyson, et si elle lui eût été 
rendue, c'était à lui à me faire réponse. 



(i) Lacune dans le manuscrit. 



DE HUGUES DE LIONNE. II7 

M . Denis m'a adressé toute scellée , la date en blanc , la 
dispense d'âge et de parenté pour mon cousin ^ Je la ferai 
signer à M. Letellier * et vous l'adresserai par Tordinaire 
prochain. Dès que M. le chancelier sera ici (on l'attend au- 
jourd'hui ou demain), on enverra les provisions des offices. 
• Je suis bien aise que M. d' Alliez n'ait point fait difficulté à 
tout ce que je lui mandais sur votre sujet et que j'ai déjà 
fait approuver à M . le procureur général , et quoique vous me 
mandiez, qu'à quelque prix qu'aient leurs offices Messieurs 
les quatre conseillers, vous ne prendrez plus aucune dimi- 
nution. Si, dans la suite de l'affaire, je puis vous procurer 
quelque nouvel avantage, je vous assure que je n'en perdrai 
pas l'occasion. 

J'ai vu ce matin M. Desorres, à qui j'aî fait part de toutes 
les civilités que j'étais obligé par plusieurs raisons et princi- 
palement par votre recommandation. Je ne lui ai point parlé 
du voyage d'Augsbourg, quoique ce soit bien mon intention 
de le prendre , si je le fais. Mais je vois que cela pourra 
changer, dont je ne suis pas fâché. 

Si M. de Claveyson m'écrit aux termes qu'il vous a dits, et 
comme trouvant étrange qu'il ne m'ait pas pu faire déclarer 
en sa faveur contre un homme qui 9. des différends avec lui, 
je répondrai que si le plus grand ennemi que j'aie au monde 
en avait avec mon père et que> voulant les accommoder à 
Tamiable, mon père voulût plutôt plaider, je donnerais 
raison à mon ennemi et laisserais plaider mon père sans 
l'assister. 



(i) Joachim de Lionne était n^veu de Sébastien de Lionne, conseiller au 
même parlement, et n'avait pas les vingt-sept ans d'âge voulus par les rè- 
glements. 

(2) Michel Letellier, né le 19 avril i6o3, décédé le 28 octobre i685, secré- 
taire d'État sous Louis XIII, chancelier de France en 1677. Il s'était marié, 
le 22 mai 1622, avec Anne Souvré , marquise de Courtenvaux. 



1 18 LETTRES INÉDITES 

Je n'ai pas pu encore entretenir ma cousine d'Anti ' , 
quoiqu'elle me soit venue voir. Je suis accablé d^afiaires. 

On a résolu, quand M. le chancelier sera arrivé, de faire 

réformer toutes les ^. Je me souviendrai, si )^ai quelque 

crédit, de M. le conseiller de La Baume ^, pour le fsiire 
rétablir en celle du domaine et le faire aussi employer en 
quelque autre. 

Comme il se traite une grande afbire pour moi, où j^aurai 
bon besoin de toutes mes pièces, et que d^ailleurs mon fonds 
diminuera d'autant de ce que je serai présentement obligé 
de payer pour vous à AI. de Gourville ^, vous m'obligeriez 
bien si , suivant TofFre qu'il me semble que vous m'en fîtes 
vous-même, vous payiez au sieur d' Alliez les 44,000 livres 
comptant que vous aviez préparées en cas que vous n'eussiez 
pu avoir la charge qu'à 74,000 livres, et que vous rabattiez 
en même temps ces 4,000 francs sur Tobligation que vous 
me devez faire, laquelle, en ce cas, ne serait plus que de 
26,000 livres. Je mande au sieur d' Alliez d'en user de la 
sorte , si vous le pouvez faire sans incommodité. 



(0 Madame d'Aviti , née Marie de Murinais. 

(2) Lacune dans le manuscrit. 

(3) Louis de La Baume-Pluvinel, prév<5t de l^église de Crest, abbé de 
Valcroissant, prieur de Saint- Vallier, doyen de Die, conseiller clerc au 
parlement de Grenoble par lettres du 4 août i633, décédé le 27 septembre 
1676. 

(4) Jean Hérauld de Gourville, « enrichi à l'excès par Fouquet, » mort 
en juin 1703, à 79 ans, dans l'hôtel de Condé. On le croyait marié avec 
une des trois sœurs de La Rochefoucauld, après avoir été le valet de 
chambre et Pami du grand veneur. Il tenait de cette famille la possession 
viagère du château de Saint-Maur. Il a laissé des Mémoires sur les grandi 
personnages et les événements, depuis 1642 jusqii'en 1698, publiés en 1724. 
2 vol. in-i2. 



DE HUGUES DE LIONNE. I ig 



XXIII 



A Paris, ce 7* février 1659. 



Monseigneur % 



Dieu s'est jusqu'ici contenté de nous donner des craintes 
pour la santé de M. le surintendant *, qui n'est pas en bon 



(i) Cette lettre est adressée par Hugues de Lionne à son père, évêque 
de Gap, pour lui offrir le riche évêché dç Bayeux, laissé vacant par la 
mort de François Servien , beau-frère de l'un et oncle de l'autre. 

(2) D'une famille originaire de La Sône, petite localité sur la rive droite 
de PIsère, Abel Servien, marquis de Sablé et de Châteauneuf, comte de La 
Roche-des- Aubiers , baron de Meudon , né en ï 583 d'Antoine Servien, pro- 
cureur des trois États de Dauphiné, et de Diane Bally. Ce fut un grand 
personnage : homme d'État et de lettres, financier et diplomate. Il fit 
l'illustration de sa famille et contribua beaucoup à celle de la maison de 
Lionne. Il débuta par la charge de procureur général au parlement de 
Grenoble le 3i août 16 16, fiit conseiller d'État en 16 18, intendant de 
l'armée d'Italie, premier président du parlement de Bordeaux en i63o, 
charge qu'il laissa pour celle de conseiller d'État. Ne pouvant s'entendre 
avec le cardinal de Richelieu, il se retira et le roi le gratifia d'une somme 
de 100,000 écus. Rappelé par Mazarin, il fut ambassadeur en Italie, en 
Allemagne, en Hollande, enfin surintendant des finances en i653 et séné- 
chal d'Anjou. Il avait été reçu membre de l'Académie française le i" mars 
1634, garde des sceaux de l'ordre du Saint-Esprit le 4 mai 1648 et chan- 
celier du même ordre le 23 août 1654. Il mourut dans son château de 
Meudon le 17 février lôSg. Il avait épousé, le 9 janvier 1641, Augustine 
Leroux, veuve de Jacques Hurault, comte d'Ozain et de Vibray, dont il eut 
trois enfants : i" Louis, marquis de Sablé et de Bois-Dauphin, sénéchal 
d'Anjou, mort sans alliance le 29 juin 1710, àl'âgede 66 ans; 2" Augustin, 
qui fut ecclésiastique et décéda le 6 octobre 1 716, et 3" Marie- Antoinette, 
qui fut mariée à Maximilien de Béthune, duc de Sully, et mourut le 26 
janvier 1702, âgée de 5j ans, dans une pauvreté relative, quoiqu'elle eût 
eu 800,000 livres et fût devenue l'héritière de sa famille. 



:: n:!». 5;z= Eztrs octt. il doos a affligés par le mî 
:=.é:rjt • ijrr: îTçeft i îoc le boa M. de Bayjfux ', qu'ut 
itrrt z:cr±:z't. szczéz^rz k des dookars piquantes de 1 
i rîerr*. z^ .:i: es: zidxt dsns la vessie, a emporté en di 

I -■: cr?- L esc =:•:*-: cir^rve un saint, flpec une patience îd 

î cr:T=ble, e: * ért irfzizxst regretté par tout son diocès( 

! L ÂTîh 2r,:o: ecus de reintc, que k roi a eu la bonté, à 1 

prière dt >Izr le csrdiz^, de partager entre M. le surin 
îecii^::: et ric-:, sans que personne autre ait eu aucune psu 
à cetie dépzyuille. et la chose, qui sera demain déclarée, s 
païen de cène zzsnxrc : le second fils de M. le surinten 



Après une :^r.^u^ scrde c>-rre ies premiers ministres, Saint-SmoD, 
prcpos de U piix dt M'.i:is:er. trftce les fortnîts suiTants du comte d^Avai 
Cùuie ie Mesnies c: d'Ahel Sernea : « Ce furent les ordres secrets c 
V M2£irir. k Servies, scr. esclave, collègue indigne du grand d^Avaux, qi 
» mirer.: bien ies fc-is U néccciaiion au point de la rupture^ qui rendiro 
» la sien-e avec d' A vaux s: scandaleuse et publique, qui mirent tous li 
» ministres employés à la paix par toutes les puissances du côté de d'Avau: 
• qui produisirent ces lettres si insultantes de Servien à d'Anaux et l 
» réponses de d'Avaux , si pleines de sens, de modération et de gravité. 
^yfémoiresj t. xx, p. 200, r* édii/ 

II ne faudrait pas prendre ici à la lettre les exagérations de langage 
d*appréciation que montre Saint - :^mon en exaltant Fun et en abaissa 
outre mesure lautre personnage. Le premier ne fut pas plus un grai 
homme que le second ne fut un homme indigne; et il est absurde de trait 
d'esclave un ambassadeur qui exécute les ordres de son ministre. En outi 
la paix de Munster fut assez glorieuse et avantageuse à la France poi 
n'en pas faire un reproche à ceux qui Font négociée et signée. Enfin, Sait 
Simon lui-même, pendant son ambassade à Madrid, en 172 1, communiqi 
plus d'une fois à la cour d'Espagne et même s'eftorça de fiûre réussir a 
près de Philippe V des demandes du cardinal Dubois, qu'il désapprouvi 
complètement. On ne peut nier toutefois que Servien , à qui on reprochi 
d'être borgne , ne fût un compagnon assez entier et parfois incommode. 

(i) François Servien, frère d'Abel, né en i588, doyen de Saint-Mart 
de Tours, évêque de Carcassonne en 1645, de Bayeux en janvier i65 
décédé le 2 février iôSq. 



DE HUGUES DE LIONNE. 121 

dant * aura toutes les abbayes et 12,000 livres de pension 
sur révêché , et vous serez demain évêque de Bayeux , qui 
est affermé 5o,ooo livres et peut être facilement (parce que 
je le sais de science certaine) porté dans un an à 60,000 
livres ^. Quelque grand que soit l'avantage, il ne m'empêche 
pas de plaindre infiniment la perte que nous avons tous 
faite. La seule consolation que je puis recevoir, c'est que cet 
accident est une conjoncture -favorable poui: vous revoir à 
nous, comme je Tai toujours passionnément souhaité, au 
cas que vous ayez la même envie, car je ne veux vous forcer 
à rien contre votre inclination et peut-être l'intérêt de votre 
santé, qui m'est bien plus précieuse que toute autre consi- 
dération. Aussi bien m'offre-t-on déjà de grands avantages 
pour des permutations d'abbayes. Néanmoins, comme je 
ne sais pas si elles seraient agréées par Sa Majesté, toute 
personne qui désire l'épiscopat, pour suivre la maxime de 
saint Paul, n'étant pas toujours bien propre à en faire un 
évêque. C'est pourquoi je croirais important qu'il vous plût 
à toutes fins disposer vos affaires à vous en venir au prin- 
temps, en sorte que, s'il est nécessaire, rien ne vous arrêtât 
de delà. Bayeux est un pays si gras et où il fait si bon vivre 
qu'un pigeon n'y vaut qu'un sol. Je dis cela parce que, en 
tous cas, le superflu du revenu d'une année paiera la dépense 
des bulles, s'il en faut expédier. Je n'ai pas le temps devons 
en dire davantage. 

Il vous est glorieux d'être devenu successeur de M. le 



(i) Augustin, dont il vient d'être fait mention. Il obtint en effet Pabbaye 

<ie Saint-Jouin-les-Marnes et le prieuré de Sainte-Catherine du Val-des- 

lîcoliers de Paris. C'était un homme très-dérangé et d'une conduite fort 

scandaleuse. II fut enfermé à Vincennes en 1714, à la suite d'un éclat qu'il 

fit à l'Opéra. 

(2) Cet évêché rapportait 80,000 livres en 17 16. 

9 



122 LETTRES INÉDITES 

cardinal d'Ossat % qui était, comme vous savez y évêque de 
Bayeux , qu'il ne vit pourtant jamais. 



XXIV 



A Paris, ce i8* mars 1659. 

J'ai reçu vos lettres des 5* et 1 2* et ai été bien aise d'ap- 
prendre que vous eussiez déjà reçu la dispense rescellée en 
bonne forme et encore plus de la particularité que vous 
m'avez marquée qu'il y a déjà marchands à 85,ooo livres 
des charges qui restent à débiter. Mon cousin pourra se 
consoler de voir passer devant lui les enfants des quatre 
pères conseillers, puisqu'il est le plus jeune du parlement et 
qu'il ne laissera pas d'en avoir trois après lui dans moins 
d'un mois : le fils de M. Guignard*, que je remercierai de 
sa civilité, si je le vois, et ceux qui auront les charges de 
MM. de Charmes et de Pointières ^. 



(i) Arnaud d'Ossat, né le 20 juillet i537 à Larroque (Hautes-P3rrénées), 
évêque de Rennes en iSqô, cardinal en iSqq, évêqua de Bayeux en 1601, 
mort à Rome, le i3 mars 1604. Habile diplomate, célèbre pour avoir ré- 
concilié Henri IV avec le pape et fait annuler le mariage de ce roi et de 
Marguerite de Valois. 

(2) Pierre -Emmanuel Guignard, vicomte de Saint- Priest, fils de Philippe- 
Marie et de Françoise de Mandat, conseiller au parlement de Grenoble du 
i5 février 1659, mort le 5 décembre 1702, laissant d'Angélique-Jeanne 
Rabot Denis-Km manuel, qui fut conseiller, puis président au même parle- 
ment et dcccda le 25 mai 1722. 

(3) François de Virieu, seigneur de Pointières, conseiller au parlement 
du i3 juillet 1641, en remplacement de Jacques de Virieu, son père. 



DE HUGUES DE UONNE. 123 

J'^ai reçu une lettre de remercîment de M. Mistral ' et une 
autre de M. de Saint-Pierre ^, qui me demande protection. 
Je n'ai pas le icmps de faire des réponses réglées à tout le 
inonde. Je vous prie de le&r en faire mes excuses. 

Je crois que mon cousin de Claveyson fera fort bien de 
convenir d'arbitres, aussi bien que M. de Charmes. Que 
veut dire que M. de Chevrières ne m'a point écrit sur la 
mort de M. de Servien ^, ni de M. de Bayeux ? 

L'àfifaire de la charge de M. de Brienne n'a pu réussir, 
parce que le fils n'a jamais pu être disposé par le père à 

consentir cette vente. Je serai bientôt déclaré ministre d'Etat 

« 

et vous prie de n'en rien dire que cela ne soit exécuté. 

Hors de la considération de mon fils aîné, qui aurait eu 
une charge assurée et la plus considérable du royaume, ce 
parti-là m'accommode beaucoup plus que l'autre, d'autant 
que, sans dépenser un seul sol, je m'assure les mêmes 
20,000 livres d'appointements que les secrétaires d'Etat ont 
de gages. Je prends le pas devant eux , serai couvert au 
conseil devant le roi et non pas eux, et je vois que M. de 
Villeroy ^ même crut monter et qu'on lui faisait un grand 
avantage quand on lui permit de remettre sa charge et qu'on 



(i) Jean-Baptiste Mistral, seigneur de Gonas, avocat en la cour, conseiller 
«u parlement du 9 janvier i65i, en remplacement de Laurent, son père, 
décédé le 23 octobre 1687. 

(2) Ealthazar de Marcel j sieur de Saint-Pierre, capitaine de cavalerie, 
mort en 1680. 

(3) Abcl Servien, surintendant des finances, mort le 17 février pré- 
cédent. 

(4) Nicolas de Neuville de Villeroy, né le 14 octobre iSgS et mort à Lyon 
le 28 novembre i685, maréchal de France en 1646, gouverneur du jeune 
Louis XIV, puis de la province du Lyonnais, chef du conseil des finances 
en 1661, duc et pair en i663, marié le 11 juillet 1617 à Madeleine de 
Blanchefor t-Créqui . 



[24 LETTHES INEDITES 

le dt miniitre. Il est vrai que pendant nos mouvements on 
en a fort rr.ultipaé le nombre ; mais il y a la difierence aussi 
de ceux qui Le sont par honneur ou des autres qui avec la 
qualité ont réellement les aflaires en main; et certes cette 
grande somme de 14 ou i,5oo,ooo francs pour une charge 
qui se perd par mort et dont on peut encore être chassé par 
disgrâce-, m'épouvantait un peu, et je donnais mon acquies- 
cement plutôt à la persécution de mes amis qu^à mon propre 
désir. 

Je suis sur Le point de faire une acquisition du doublement 
du péage de Baix-sur-BaLx ', qui est le meilleur de tous et ' 
dont Tancien vaut [û,ooo Ii\Tes de rente. Comme je n'en 
paierai pas grand argent par la bonté de M. le procureur 
généraU ie pourrai me consoler quand ces établissements ne 
subsisteraient pas longtemps, et ce sera même un titre d'en 
demander un K?n dédommagement. Mais en même temps, 
comme je vous conte toutes mes a&ires, je vous dirai que 
je viens de voir un mémoire des dettes de Madame Payen *, 
avec laquelle je me suis accommodé, et de ses effets, et je 
trouve qu'elle a tant barbouillé de sa tête, croyant toujours 
de gagner, que depuis la mort de son mari elle a jeté 1 00,000 
écus dans la rivière et qu'il s'en faut 20,000 francs pour le 
moins qu'elle n'ait un sol vaillant , après ses dettes payées ^. 
De sorte que sa nourriture pour le reste de sa vie tombera 
sur mes coffres : à quoi je ne laisserai pas de contribuer avec 
plaisir, quoiqu'elle ait fort mal vécu avec moi durant tout le 
temps de ses équipées. 



(i) Haix-sur-Baix, canton de Chomérac (Ardèche), péage vendu plusieurs 
fois, la dernière en i638. La pancarte datait de i56i. 

(2) Madame Payen, belle-mcre de Hugues de Lionne. 

(3) La mcrc et la fille moururent dans l'indigence. Les 100,000 écus de 
la première ne laissèrent pas plus de traces que les 5oo,ooo livres de dot 
de la seconde. 



DE HUGUES DE LIONNE. 125 



XXV 



A Paris, ce 9* mars 1659. 

Il y a longtemps que vous n'avez point eu de mes nou- 
velles, parce qu'il y a longtemps que j'ai des occupations 
indispensables par-dessus la tête. Je ne veux pas pourtant 
tarder davantage à me réjouir avec vous de l'avancement que 
je vois en la grande affaire de la paix sur le fondement du 
mariage du roi avec l'infante , pouvant vous dire qu'elle est, 
Dieu merci , en tel état qu'il y a tout sujet d'en espérer bien- 
tôt un bon succès. Hier fut signée une suspension d'armes 
générale pour deux mois entre les couronnes et leurs alliés. 
J'espère que' cette trêve n'expirera pas que tout le reste ne 
soit conclu à commune satisfaction , et je vous avoue qu'y 
ayant eu la part que tout le monde sait, à l'exclusion de 
tout autre , quand la chose sera achevée et exécutée de tous 
points, je ne me soucierai plus de mourir après cette gloire 
acquise et avoir eu ce mérite devant Dieu et devant les 
hommes. 

Mon père m'avait écrit qu'il se préparait pour venir au 
mois de mai. Je ne l'ai pas pris au mot et ne lui ai même 
pas répondu là-dessus, parce que je prévoyais dès lors qu'il 
me faudrait décamper encore environ ce temps-là pour gagner 
l'Espagne. Ainsi, il suffira que sans se presser il nous tienne 
parole, mais infailliblement, dans l'automne prochain. 

Je me prépare cependant à recevoir l'honneur que Leurs 
Majestés veulent me faire dans huit ou dix jours de venir à 
Berni pour y passer depuis midi jusqu'à quatre heures du 
matin du jour suivant. Mgr le duc d'Orléans, Mademoiselle, 
Mgr le cardinal et presque toute la cour seront de la partie. 



I>:c Arncj: Pr:«=teî ' r V sera pas oublié et m'oblige à 

zilr^ et ciiisi- ercirg rt^s grand. Il y aura bals, ballets, 
czciiies. -^.Li et £5Cirr«:îectes, feux d^ardfice, tables ou- 
veriis ic zz'izt sent i'i-tr» dirertisseiiieiits *. C'est une 
i-b-iize roskr* q^ nie rîert de 25 i 3oyOOO francs, mais 
qu: -e r»:urriiec:t kri retés plus â propos ni en une plus 
î>ille ccc-«:ccr.ire- L me fiche seulement que notre reine 
funrs -V sci: p^is, et ie vois bien que, comme c'est son 



chec7*:c e:: irrlvAc: . L ûuira recommencer à se ruiner. 



XXVI 



A Fuis, ce 18* iuin lôSg. 

Le lendemain même de la mort de M. Servien, m^ayai^ ^ 
été remboursé quelques parties qui m'étaient dues, je fis ur^ 
prêt au roi de 5o,ooo écus, qu'on m'assigna sur le traité d^ 
M. de Gourville en Dauphiné, c'est-à-dire sur toutes le^ 
affaires généralement que les compagnies souveraines y ont^ 
passées pour la suppression de la cour des aides de Vienne^, 



(i) Don Antonio-Alonso Pimentel de Herrera, comte de Buenaventa, 
grand d^Espagne, chevalier du Saint-Esprit, sommelier du corps du roi. 
C'est lui qui apporta à Lyon, où se trou\*ait la cour, en mai i656 une lettre 
du roi d^Espagne Philippe IV, qui proposait la paix et le mariage de sa fille 
avec le roi de France. 

(2) 11 existe un manuscrit dont le titre est: Récit de ce qui te fera à 
Berni à V arrivée du Roi, de la Reine , de Monsieur et de toute la Cour, 

(3) La cour des aides créée par Humbert, dauphin, fut transportée à 
Vienne par un édit de juin iG38. Elle fut supprimée par un autre édit 
d^octobre i658 et réunie au parlement de Grenoble. 



DE HUGUES DE LIONNE. _ I27 

i condition que je serais remboursé de tous les premiers 
deniers qui en proviendraient , de quelque côté qu'ils vins- 
sent. 

Je fais présentement envoyer ordre au sieur de" La Tour 
d' Alliez par ledit sieur de Gourville que, en exemption de 
ce qui m'a été promis, il vous mette incessamment entre les 
mains tous les deniers qui viendront de quelque côté que ce 
soit jusqu'à la somme de i6i,25o livres, qui est le principal 
qui m'est dû et les intérêts à 1 5 pour loo pour six mois % 
et je vous prie me faire la faveur de les recevoir et de songer 
par avance aux moyens plus sûrs de me les faire toucher à 
Paris, sans perte. Si vous pouviez vous ajuster pour cela 
ivec le commis de M. Amat, j'en serais plus aise que de 
:aut autre, et en ce cas il ne faudrait lui expliquer autre 
:hose , si ce n'est que vous aurez bientôt de l'argent à me 
aire tenir, et savoir s'il voudrait le recevoir et en donner des 
ettres de change sur ledit sieur Amat. 

Le premier argent qui viendra sera vraisemblablement 
1.0,000 francs, que doivent encore de leur traité les greffiers 
lu parlement et pour lequel ils ont donné deux promesses, 
iont l'une écherra bientôt et l'autre deux ou trois, mois 
après. 

Mon oncle le président Servien * fait aussi un traité pour 
l'acquisition d'un péage, par lequel il doit donner comptant 
10 ou 12,000 écus quand cela sera achevé. Je vous prie de 
recevoir la somme, sans que personne sache qu'elle vient 
à moi. 



(i) On comprend qu'un gouvernement obligé d'emprunter à un taux 
aussi onéreux (3o pour loo par an) ne pouvait guère faire face à ses en- 
gagements et que la faillite, totale ou partielle, n'était que trop souvent une 
sorte d'expédient financier. 

(2) Ennemond Servien , président en la chambre des comptes. 



128 - LEITRES INÉDITES 

Comme le doublement des péages se lève sans diflSculté, 
il faudrait aussi, par le moyen du sieur de La Tour, faire 
compter les commis de six mois en six mois, et leur faire 
vider les mains de ce qu'ils auront reçu, d'où il reviendra 
une bonne somme à la fin de chaque semestre, qui pourra 
d'autant avancer mon remboursement. Le reste se pourra 
prendre sur l'affaire des francs-fiefs , qui ne peuvent man- 
quer et dont on tirera 40 ou 5o,ooo écus par accommode- 
ment avec la province. Mais comme cela peut être un peu 
long (si ce n'est que l'on en fasse un sous-traité), parce qu'il 
faudra faire une imposition sur la province et on attendra la 
levée. Je vous prie , autant que vous pourrez , de procurer 
qu'il se trouve quelque sous-traitant de cette affaire, auquel 
de mon côté je ménagerai des conditions avantageuses, afia 
de sortir plus tôt de ma dette. 

Je ne vous parlerai point de l'affaire de l'aliénation des 
tailles, parce qu'on m'a fait craindre que ceux qui voudron ' 
de cette denrée feront peut-être difficulté de donner leu 
argent jusqu'à ce que la révision des feux soit faite, ce qu 
irait à plusieurs jours. Mais si la chose passait et que l'on^ 
reçût quelques sommes de cette nature, je vous prie de vous — 
en nantir, car par ce moyen je serais bien plus tôt rem- 
boursé, puisqu'il y en a, selon l'estimation du parlement 
même, pour 14 ou i,5oo,ooo francs. S'il y a aussi quelque 
chose à faire sur le revenu du domaine , je vous prié d'y 
avoir l'œil ouvert et généralement de ne permettre pas que 
ledit sieur d'Alliez touche un sol qu'aussitôt il ne vous le 
remette, suivant l'ordre qu'il en aura, et cela le plus secrè- 
tement entre vous deux qu'il sera possible : sur quoi vous 
pourriez concerter que le monde crût qu'il met l'argent en 
dépôt chez vous pour être plus en sûreté. Je vous demande 
pardon de tant d'importunités que je vous donnerai pour ce 
remboursement, mais vous avez assez de bonté pour tout 



DE HUGUES DE LIONNE. I29 

excuser. Je vous prie de m'écrire le plus souvent que vous 
pourrez tout ce qui se passera. Quoique je sois du côté de 
Bayonne, je n'en recevrai les lettres que six jours plus tard. 
Nous.partirons le 25 ou le 26. 

Depuis ma lettre écrite, j'ai tout ajusté avec M. Amat, et 
vous trouverez ci-joint l'ordre qu'il donne à son commis de 
recevoir ce que vous lui donnerez et d'en tirer lettre de 
change sur lui. Qu'il fasse mettre payable à M. de Rives/, 
avec qui vous vous entendrez, s'il vous plaît. 



1^*- 



XXVII 



A Paris, ce 24" juin 1659. 

Il y a huit jours que la lettre ci-jointe était écrite et qu'elle 
est demeurée dans ma poche, parce que je voulais vous 
envoyer les ordres de M. de Gourville au sieur d' Alliez, et 
ses heures ne s'étant pas accommodées avec les miennes, 
nous nous sommes souvent cherchés sans nous rencontrer. 
Il m'a donné heure pour ce soir, mais je ne sais s'il viendra 
à temps. En tous cas, j'envoie toujours cette dépêche, et 
M. de Rives vous adressera vendredi lesdits ordres. 

Cependant je vous dirai que j'ai aujourd'hui remercié 
Leurs Majestés de ce qu'elles m'ont fait l'honneur, avant 
mon départ, de me faire ministre d'Etat et de me donner 
20,000 livres de rente en bénéfices pour mon fils l'abbé. 



(i) Luc de Rives, intendant des finances, frère de la belle-mère et oncle 
de la femme de Hugues de Lionne. 



y-.'is i^ rtnirm ÎLjrt rarr i 3L àe dp* de qui la reine 
TLL zz miiicririL niLe inss. çiîzrû ciâe a sa qu'A n avait 

r I, r±c:r= — ïLiiikt i M i>£ *Ib ei .ig e& ia parole qn^il m'avait 
-ré 5:is ^iczji- le =e piirr «zççcacr i rcnrc^streinent des 
.ecr^*? zz narrusLi ie ■ZLet-tsoc:. e:: hiî doonant pour mon 
c:*j5ni îi ZLiTrrsrc ;r:e ,fi*c:> "xâic qoc o£a ne préfudîdera 
piLTir i SIC zrici '. I_ r:e prrcrî d' e u li e le même jour à 

Mîdirtii 5;i :V ^ * sr c:c:cr=hs*. U a tû la chose de fort 

i>:-:-c frici ^c ni =»î:re :n*r: i'ez pisser par où je désirais 
ôe :: -15 >£5 i-tres diStr^cds i.TùoaaûQ cousin : ce que je n'ai 
pii5 v:d- îcccTiiT. I. ze r-d-drï nxaintcnant qu'à mon 
cousez de ±=ir 1â p:n£i±^r^ î^irc, qui est la mienne. 

Je Tcus cczn^ le bccscàr. 



XXVIII 



A Candillac, le i6' juillet 1639. 

. J'ai reçu ici votre lettre du 29* du mois passé et j^avais déjà 
appris à mon cousin de Claveyson « même huit jours aupa- 
ravant, le bon succès du registrement de ses lettres, malgré 
les oppositions qu'on y a voulu faire, hors de temps. Je vous 
prie de remercier de ma part votre très-digne premier pré- 



Ci^ Cc droit, c'est-à-dirc rhommage, longtemps tombé en désuétude, 
fut réclame avec succès par M. de Saint - Vallier à la veuve de Charles- 
Hugues de Lionne, en ijb3. 

(2) Marie de Sayve. 



DE HUGUES DE LIONNE. l3l 

sident * et M. Pause *, mon cousin me marquant que ce 
sont les deux qui ont le plus contribué à sa satisfaction. 

Je crois qu'il vous faut voir la lettre que je lui écris sur le 
sujet de M. de Ghevrières. Il me voudrait faire aller un peu 
plus vite que je ne veux marcher. Je ne ferai rien par em- 
portement, mais tout par raison. J'ai même écrit ce matin 
à M. de Ghevrières (ce que je vous prie de ne dire pas) que 
si le gain de son procès contre M. de Saint-Antoine ^ pou- 
vait tirer à conséquence pour asservir des fonds de mes 
cousins, je ne pourrais pas jn'empêcher de solliciter ouver- 
tement contre lui. Nous verrons ce qu'il répondra. J'ai pris 
cette occasion de me déclarer à lui en répondant à ses com- 
pliments sur le ministériat. J'attends avec impatience votre 
réponse à mes dernières lettres. 



XXIX 



A Saint-Jean-de-Lus, ce i3" août 1659. 

Je ne puis vous dire que quatre mots, car je pars dans cet 
instant pour aller à la première conférence de nos principaux 
ministres, qui se fait aujourd'hui^. Mon cousin vous dira 



(i) Salvaing de Boissieu, premier président de la chanîbre des comptes. 

(2) Benoît Pause, maître en la même chambre en i635, frère de Humbert 
Pause, trésorier général de France en i658. 

(3) Jean Rasse, élu abbé de Saint-Antoine en i635, mort en 1673. 

(4) La rédaction du traité de- paix avec l'Espagne fut longue et laborieuse . 
Elle exigea vingt-quatre conférences et contenait cent vingt-quatre articles, 
dont le vingt- troisième stipulait que Sa Majesté Très-Chrétienne épouserait 
rinfante Marie-Thérèse, fille aînée de Sa Majesté Catholique. 



l32 LETTRES INEDITES 

que son courrier a été prévenu par un autre de M. de Saint- 
Agnin ', lequel, s' étant adressé à M. Rète, avait obtenu 
Tabbaye pour une de ses sœurs douze heures avant que j'en 
eusse Tavis. Vous verrez bien par là, si j'avais été averti à 
temps, s'il m'aurait été fort difficile de faire ma cousine 
abbesse. Comme vous me mandez, les filles de la famille ne 
sont pas plus heureuses en pareilles rencontres que les gar- 
çons. J'en suis très-fâché. 

Je n'ai pas le loisir de répondre à M. et à M."* d'Aviti. 
Je le ferai par l'ordinaire, aussi bien qu'à M. le premier 
président et M. de La Coste sur mon ministériat. Je suis 
furieusement pressé. 



XXX 

A Saint-Jcan-de-Luz, le 14* août lôSg. 

Depuis ma lettre écrite, je m'avisai de mener dans mon 
carrosse le courrier de mon cousin à la première conférence 
qui s'est faite entre nos deux principaux ministres, afin qu'il 
pût , à son retour, s'il a assez d'esprit pour cela , satisÉsiire 
votre curiosité en vous rendant compte de ce qu'il a vu. 

Ensuite de ce qui fut résolu hier, je pars aujourd'hui pour 
aller établir mon séjour à Fontarabie, avec Messieurs les 
Espagnols, et^ traiter et négocier ce qui reste pour l'accom- 
plissement de ce grand ouvrage. On me donne pour cela un 



(i) Scipion de Polloud) seigneur de Saint-Agnin, grand prévôt des maré- 
chaux de France en Dauphiné, bailli de robe courte. Il épousa Françoise 
de FoissinSy dont il eut un fils, qui lui succéda dans sa charge. Il contribua 
par ses libéralités à la reconstruction du prieuré de Sainte-Colombe, qui 
avait été ruiné par les huguenots. 



DE HUGUES DE LIONNE. l33 

autre personnage que M. de Pimantel, qui est^Don Pedro 
Colona % secrétaire d'Etat d'Espagne, qui est un vieillard 
de 75 ans. J'en suis bien fâché, car j'avais contracté une 
grande amitié et habitude avec l'autre. 

Le principal sujet de ce second billet est pour avertir 
mon père, par votre moyen, que, l'avis étant venu ici de 
la mort de M. l'abbé de Montbazon ^, qui avait l'abbaye de 
Vendôme ^, Son Éminence ^ a écrit au roi pour la faire 
donner à mon fils. On m'assure que c'est une des plus belles 
pièces de France et qui, outre quantité de collations, a une 
prérogative particulière d'être abbé-cardinal en France. Il 
est vêtu de rouge; on le traite d' Eminence. La ville de 
Vendôme est à moitié à lui. Elle vaut 1 8,000 livres de rente. 
Voilà tout ce qu'on m'en a dit -, mais je n'en ai pas encore 
assez de connaissance pour assurer positivement autre chose, 
si ce n'est que c'est une des plus belles pièces de France. 



XXXI 



A Hendaye, ce 1*' septembre lôSg. 



Monsieur l'archevêque de Lyon ^ vient de m'envoyer une 
lettre pour mon père, qui me donne occasion de vous faire 



(i) Pierre Colonne, duc de Palliano, qui fut vice-roi de Valence et un 
des plénipotentiaires pour la paix des Pyrénées, en lôSg. 

(2) Le P. Anselme, non plus que Moreri, n'indique point d'abbé de 
Montbazon à cette date. Cependant on voit ici qu'il avait l'abbaye de Ven- 
dôme et qu'il mourut en 1659. 

(3) La Sainte-Trinité de Vendôme, au diocèse de Blois, était de l'ordre 
de Saint-Benoît et avait été fondée en io32 par le comte d'Anjou. Elle fut 
unie à la corporation de Saint-Maur, en 1621. 

(4) Son Éminence le cardinal Mazarin. 

(5) Camille de Neuville de Villeroy, né à Rome, le 22 août 1606, abbé 



I 

l34 LETTIES DVÉDmS 

ce mot pour vous radcesscr. Vous pourrez lui mander qu 
j'ai ioint mes prières aux siennes envers M. le maréchal d 
Vilieroy pour la conservation du capitaine qu^il a recom 
mandé à mon dit sieur Tarchevêque, et que les deux frèn 
m*ont promis de faire leur possible pour Tavantage de a 
officier, me priant même d^en parler avec eux à Mgr 
cardinal , quand il sera temps. 

Je vous écrivis dernièrement que le roi m^avait doni 
Tabbaye cardinale de Vendôme, mais mon malheur fît biei 
tôt ressusciter Tabbé. Depuis cela, on m^a dépêché i 
courrier de Turin pour -me donner avis de la mort de Tabl 
de La Monta , qui avait une fort belle abbaye en Bretagn 
que le roi m*a encore donnée, pourvu que je ne cause p 
une nouvelle résurrection. Elle est située dans Rennes, 
Tabbé est seigneur de la moitié de la ville et de tous les fai 
bourgs *. Il est conseiller-né au parlement de Bretagne, 
séance dans les États. L'abbaye a de très-belles coUatio 
et vaut 14,000 livres de rente. Il m'en faudra encore 6,o< 
pour faire les 20,000 qui m'ont été accordées pour la récoc 
pense de Baveux. 

Mes affaires avancent fort ici et fort heureusement, et 
crois dans la fin de ce mois nous pourrons être de retour 
Bordeaux, avec la paix en main et le mariage, et Don Li 



de Saint- Vandrille, de Foigny, de Pile-Barbe, d'Âinay, de Saint-Pierre 
Lagny^ lieutenant général au gouvernement du Lyonnais, archevêque 
i Lyon, décédé le 3 juin lôgS. 

(i) L'abbaye de Saint-Mélaine, dans un faubourg de Rennes, de Porc 
de Saint-Benoît) fondée vers 840 par Salomon, roi de Bretagne. Le da 
phin François ) allant faire son entrée dans son duché de Bretagne, d< 
cendit dans cette abbaye le 12 avril i532; il y dîna et coucha. L'ancien 
église, qui of!re des fragments d^architecture romane, sert aujourd'hui 
paroisse, sous le titre de Notre-Dame. Elle vient d'être restaurée. 



DE HUGUES DE LIONNE. l35 

à Madrid pour épouser l'infante * au nom du roi. Je soutiens 
ici un grand poste qui m'attire bien de l'ennui , car il n'y a 
que moi seul qui traite, sous les ordres de Son Eminence, 
avec Messieurs les Espagnols ^. 



XXXII 



A Handaye, ce 29^ septembre 1659. 

J'ai reçu votre lettre du 7® courant et même été étonné 
qu'elle ne me parle point du retour du courrier de mon 
cousin de Claveyson , à qui J'avais pris soin de faire voir 
une de nos conférences pour vous en rendre compte. Il me 
semble qu'il y avait, quand vous m'avez écrit, plus de vingt 
jours qu'il était parti d'ici. Peut-être a-t-il pris la voiture 
de quelque tortue. 

Vous m'avez bien réjoui de m'apprendre que vous fussiez 
sur le point d'en faire faire à Paris une autre de différente 
nature (j'entends de voiture). Elle sera bien considérable si 
vous pouvez joindre aux 33, 000 livres de M. l'ambassadeur 
les 20,000 livres des secrétaires et les 10,000 qui ont com- 



(i) Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, mariée 
à Louis XIV, le 21 septembre 1660, morte le 3o juillet i683. 

(2) Le maréchal duc de Grammont, mis d'abord, comme on l'a vu, à la 
tête de l'ambassade envoyée en 1657 à Francfort, à Toccasion de l'élection 
de l'empereur, avait été, étant ambassadeur à Madrid, chargé de la de- 
mande officielle de l'infante Marie- Thérèse; mais dans ces deux circons- 
tances importantes Hugues de Lionne avait été seul chargé des négocia- 
tions diplomatiques et seul avait conclu avec les ministres étrangers. 



l36 LETTRES INÉDITES 



mencé à venir de raliénation des tailles. J^ai trouvé M. 
d' Alliez si honnête homme et si porté d'ailleurs à me favo- 
riser que ie ne fais nul doute qu'il ne tienne, au pied de la 
lenre « à son ordre de me donner incessamment tout ce qu^il 
recevra jusqu'à la somme de 171,000 et tant de livres. Je 
lui en aurai beaucoup d'obligation. 

L'abbaye de Vendôme prit le même train que celle des 
Hayes ^ Il faudrait faire un mariage de ces deux ressuscites 
qui les possèdent. M. l'abbé de La Monta s'est nanti d'un 
autre sacrement, qui fut l'extrême-onction, et m'a laissé 
par sa mort, comme je pense vous l'avoir mandé, une 
abbaye dans Rennes, que M. de Rives me marque que 
j'affermerai i5,ooo francs. L'abbé d'ailleurs est conseiller- 
né au parlement de Bretagne, a séance aux États de la 
province et a de belles collations qui dépendent de lui. 

Quand j'ai reçu votre lenre, le gouvernement d'Embrun 
était déjà destiné au successeur qu'aura M. de Bonne *. 
Ainsi je n'ai rien eu à faire pour M. de Beauvilliers *, dont 
j'ai beaucoup de déplaisir, pour la considération de M. de 
Saint- Didier et la vôtre, vu la forte et pressante recomman- 
dation que vous m'en faisiez. 



(i) L'abbaye des Hayes, de Tordre de Cîteaux, dans la vallée de Graisi- 
vaudan, fondée en 11 60 par Marguerite de Bourgogne, femme du dauphin 
Guigues VIII. Elle avait été promise à une de ses cousines. 

(2) François de Bonne d'Âgoult, comte de Sault, duc de Lesdiguières, 
marié en premières noces, le 10 février 1619, à Catherine de Bonne, fille 
du connétable et de Marie Vignon. 

(3) François-Honorat de Beauvilliers, duc de Saint -Aignan, pair de 
France, premier gentilhomme de la chambre du roi, chevalier de Perdre 
du Saint-Esprit, membre de TAcadcmic française, gouverneur de Tou- 
raine, marié à Antoinette Servien, mort le i6 juin 1687, à l'âge de 80 
ans, après s'être démis de ses charges en faveur de son fils, Paul de 
Beauvilliers. 



DE HUGUES DE LIONNE. xSj 

Vous pouvez satisfaire la curiosité et le désir de M. votre 
beau -frère * en l'assurant de ma part que le traité de paix 
sera envoyé à tous les parlements de France pour y être 
enregistré. On n'y en aura point vu depuis l'établissement 
de la monarchie où la couronne ait tant gagné*. Nous avons 
encore à travailler pour plus de quinze jours ; mais la chose 
est assurée et ne peut manquer, et si vous faites là-dessus 
quelque gageure, je paierai pour vous. Il n'y a personne 
dans le royaume que Mgr le cardinal et moi qui osassent ou 
sussent vous en tant dire ^. 

Je suis tout à vous. 



XXXIII 



A Hendaye, ce 6* novembre i6bg. 

J'ai toute l'affliction dont un cœur peut être capable de 
l'horrible accident arrivé dans votre famille et suis extrême- 
ment en peine qu'il n'altère votre santé, dont elle a plus 
besoin que jamais ^. Voilà ce qui arrive souvent quand on 
se commet avec des méchants garnements, et M. le prési- 



(i) Paul Rabot, seigneur de Buffières et de Veyssilicu, avocat général au 
parlement du 26 janvier 1643, en remplacement de Félicien Boffin, con- 
seiller d'État en 1662, décédé le 18 janvier 16Ô4. Il était beau-frère de 
Humbert de Lionne, qui avait épousé Virginie Rabot. Il eut 5 enfants 
d*Anne Reynaud d'Avançon. 

(2) Par la paix conclue dans Pile des Faisans, la France acquit le Rous- 
sillon, la meilleure partie de TArtois et les droits de l'Espagne sur TAlsace. 

(3) Histoire de la patx conclue sur la frontière de France et d'Espagne 
entre les deux couronnes, Van 1659. Cologne, 1664. 

(4) Il s'agit de Tassassinat d*Oronce Le Bout de Saint-Didier, mari de 

Virginie Rabot. 

10 



l38 LETTRES INÉDITES 

dent de Chevrières, qui pour de petits intérêts de néant i 
quelquefois les gens au désespoir, en devrait bien faire 
profit. Je vous prie de faire mes compliments à ma cb 
cousine et de lui témoigner que j'ai grande part à sa douk 
Je n'ai pas le loisir de vous en dire davantage à Tun e 
Tautre. Vous croyez bien que si je puis quelque chose pi 
la punition des assassins, je ne m'y épargnerai pas. 

La paix sera peut-être signée demain et l'aurait été ; 
failliblement sans un incident que M. de Lorraine ' nou 
fait j lequel pourtant ne saurait au plus retarder cette sigr 
ture de quatre ou cinq jours, et possible ne la retardera f 
d'un moment. Le second infant d'Espagne est mort et Taui 
depuis a été fort malade et est aujourd'hui hors de te 
danger ^. J'ai à une portée de mousquet du lieu où je si 
établi le roi d'Angleterre ^ et M. de Lorraine; mais je n 
vu que ce dernier. 

La paix sera signée demain sans faute ^. 



XXXIV 



A Âix, ce 17* février 1660. 



Mon indisposition, ayant duré plus longtemps que 
n'aurais cru, ni voulu, m'a empêché de suivre le roi à Tqu! 



(i) Nicolas-François de Lorraine, cardinal en 1627. Il remit le chape 
fut duc de Lorraine et épousa en 1634 sa cousine Claude de Lorr^oe. 

(2) Philippe - Prosper et Ferdinand -Thomas, infants d'Espagne, me 
jeunes. 

(3) Charles II, roi d^Angleterre. 

(4) Mazarin et don Luis de Haro, comte duc d'Olivarès, résolurent 
questions relatives à la paix. Hugues de Lionne et don Pedro Coloma 
glcrcnt les conditions du mariage royal, qui devait en être le compléme 
Ce contrat et la grande paix des Pyrénées furent signés le 7 novembre. 



DE IIUQUES DE LIONNE. iSq 

et m'a même rendu paresseux à répondre à plusieurs lettres 
que j'ai reçues de toutes sortes d'endroits , en qvioi les vôtres 
sç sont aussi trouvées comprises, tant je me confie à votre 
bonté. Les dernières étaient du. 1 1® et du 19® du mois passé 
et du 2^ du courant. 

Je vous prie de dire à M. Roux que je lui renverrai ses 
lettres fermées s'il continue à me traiter de Monsieigneur '. 
Je reçus sa dernière fort à propos. M. Letellier étant dans 
ina chambre, il me promit de bien soutenir M. son fils en 
cas que M. le marquis de Pienne ^ voulut attenter quelque 
nouveauté contre lui, ce qu'il me dit ne pouvoir même être 
fftit en justice ^, J'ai su que le marquis de Pienne a passé à 
Toulon, Je lui en parlerai fortement quand je le verrai et ne 
doute pas que, M, Letellier et moi lui témoignant tous deux 
y prendre intérêt, il ne quitte sa pensée, en cas qu'il l'eût eue. 

Je me souviendrai de ce que vous me marquez touchant 
l'adresse du traité de paix , présupposant qu'elle ne pourra 
être faite que la cour ne soit de retour ici, car il y a beau- 
coup à écrire. 

J'ai écrit à mon père, comme vous l'aviez jugé à propos. 
Ce rhume et ses autres indispositions, qui arrivent plus fré- 
quemment, joint à l'âge de 78 ans, me mettent en quelque 
considération sur les instances que je lui ai faites de venir à 



(i) Les ministres d'État usurpèrent le titre de Monseigneur. Louvois est 
le premier qui se le fit donner; il fut ensuite accordé aux évêques, aux 
maréchaux, aux intendants, aux membres des parlements. 

(2) Antoine de Brouilly, marquis de Pienne, chevalier des ordres du roi 
en 1661, mort gouverneur de Pignerol en 1676. Il eut de Françoise Godeau 
des Marais deux filles, qui épousèrent Tune le duc d'Aumont et l'autre le 
marquis de Châtillon. 

(3) Joachim de Lionne a mis en marge cette note : « M. Letellier pro- 
» met de servir M. Roux envers M. de Pienne pour sa compagnie de 
» chevau-légers dans le régiment de Pienne. »> 



k 



140 LETTEES INÉDITES 

Paris au printemps, a]^réhendant que je ne lui hâte 
k'urs en lui faiisant changer de climats, peut-être me 
contre son gré, par complaisance. Cest pourquoi je v< 
prie , en cas que vous connussiez qu'ail ne fît pas cette 
traite entièrement de sa bonne volonté et avec autant 
plaisir que î*en aurai moi-même de le voir, d'être le p 
mier de Fen dissuader et de vous charger de m'^y faire don: 
les mains sans répugnance; car pour rien au monde je 
voudrais avoir ce scrupule que pour ma sads£Biction j^eu 
abrégé une >"ie qui m'est si chère. 

Je suis l'on obligé à M. de Châteaudouble ^ de la mani 
obligeante dont il a écrit de ma femme et de mes enfar 
Ce qui m'a surpris c'est de voir sa lettre datée du 5* 
janvier, qui avait passé par Grenoble, et que j'en aie n 
ici une copie le même jour que j'en recevais une du me 
lieu de M. Lenet^, datée seulement du 7*, c'est-à-dire d( 
jours après. Ma femme doit en être partie du 19* et vi 
par Barcelonne. Ledit sieur Lenet me mande qu'on pour 
peut-être Tarrètcr quelques jours de plus, parce qu'un p 
sent que la reine d'Elspagne^ lui veut faire n'était pas enc 
prêt. Il marque que c'es^t une boîte du portrait plus b 
que celle que le roi m'a donnée. 

Je n'estime pas qu'il y ait quoi que ce soit à craindre er 



(r) Pierre de La Baume, sieur de Châteaudouble, conseiller au parler 
du 3o décembre 1629, en remplacement de Pierre de La Baume, son i 
qui fut maître des requêtes de la reine Marie de Médicis. 

(2) Pierre Lenet, fils et petit-fils de présidents au parlement de Dijo 
fut conseiller de ce corps en lôSy, puis procureur général et intendan 
Paris, et devint confident et ami intime du grand Condé. Il mouru 
1G7 1 . On a de lui des Mémoires sur les troublés de la minorité de Louis A 
2 vol. in-i2. Paris, 1729. 

(3) Marie-Anne d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand IH, marié 
1G49 f^ Philippe IV, roi d'Espagne. 



DE HUGUES DE LIONNE. I4I 

ci et Pâques pour la diminution des espèces d'or. Ce que 
vous me marquez de la somme qui doit être payée alors à 
ma cousine m'a fait songer que si elle était en peine de la 
placer sûrement, ou je la prendrai et y ferai obliger ma 
femme, pourvu que l'intérêt n'en soit qu'au denier vingt, 
ou bien vous la pourriez prendre vous-même, en rabattant 
tous les intérêts qui pourraient m'être dus depuis ledit temps 
de Pâques jusqu'à la fin des quatre années que vous. me 
devrez 26,000 francs, et ainsi réduisant la somme à 22 ou 
23,000 francs, selon le compte que vous en ferez plus exac- 
tement. Je vous rendrais dès lors votre obligation, et, en ce 
cas, il n'y aurait qu'à faire tenir à M. de Rives, par la voie 
du commis de M. Amat, ladite somme, après les intérêts 
rabattus pour trente ou trente-deux mois , comme je pense 
qu'il resterait à courir depuis Pâques jusqu'à la fin des quatre 
années. Je ne sais si je m'explique bien , mais ce que je vous 
en marque n'est qu'en cas que ma cousine soit en peine de 
loger son-argent, car pour moi rien ne m'est plus indifférent 
que les choses demeurent en l'état qu'elles sont ou que vous 
preniez l'un des deux partis que je vous offre; c'est pour- 
quoi prenez toutes vos mesures sur cette absolue indifférence 
de ma part. 

Je vous adresse deux lettres que j'ai reçues de ma cousine 
d'Aviti, qui vous surprendront sans doute autant que je l'ai 
été. il faut, s'il vous plaît , que vous mettiez un peu la main 
à raccommoder cette affaire , qui ne peut pas demeurer en 
cet état-là. J'estime qu'il faut commencer à parler au mari 
avec douceur, n'employer d'abord que des .... ' de ma part-, 
que je le tiens homme d'honneur et de parole, et qu'il me 
voudrait moins manquer qu'à homme qui vive , parce que 



(i) Lacune dans le manuscrit. 



^ «13 q-'L rr/iizae « qu'C se soaTÎendra bien qu'à Lyon il 
n:^ d'zcz:;! 5a rarcie de ^tadrc les 200 pbtoles qu'il a à ma 
cousir.e . l:rsqu elle serai: de retour; que je sais aussi qu'il 
lu: a souvec: procis 200 écas par an pour lui donner moyen 
ce s'enrrete:™ que c est bien le moins qu'il puisse faire pour 
sa ccndir ?r. . eî que quand il ne Taurait pas promis , il le 
de^T^iî: foire, la chc^se tzzni très-juste ; que s'il veut acquitter 
ocs deux roroles-là, eu au moins présentement celle de la 
re<:::u:icu des ics? pistiries, ie m'en tiendrai son obligé. Si 
tout cela ne sert de rien, il faudra, s'il vous plaît, changer 
de largage et lui dire franchement et hautement que je ne 
sout&irjî pas que . par caprice et avarice , il maltraite ma 
parente iniustement, et que quand il n'y aura point d'autre 
remède, ?e la lui ferai ôter, quand je devrais l'envoyer 
quérir exprès pour ia conduire à Paris et s'entretenir de mon 
argent « non entendu qu'en les faisant séparer je le ferai 
condamner à tous les frais et à ses aliments et entretènement 
raisonnables^ qui monteront sans doute un peu plus haut 
que ce qu'on lui demande ; que, s'il est sage, il doit éviter 
cet atfront dans le monde , puisqu'il n'aura pas les rieurs de 
son côté , et qu'à la tin il n'aura pas sa fenrnie et en paiera 
pourtant les pots cassés. Faites savoir en même temps à ma 
cousine toutes les prières que je vous fais et ce que vous 
aurez avancé , lui faisant rendre ma lettre et les vôtres, en 
sorte que son mari ne le pénètre pas. 



DE HUGUES DE LIONNE. 143 



XXXV 



Au mois d'avril 1660 *. 



Monsieur mon très-cher oncle, 

J^ai vu à mon retour de la cour par les trois lignes que 
vous avez ajoutées à la lettre de M. de Chevrières les bontés 
que vous continuez d'avoir pour moi en toutes rencontres. 
Je puis vous assurer que vous ne les pouvez jamais em- 
ployer en un sujet qui soit plus reconnaissant que je le suis. 

J'attends d'apprendre Tordre qu'il vous aura plu mettre à 
l'affaire du sieur Vidaud, à quoi je ne prévois aucune nou- 
velle difiBculté dans l'état que vous m'avez marqué toutes 
choses. 

J'ose vous supplier de voir de ma part mon cousin de 
Portes *, auquel je n'écris point de crainte de l'importuner 
en l'obligeant à me faire réponse. C'est pour mes gages de 
l'année courante, qu'il vous plaira donner ordre que je 
puisse toucher. Mon intention est d'en faire payer par delà 
55o livres à ma tante de M urinais ^ et que Ton me fît tenir 
ici le reste. Mais, pour éviter les longueurs de l'année passée, 



(i) Jo^him de Lionne fait remarquer avec raison que cette lettre n'est 
pas de 1660, mais de la paix de Quérasque, lorsque Hugues de. Lionne 
accompagna l'ambassadeur, son oncle. Les trois traités de Quérasque furent 
signés les 21 mars, 6 avril et 3o mai i63i par Abel Servien, avec le ma- 
réchal de Toyras et Émery. 

(2) Hugues de Lionne avait Bonne de Portes pour grand'mère mater- 
nelle. 

(3) Éléonor Servien, mariée à Balthazar de Murinais, gentilhomme ordi- 
naire du roi, procureur général des trois ordres de Dauphiné. Leur fils fut 
aussi procureur des états en 1648 et épousa Barbe d'AvriUi. 



144 LETTRES INEDITES 

je VOUS prie de me mander si , au cas que je prenne ici chez 
M. Limagne * i,25o livres et lui baille lettre de change sur 
mon cousin, il ne me fera pas la grâce de l'acquitter au 
paiement de la fin de décembre. J'attendrai avec impatience 
votre réponse sur cela, que je vous conjure de me procurer 
bonne par votre adresse accoutumée. 

Je n'ai point de nouvelles qu'on ait pensé à I*yon à faire 
acquitter i ,000 livres de mon oncle l'abbé *. Je vous sup- 
plie d'y tenir la main et de m'en envoyer la dernière réponse, 
afin que je voie ce que j'aurai à faire. Cest une honte qu'on 
ait si peu de soin de sa parole. 

Je vous avais prié de retirer 180 livres que me doit M. de 
La Bâtie ^. Je vous le réitère encore et vous prie de les re- 
mettre après à M. de Chevrières sur et tant moins des 100 
écus qu'il paya ici pour moi pendant que j'étais à Angers. 
Je ne crois pas qu'il y ait difficulté à recouvrer cette somme : 
il y a assez longtemps que je l'ai prêtée. 

Je ne veux pas finir sans vous dire, entre vous et moi en 
confidence, que non-seulement je serai avantageusement 
traité pendant la négociation de la paix, mais que j'ai parole 
des puissances d'un établissement certain à mon retour. 

Je suis de tout mon cœur. Monsieur et très-cher oncle, 

Votre très-humble et très-obéissant et très-obligé servi- 
teur et^^neveu. 

De Lionne. 

Je vous prie de donner sûre adresse à la lettre ci-jointe 
pour Gap. 



(i) M. Limagne, banquier à Paris. 

(2) François Servien , frère d'Isabeau , mère de Hugues de Lionne , qui 
était alors abbé de Saint-Martin de Tours et qui mourut, comme il a été dit 
précédemment, évoque de Bayeux, le 2 février lôSg. 

(3) Jean Vidaud, comte de La Bâtie, seigneur de La Tour, procureur gé« 



DE HUGUES DE LIONNE. 146 



XXXVI 

A Montpellier, ce 9* avril 1660. 

Il me semble qu'il y a un siècle entier que je n'ai eu le 
bien de vous écrire : vous avez assez de bonté de m'en excu- 
ser. J'ai eu ici, en y arrivant, une petite attaque d'indispo- 
sition, qui m'avait fait plus de peur que mon mal d'Aix, car 
j'avais toutes les dispositions à une grande maladie; mais 
une saignée et des remèdes réitérés m'en ont garanti. 

M. Letellier me promet tous les jours que quand les 
exemplaires du traité de paix seront prêts, il me remettra à 
moi-même celui du parlement de Dauphiné. Ainsi vous 
pouvez, par avance, tirer d'inquiétude M. votre beau-frère ' , 
car je l'adresserai à vous-même pour le lui remettre. 

Je ne crois pas trouver assez de loisirs pour travailler aux 
remarques que je lui avais promises; mais je songe qu'il n'a 
pas besoin de cela pour se faire honneur, et la simple lec- 
ture du traité fournira assez beau champ à son éloquence 
pour le bien faire valoir et lui aussi. 

Vous pouvez faire savoir à M. le premier président * que 
M. Letellier lui a rendu aujourd'hui, en ma présence, le 
meilleur ofiBce que pouvait un véritable ami auprès de Mgr 



néral au parlement de Grenoble, après Tavoir été du parlement des Dombes^ 
marié à Gabrielle Sève de Flécherer, dont il eut sept enfants, a Le mérite, 
» qui chez lui est sans cesse un bon solliciteur, ne serait pas méprisé s'il 
• était cru aussi souvent que la vérité et l'innocence parlent dans sa 
bouche. » CGuY Allard, DictJ 

(i) M. de Buffières, avocat général du parlement. 

(2> M. Denis Legoux, premier président du parlement. 



I4'> LETTRES I!iÊIMTES 

le cardinal. Il a dit à Son Eminence qu^aucun gouverneur 
de son département ne lui rendait un meilleur compte et ne 
faisait mieux les affaires du roi que ledit sieur premier pré- 
sident, quand il a la direction de la province en Tabsence de 
M . de Lesdiguières. Il pourra, s'il veut, Ten remercier et en 
prendre l'occasion en disant que je le lui ai £siit savoir. 

J'ai renvoyé mes enfants à Paris dans un carrosse à six 
chevaux , pour éviter l'incommodité du Ic^ement de Saint- 
Jean-de-Lus. J'ai fait savoir à temps à mon père leur pas- 
sage à Lyon, afin que s'il en voulait profiter, ses affaires 
étant prêtes, pour faire le chemin de Paris un peu plus 
agréablement, ayant ses enfants avec lui, il le pût faire, 
et j'ai dit à mes enfants d'attendre à Lyon ses ordres et d'y 
séjourner même le temps qu'il voudra, s'il n'était pas prêt. 
Je ne sais pas ce qu'il aura résolu. 

Je n'ai nulle connaissance que les espèces d'or doivent 
baisser et ne le crois point. Au reste vous vous moquez en 
me faisant tant de justifications. La pensée qui m'était 
venue n'était qu'en cas que cela vous fût plus commode et 
que vous vous trouvassiez en peine de loger l'argent de ma 
cousine. 

Vous m'avez fait plaisir de ne pas rendre les lettres à ma 
cousine d'Aviti, pour les considérations que vous dites, qui 
sont très-prudentes. Celle qui était pour ma cousine de Ma- 
rinais n'avait rien de commun. Elle se plaindra bien de moi, 
car je n'ai pas eu le temps depuis de lui faire d'autre réponse 
à plusieurs lettres qu'elle m'avait écrites. 

Je ne sais encore si cette lettre vous sera rendue ou par 
l'ordinaire ou par M. de Montdevergues % que le roi envoie 



(i) François Lopès, marquis de Montdevergues, né à Avignon, (ils du 
seigneur de Montdevergues et de Jeanne Pdrussis, mestre de camp d'un 
régiment de cavalerie, employé par Mazarin, qui lui légua 10,000 écus , 



DE HUGUES DE LIONNE. 147 

à la rencontre du gouverneur de Milan pour le conduire par 
le royaume. Si vous voyez ce gentilhomme, vous le trou- 
verez fort galant homme et des meilleurs amis que j'aie au 
monde. 

Si mon cousin veut venir à la frontière , il sera très-bien 
venu, et quant à l'incommodité qu'il recevra lui-même pour 
le logement, il ne m'en saurait donner aucune, au contraire 
beaucoup de joie. Il faudrait qu'il s'y rendît dans le 8* mai, 
au plus tard. 



XXXVII 

A Hendaye, ce 4* juin 1660. 

Je fis hier voir la cérémonie dû mariage à mon cousin , 
auquel je me remets de vous en faire la relation '.Je ne lui 
ai point encore parlé de votre désir qu'il s'en retourne d'ici 
vous trouver. Il serait lui-même incommodé d'en user au- 
trement, à cause de la disette de logements dans la marche 
d'une cour si nombreuse. Je crois qu'il sera satisfait de la 
parole que vous lui donnez qu'il verra Paris , quand mon 
père y viendra. 

Que dira votre homme, qui sait toujours plus que tous 
les autres de l'avenir et des affaires , de s'être si fort trompé 



lieutenant général de Pile de Madagascar en 1666, emprisonné à son retour 
en France, reconnu innocent et mort dans le château de Saumur, en 1671. 

(i) La cérémonie du mariage de l'infante Marie-Thérèse avec Louis XIV 
se fit le 3 juin 1660 dans la principale église de Fontarabie et fut renouvelée 
le 9 à S^t-Jean-de-Luz. 



: \ 



>'] 



148 LETTRES INÉDITES 

en ses jugements sur le fait de la paix et du mariage ? P01 
moi , qui ne suis pas si subtil, j^étai^ dès Lyon aussi assu 
de Pun et de Tautre que je le suis aujourd'hui, dès la pr 
mière conférence que j'eus avec M. dePimentel. Les gran 
hommes sont les plus sujets à se tromper. Je voudrais bi 
voir le discours qu'aura fait M. votre beau-frère quand 
aura porte le traité au parlement. Vous avez vu que je 1 
ai tenu parole. 

Blanc m'a écrit sur l'assassinat qui a été commis en 
personne. Je vous prie de lui dire et à tout le monde que 
ne suis pas d'humeur ni en volonté de protéger aucune vi 
lence ni mauvaise action. M. de Saint-Pierre ferait bien, : 
suit mon conseil, de tâcher à retirer son argent de sacharj 
On m'a dit que le pays s'offre de le rembourser. M. de Cl 
teaudoublc m'a parlé de quelque pensée, que M. son pi 
vous expliquera. Je l'ai assuré que j'y contribuerai vole 
tiers en ce qui peut dépendre de moi. 



, XXXVIII 

A Berni, ce i3* août 1660, 

Votre dernière est du 4!^ du courant. Je l'ai reçue a^ 
Tordre du sieur de Gourville que je vous avais demanc 
dont je vous rends mille grâces. Vous trouverez ci-joint 
récépissé que vous avez désiré. Je l'ai déchiré, afin qi 
n'en puisse arriver d'inconvénient si le paquet s'égarait. 

Je me réjouis de l'arrivée de mon cousin * auprès de voi 

(i) Joachim de Lionne. 



DE HUGUES DE LIONNE. I49 

J'étais en inquiétude qu'il pût être tombé malade en 
chemin. • 

II n'appartient pas à un chacuç de se mêler de faire le 
poète. Je n'ai jamais vu des vers plus plats que ceux du 
poème qu'a voulu brouillasser mon cousin Servien '. Il ne 
sait pas même les premières règles de l'art. Ne lui donnez 
pas le déplaisir de lui dire rien de ce que je vous en écris : 
peut-être le manderai-je moi-même en ami. 

Mgr le cardinal se porte de bien en mieux. J'ai visité 
M. et Madame de Chevrières et Madame de Rochefort^. Le 
sieur avait pris médecine et je ne le vis pas. Ce sera pour 
une autre fois. 



XXXIX 

A Paris, ce 17* septembre 1660. 

J'aî reçu votre lettre du 8* du courant et été ravi d'ap- 
prendre l'affermissement de la santé de mon père et sa cons- 
tance dans sa première résolution de nous venir voir. Ce ne 
sera jamais sitôt que je le souhaite^Nous allons la semaine 
prochaine faire un voyage à Compiégne et à La Fère de 
quinze ou vingt jours. Je souhaite passionnément que le 
temps de votre arrivée soit celui de notre retour. Cependant 
cela ne doit point retarder votre venue, car je reviendrai 



(i) Abel, président à la Chambre des comptes de Pignerol. 

(2) Madame de Rochefort, femme de Louis de Rohan, duc de Montbazon , 
pair de France, grand-veneur, mort en 1G67. 



pcuT VQU5 recevoir qu<izd rappreodrmi fQtre approche, et 
5<i peut aîîuridenr c^ un seul jour en un carrosse de 



Ma coiisine de Virces ' m'a écrit et me conte dans la fio 

de sa letn^e cne prière d\igreer qae son fils accompagne ici 
moa père, poar épargner, dît-eile, la dcpense du chemin et 
manger quelque temps a sa table. Je tous jure que j^ai toute 
Ij compaic^ioa poâsicLe de L'état où elles sont fsio, nuds je 
vous prie de détourner ce comparse, que, entre tous et moi, 
aux aoaires que i ai, je n'ai pas besoin d*aToir toujours 
devant les yeux des objets changeants et qui le sont encore 
davantage à cause de la parenté^ quoiqu^on les aime, parce 
qu'on ne veut pas touîours dire qu'on désire d'être à soi. 11 
y a longtemps que ie ne Tai vu ; mais il me semble qu'il n'a 
pas la présence trop avenante, ni la conversation fort char- 
mante , et il ne se peut , en toutes façons, que je n^en fusse 
embarrassé, soit qu'il vînt avec mon père, soit qu'il voulût 
venir seul, sous prétexte de me solliciter, ce qu'il fout em- 
pêcher également. A'ous pouvez assurer ma cousine que je 
n'ai point besoin de sa présence pour songer à lui, et que 
je ferai mon possible pour lui trouver quelque trou ou pour 
lui faire donner quelque petite pension sur quelque bénéfice, 
qui lui donne moyen de couler le temps avec moins d'in- 
commodité qu'il ne fait. ^ 

Tout ce que M. Aimé me portera de votre part, Je m'em- 
ploierai avec chaleur pour le faire passer à M. le chancelier, 
et il faudra qu'il soit bien extraordinaire si je ne l'obtiens. 
Mais, comme je n'entends pas ces matières-là, il me fout 
mâcher les morceaux, et je réponds quasi que je les ferai 
avaler. 



(i) Madeleine, fille de Jean-Baptiste de Franc et dlsabeau de Lionne, 
mariée à Joseph Briançon de Varces. 



DE HUGUES DE LIONNE. l5l 

Je pense pouvoir dire que jVurai la charge dç chancelier 
de la reine. Une offre qu'on a faite de 200,000 écus, qui est 
une pure folie, m'a donné quelque embarras, quoique Son 
Eminence, après cette offre même, a continué à me presser 
de la prendre en pur don de lui; car il y a longtemps que le 
roi lui a donné toutes les charges de la maison de la reine. 
Mais je n'ai pas cru devoir accepter une si ample libéralité, 
fïi lui causer, pour mon intérêt, un si grand préjudice. Il 
pi'en coûter^ une somme assez considérable , mais j'espère 
que le roi me dédommagera d'ailleurs. 

Du 22« septembre 1660. 

Cette lettre, que j'aurais écrite dès l'ordinaire passé, étant 
demeurée sur ma table, parce que je couchai à Vincennes le 
jour qu'il partit, j'y ajoute une expédition du roi que mon 
père m'a demandée pour un capitaine du régiment de Sault, 
de ses amis. 

Vous lui écrirez aussi, s'il vous plaît, si déjà vous n'êtes 
ensemble, qu'il avait eu un bon avis que les compagnies 
de ^ seraient envoyées à Gap. Tout ce que j'ai pu ob- 
tenir a été qu'il n'y en ira qu'une des deux, ce que M. Le- 
tellier m'a promis ce matin. 

Quant à la charge de chancelier de la reine, la chose a 
changé de face, parce que je l'ai désiré de la sorte. Le roi 
me donne 100,000 écus comptants et je la laisse vendre ce 
que les fous, qui n'ont pas les entrées et les avantages que 
j'ai d'ailleurs, en voudront donner. J'ai considéré que cette 
charge ne me relèverait en rien au-dessus de ce que je suis ; 
qu'il fallait donner d'abprd 200,000 francs ou bien près aux 



(i) Lacune dans le manuscrit. 



r 



l52 LETTRES INEDITES 

héritiers de M. de Bourdeaux; qu'elle ne vaut que 7,000 
francs de gages ou d'appointements, et qu'elle peut se per- 
dre par trois morts. Enfin, j'ai considéré que 100,000 écus 
comptants sur le prix de la charge étaient un présent assez 
honnête pour une seule fois et qu'il valait mieux les prendre 
que si j'en donnais 100,000, parce qu'elle m'eût tenu lieu 

de 209,000 écus et qu'à moins de trouver des fous qui ' 

à la cour, à quelque prix que ce puisse être, la charge n'en 
vaut pas 100,000, comme en effet M. de Bourdeaux n'en a 
payé que 60,000 *. 



XL 



A Paris, ce 26* novembre 1660. 

Je suis en peine de n'avoir point de vos nouvelles il y a 
longtemps, ni de ce à quoi se sera enfin déterminé mon père. 
Cependant j'ai cru vous devoir informer comme mon oncle 
l'ambassadeur ^ me presse par ses dernières lettres de mé- 
nager ou que le traitant reprenne son péage de Saint- 
Saphorin *, en le remboursant raisonnablement pour le faire 



(i) Lacune dans le manuscrit. 

(2) Il ne faut pas confondre cette charge de chancelier de la reine, femme 
de Louis XIV, avec celle de secrétaire des commandements de la reine- 
mère, que Hugues de Lionne avait cédée, en i653, à Montigny-Servien , 
pour acheter l'office de grand-maître des cérémonies de Tordre du Saint- 
Esprit. 

(3) Ennemond Servien , ambassadeur en Savoie. 

(4) Le péage de Saint-Symphoricn-d'Ozon sur le Rhône appartenait en 
1233 au seigneur de Beauvoir de Marc. Il était affermé en i365 pour la 
somme de 770 florins et fut vendu le 3o août i638 par les commissaires 
du roi. 



DE HUGUES DE LIONNE. l53 

révoquer comme les autres, ou que je lui fasse obtenir un 

ôrrêt du conseil qui ordonne au commissaire du Louvre de 

lui en passer contrat de vente sur la quittance qu'il a de Té- 

pargne, comme il a été pratiqué en faveur de M. du Passage 

pour Saint-Georges ^ et pour d'autres, présupposant que 

quand MM. les commissaires de Dauphiné nommés par 

S. M. pour l'aliénation des doublements des péages ne se 

trouveraient pas révoqués facilement, comme ils le sont, par 

l'édit de révocation desdits doublements, on pourrait obtenir 

ledit arrêt, et ne doutant pas, comme je n'en doute pas 

aussi, que les commissaires du Louvre ne lui fassent grâce 

entière de leurs droits, la lui ayant déjà faite ci-devant en 

une autre rencontre, au lieu que Messieurs vos compatriotes 

prétendent de tirer de lui ii,5oo livres dudit doublement, 

^uoiqu'en l'année i638 Messieurs les commissaires n'aient 

3ris que 3,i5o livres pour l'aliénation de l'ancien , qui était 

lussi solide et assuré que le doublement l'est peu et qui 

railleurs est de plus grand revenu, parce qu'il s'exige sur 

les sels, ce^qui n'est pas pour le doublement. Cela lui sera 

i^autant plus dur, à ce qu'il dit, et que je le comprends fort 

bien, que, perdant déjà une grosse somme qui lui était due à 

répargne, qu'il a employée pour cette acquisition, outre une 

somme considérable d'argent comptant, on lui en ferait 

payer de surcroît des droits excessifs pour aggraver sa perte, 

et comme je prévois qu'il mè sera diflBcile de me, défendre de 

le servir en cela pour l'obtention dudit arrêt, et que d'autre 

part j'ai toute la considération que je dois pour Messieurs 

lesj commissaires de Dauphiné, j'ai cru qu'ils voudraient 

bien me faire la grâce de modérer leurs droits à ma suppli- 



(i) Olivier de Saint -Georges, baron de La Roche, commandant en 
Poitou, mort en 1704. 

I I 



l54 LETTRES INÉDITES 

cation très-humble , par votre entremise, i la même somme 
de 3,i5o livres, tous droits compris des iatendants des 
Chartres, qui fut payée en i638 pour Tancien, et que par ce 
moyen , si mon oncle n'avait son entière satisfaction, il serait 
au moins soulagé et mesdits sieurs les commissaires auraient 
les mêmes droits qu'ils avaient en i638. Quand ces Mes- 
sieurs sauront, par votre moyen, que ceux de Toulouse, où 
mon oncle n'a ni parents ni amis qu'il connaisse de vue, ont 
beaucoup modéré leurs droits en son affaire de Lemd , pos- 
sible qu'ils n'en voudront pas faire moins, étant presque 
tous nos parents et les autres nos amis et tous compatriotes 
ou ses confrères; ce qui n'était pas d'ailleurs de plus. C'est 
leur propre avantage, car il proteste qu'il se laissera plutôt 
écorcher que de rien payer dans l'incertitude où il voit cette 
affaire particulière et les autres générales de cette nature. H 
dit même qu'on pourrait le blâmer de folie s'il en usait au- 
trement, et que la plupart de ces Messieurs mêmes ne lui 
voudraient pas conseiller, s'il leur en demandait leur avi^ 
en particulier. C'est ce qui l'oblige à se plaindre extrême' 
ment, et ce me semble avec raison , de ce que ces Messieul*^ 
parlent de s'en faire payer sans attendre qu'il levât son coC^' 
trat, quoique, en terme de justice, il ne leur soit dû auca^ 
droit, pour légitime et modéré qu'il soit, que lorsque ïaC^ 
quéreur lève le contrat. On a laissé jouir paisiblement I^ 
traitant de tous les autres doublements sans le troubler^ 
sous prétexte de leurs droits, à ce qu'il m'assure. A la vérités 
il me semble qu'il y a beaucoup de rigueur de le traiter 
plus mal pour celui de Saint-Saphorin, puisqu'il en jouiC 
aussi sous le nom dudit traitant. Je vous dis succinctement 
toutes ces raisons, qui me semblent bien fortes, afin qu'il 
vous plaise de choisir les meilleures et d'en rendre capables 
ces Messieurs, qu'il me proteste d'avoir toujours honorés et 
servis en tout ce qu'il a pu, sans jamais en avoir désobligé 



DE HUGUES DE LIONNE. l55 

aucun. Je saiâ combien vous êtes son ami et combien il le 
croit : ce qui me fait juger que vous aurez plaisir de vous 
employer en cela pour la satisfaction commune avec votre 
prudence accoutumée, et de me sortir, en mon particulier, 
de ce fâcheux pas, en quoi vous rendrez autant d^ofiîce à 
Messieurs les commissaires qu^à lui; car vous jugez bien 
que ni M. le chancelier ni M. le surintendant ne me refuseront 
pas tous les arrêts que je leur demanderai pour si peu de 
chose et où le roi n'a aucun intérêt. Cependant j'en serai en 
mon particulier extrêmement obligé auxdits sieurs commis- 
saires et à vous *. 



XLI 



A Paris, ce 3* décembre 1660. 



J'ai reçu votre lettre du 21* du mois passée qui ne m'a 
rien appris que ce à quoi je m'attendais déjà, qu'il ne vous 
réussirait pas de faire démarrer mon père avant Thiver. 
J'aurais été ravi qu'il eût pu se résoudre à venir dans l'au- 
tomne, mais, dès que j'ai vu la mauvaise saison arrivée, 
j'aurais été très-fâché qu'il eût hasardé un si long voyage en 
l'âge où il est, et, ne recevant pas de vos nouvelles, j'étais 
déjà en grande inquiétude qu'il ne se fût mis dans ce risque, 
qui sont des fautes qu'on ne fait pas deux fois en sa vie, 
quand on est si avancé dans sa course. Je suis seulement 
fâché de la longue pénitence que vous aurez faite dans le 



(i) Deux arrêts du Conseil, des 3i janvier i633 et 21 avril 1664, réglè- 
rent les penotrte» des péages qui se levaient sur l'Isère et stir le Rhône. 



I?0 LETTRES IXEDITES 

séiour de Gap« qui n'est pas, à mon sens, fort charmant pour 
qui a ses affaires et ses divertissements ailleurs. Je voudrais 
bien qu'il vous eût plu de me mander, et je vous prie encore 
pour satisfaire ma curiosité, sans autre dessein, le détail des 
belles affaires qu'a faites Dupré % et en quoi consiste pré- 
sentement le travail que mon père se donne la peine de 
faire. 

Je n*ai point encore vu ici M. de La Berchère. Il a pris la 
peine de venir deux fois céans sans m'y rencontrer et je ne 
sais pas son logis. Je m'en informerai demain de quelques- 
uns de nos Dauphinois. 

y ai fait donner une pension de 2,000 francs à mon cousin 
de Champfagot sur Tabbaye de Saint-Sulpice * , qui avait 
été promise à M. de Montholon ^ avant que j^eusse aucun 
avis de la vacance. 

J\\i déjà touché 80,000 écus de ce que le roi m'a donné 
pour la charge de chancelier de la reine, quoiqu'elle ne soit 
pas encore donnée ou vendue; les 20,000 autres sont assu- 
rés. Je vous prie de le mander à mon père et d'y ajouter de 
ma part qu'il n'a pas besoin de se crever le peu qui lui reste 
de vue à chiffrer *. 

Mon cousin de Varces est arrivé ici lorsque j'y pensais ^^ 
moins. Je travaille à lui trouver quelque place où pouva^^ 
subsister; mais j'appréhende qu'avant que l'occasion ^^ 
arrive son argent ne lui manque. 



(i) Ce Dupré était régisseur des biens et des revenus de Tévêque de Gap^ 
Sa probité laissait, paraît-il, fort à désirer. 

(2) Il y avait alors quatre abbayes de Saint-Sulpice. 

(3) François de Montholon, d'abord avocat au parlement de Paris, con-^ 
sellier d'État ^n 1645, mort en 1699, ^ ^'^8^ ^^ 79 ^"*- ^^ *^**^ épousa 
Louise Lasnier. 

(4) L'évéque de Qap s'occupait en effet beaucoup de mathématiques et, 
entre autres problèmes, de la Lunule dHippocrate. 



DE HUGUES DE LIONNE. ibj 

suis en marché d'une maison dans Paris, lequel se 
uant, je m'en donnerai pour 100,000 écus ". Je vendrai 
enne 40,000 *. 



XLII 

A Paris, ce 2i* décembre 1660. 

i écrit en substance à mon oncle Tambassadeur tout ce 
ous m'avez mandé sur son affaire, et je vous prie de 
I écrire aussi confidemment toutes vos pensées, prenant 
î que, comme il se laisse prévenir par les siennes, il faut 
rer d'y adhérer entièrement et en ce que vous ne 
•ez pas faire en témoigner autant de déplaisir que lui. 
nUnformerai de la valeur de l'abbaye de Montpeyroux ^. 



.a dépense pour la construction de cet hôtel ne dépassa guère, chose 
are, Testimation* première. Elle s'éleva à 3o2,ooo livres, dont 70,000 
î terrain et 232,000 pour les travaux. C'était une somptueuse habi- 
ivecde magnifiques jardins. Hugues de Lionne s'y installa en 1664 
àmille le vendit au commencement du siècle dernier au premier 
nt de Pontchartrain, qui lui donna son nom. Il fut ensuite acquis 
uis XV, pour le ministère des finances. Sous la Restauration on y 
î ministère de l'intérieur et l'administration de la Loterie. Enfin, de 
1828, des travaux d'édilité le iîrent entièrement disparaître, ainsi 
nom de la rue de Lionne. 

'était probablement la maison située rue Vivienne, qui lui venait de 
ne et qui effectivement avait été évaluée 120,000 livres dans lecon- 
mariage. Si dans la dot de Paule Payen figurait réellement un hôtel 
25o,ooo livres, on ne voit pas pourquoi Hugues de Lionne aurait 
s la nécessité de vendre le sien et d'en construire un autre à grands 
ir l'emplacement de plusieurs autres habitations. 

'abbaye de Montpeyroux en Auvergne, diocèse de Clermont, ordre 
aux, fondée par Faucon de Jaligny, en 11 26. 



L csz Tt''.*'sriLrr. ^àjsjx àt iûre tomber un évêché i un " ' 



:rjt zzi z'ssz pLs cocrsis. et peut-être la conscience y 



eçc irttTissèt. L Σjirï^^ q:;'il fît ses proposhions plus en 
fc-r=jî. zir lOA&jt sczlit dc rant pas révèchc. 

Dès q 2e M ÀÎTjt ir« dira ce qn*îl dut que je demande 
prtzliizrjf^z à M. îî chasccîjcr. firai exprès chez lui pour 
Te:: s:«ljc::£r. 

M. ce Sar::-Ptrre. qu: m'a vu sourent, ne m^a point 
e^cc-re parlt de sic à^rc. Si îe crois d'y servir M. de 
ChlîeîuiouKc en la manière doDt vous m'écrirez, je n'en 
perdra: pas roccasioE. 

Je vo'js a; écriz en faveur du comte de Vie *. Je vous prie 

de faire TimpossiKe dans son aâaire. Sa partie, qui est un 
Musnîer-Lanîge, conseiller en ce parlonent et d^ailleurs 
grand ivrc^ne ei M. feu« a fait ici rage contre moi dans mon 
grand procès, et je serais ravi qu'il fût tondu, pourvu que 
ce soit sans injusdce. 



XLIII 

A Paris, ce 3i* décembre 1660. 

J'ai été surpris et touché de ce que vous me mandez de 
Tarrêt de Messieurs de votre parlement de faire des remon-. 
trances pour la révocation du péage de Saint-Saphorin. Le 



(1) Dominique de Vie, seigneur d'Érone, Nouville et Morard, mort en 
ir)7f). Il K^ëtait marié deux fois : en premières noces avec Marie de Bar et 
eu secondes avec Marie Bossan, en 1664. Son père avait été commissaire 
eu Duuphiné pour l'exécution de l'édit de Nantes. 



DE HUGUES DE LIONNE. I Sq 

Dauphiné ne paie que ia moindre partie de ce péage. Il me 
semble que ces Messieurs pouvaient bien avoir quelque 
petite considération pour moi, après m'être conduit comme 
je Tai fait dans la conjoncture de la suppression de la cour 
des aides, à la tête de laquelle j'avais un proche parent ', et 
cela seulement pour les servir. Mais je reconnais aujour- 
d'hui, trop tard, que qui oblige un corps n'oblige personne. 
Je pourrais pourtant sur ce même intérêt-là leur être bon à 
Tavenir à quelque chose : mais il les faut laisser faire et entre 
eux. M. le président de Charmes, qui, comme bon parent 
de mon oncle *, écrit de deçà fortement pour la révocation 
dudit péage de Saint-Saphorin, afin de maintenir son crédit 
dans la compagnie. 

Le bruit s'étant divulgué de deçà que mon père revient et 
que j'ai dessein de lui faire permuter son évêché contre des 
bénéfices simples, je reçois depuis quelques jours des propo- 
sitions de toutes parts, dont même il y en a de fort avanta- 
geuses et qu'il ne tient qu'à moi de conclure quand je vou- 
drai. Mais pour cela la principale pièce me manque, qui est 
de savoir le revenu au vrai de l'évêché, parce que, comme 
vous jugez bien, c'est toujours la première question qu'on 
me fait. Mon père m'en avait bien autrefois envoyé un état, 
mais je ne veux pas prendre pied là-dessus depuis que nous 
avons su les friponneries de Dupré, qui n'aura pas manqué 
de lui cacher à lui-même la véritable valeur dudit évêché. 



(i) Hugues Jannon petit-fils de JofFrey Jannon et de Barthelémianne de 
Lionne, procureur général à la cour des aides de Vienne, grand ami de 
Chorier, qu'il logeait chez lui. Informé de la prochaine suppression de 
cette cour, il se démit en i658 de sa charge et devint obéancier de l'église 
de Saint-Just de Lyon. 

(2) Jacques Coste, comte de Charmes, et Humbert de Lionne étaient 
neveux de Claude de Portes et par conséquent cousins germains. 



mon père 
=: de ses principaux ol^ets doit 
jsLcsilù mrcna annuel dudit 
ccraîs pas être trompé, je ne 
"socrne. Cependant je suis si 
q:^ zie parlent pour cette per- 
r: -tii: c ^ li. - iz-^^izz Sv'fr.^ qu'îi ne ÊLUt pas laisser cor- 
rjczrri ij— ? ies j:c:fzis:zrs Li bocté de cette conjoncture et 
i< ivi::tiâ:« çuzc j re-t mcrer. je tous prie de me faire 
JL five j.r cu-e, i:i5k':::c --e vccs aurez reçu cette lettre, vous 
i^péchisii :ir r:essu:ir i Gap, que mon père paiera, par 
lequel vous lui deciirdiez de ma part un état au vrai du 
revenu de sor. évèchë er de ro^t le détail, présuf^xisantquHl 
sera bien plus f.-^rt que le dernier qui me fut envoyé par le 
ministère de Durre* lequel a\-a:t intérêt de le faire de pcO 
Je valeur pour avoir plus de moyens de friponner dessus^' 
J attendrai ceue pièce avec grande impatience, et après ravoi^ 
eue ie ne conclurai pourtant rien que sous le bon plaisir d^ 
mon père « tant pour les conditions de la permutation qu 
pour [élection de la personne, ann que sa conscience soit 
repos , quoique ce soit plutôt au roi et à son confesseur d^ 
examiner les qualités qu à mon père, qui ne peut pas con — 
naître les sujets qui méritent ou non Tépiscopat. 

Je vous prie aussi de me faire une prompte réponse sut — 
rinformation que je vous demandai, il y a quelques jours, 
d'un certain revenu dans le Brianconnais. 



XLIV 

A Paris, ce 17* février 1661. 

Je ne sais, mon cher oncle, ce que vous avez pensé de 
mon long silence, mais je sais bien que quand je serais dix 
ans sans vous écrire, vous ne devriez pas croire que je fusse 



DE HUGUES DE LIONNE. l6l 

autre que je Tai toujours été. Un nombre infini d'occupa- 
tions, dont j'ai été surchargé depuis deux mois plus qu'à 
l'ordinaire, m'a fait remettre d'une semaine à l'autre à 
prendre la plume, et à présent je me trouve bien en peine 
quelle bonne excuse je pourrai vous donner, et par cette 
raison je n'en chercherai point que dans votre seule bonté. 

Je viens de* recevoir tout à l'heure des lettres de mon 
cousin de Lesseins " de la cour de M. l'Électeur de Brande- 
bourg, où il a commencé à faire merveilles pour le service 
du roi. Il ne faut pourtant rien publier de delà de son 
voyage et il suffit que vous et M. de Claveyson sachent où il 
est et qu'il se porte bien. 

M. de Veyssilieu *, que j'ai été ravi de voir, m'a remis les 
originaux de mes quittances des augmentations de gages. 
Nous avons déjà bu deux fois ensemble à votre santé et il 
nn'a promis de me faire souvent cette faveur, que j'estime 
fort. 

J'ai reçu aussi les deux exemplaires et un troisième pour 
M. le chancelier de V Histoire de M. Chorier ^. Je ne sais si 
encore aujourd'hui j'aurai le loisir de répondre à sa lettre et 



(i) Humbert de Lionne seigneur de Flandènes, alors ambassadeur près 
de PÉlecteur de Brandebourg. 

(2) Pierre Rabot d'Avrillac, sieur de Veyssilieu, conseiller au parlement 
du 7 janvier 1647, en remplacement de son frère Laurent, décédé le 24 
novembre 1695. • 

(3) Nicolas Chorier, né à Vienne le i" septembre 161 2, reçu docteur en 
droit à l'université de Valence le 6 mai iôSq. Il exerça d'abord la profes- 
sion d'avocat dans sa ville natale. Après la suppression de la cour des aides, 
il vint en juillet 1659 s'établir à Grenoble, où il décéda le 14 août 1692. Il 
avait épousé Catherine Vallier, de laquelle il eut trois enfants, auxquels il 
survécut. 

Chorier a composé et publié un grand nombre d'ouvrages, savoir : 23 im- 
primés et 5 manuscrits, dont M. Rochas a donné la description complète 
dans la Biographie du Dauphiné, t. i, p. 244. 



102 LETTRES INEDITES 

lui témoigner la reconnaissance que Je conserverai toute ma 
vie de m'avoir placé dans son livre si honorablement. Je 
vous prie de me mander confidemment votre sentiment, si 
vous estimez que je doive lui offrir quelque présent et de 
quel prix '. 

En revoyant vos lettres, je vous avoue que j'ai oublîé de 
parler de l'entretien de la transaction de M. de Bressac ' et 
de sa belle-sœur à Messieurs du parlement de Toulouse, 
qui me vinrent voir il y a quelques jours en corps, le premier 
président en tête. Je le ferai à la première occasion. Je vous 
dirai là-dessus que les parlements de Rouen et de Bretagne 
en avaient été de même. Je ne sais encore si M. de La Ber- 
chère et xMessieurs nos compatriotes, après qu'ils auront 
salué le roi, me voudront traiter plus familièrement. N'en 
parlez à personne et laissez-leur prendre 4eur résolution et 
leurs mouvements comme ils voudront. Provence en usera 
comme les trois que je viens de dire. Les autres parlements 
n'ont point de présenté. Il n'y a que Bordeaux qui est aussi 
venu, mais c'était pour ses affaires. 

J'ai été bien aise d'apprendre l'obligation que mon oncle 
l'ambassadeur a à M. le président de Pourroy. Je vous prie 
de lui témoigner que j'y prends beaucoup de part. Faites 



(i) Chorier, qui avait déjà eu Toccasion de complimenter Hugues de 
Lionne à son passage à Vienne, au mois de mai i656, « sur les grandes 
choses qu'il avait faites à Rome, » dédia, comme on le sait, à ce grand 
ministre le premier volume de V Histoire de Dauphiné, paru en i66i.Ce 
dernier lui écrivit pour le remercier et lui promettre ses services. L^occasion 
se présenta plus tard, mais nous ignorons en quoi consista la marque de 
gratitude de Hugues de Lionne pour l'honneur qu'il avait reçu. 

(2) Charles-Jacques de Bressac, conseiller au parlement du 10 septembre 
i65i, en remplacement de François, son frère. Il avait épousé Marie du 
Lieu. Son autre frère, Tabbé I^urent, était aumônier du roi et avmit firit 
Voraison funèbre de Lesdiguières. 



DE HUGUES DE LIONNE. l63 

aussi, je vous prie, un compliment de ma part à M. le pré- 
sident de La Coste sur la mort de madame sa femme *. Je 
ne lui écris point, pour ne pas l'obliger à une réponse. 

Je vous prie de voir le P. Labbé * sur une pensée dont il 
m'écrit de mettre quelque inscription à mon avantage dans 
réglise que les Jésuites veulent faire bâtir ^. Faites-vous ex- 
pliquer tout ce qu'il a pensé là-dessus et combien il dési- 
rerait que je contribuasse. Après quoi je vous ferai savoir 
mon intention. 

A votre commodité, je vous prie aussi de faire compli- 
ment de ma part à ces Messieurs qui ont bien voulu ae sou- 
venir de moi avantageusement dans les vers qu'ils ont mis à 
la tête de l'Histoire de M. Chorier *. Il y a, ce me semble, M. 
Catillon ^ et un Père Gratte ^, Jésuite, et quelques autres. 
Témoignez-leur en obligation de ma part et ^ corres- 
pondre par quelque service. 

Je suis tout à vous. 



(i) Anne Odcyer. 

(2) Pierre Labbé, Jésuite, né en 1594 à Clermont, où il professa long- 
temps la rhétorique. Il devint recteur du collège de Grenoble, puis de celui 
de Lyon, où il décéda le i5 février 1678. 

(3) Cest l'église du lycée de Grenoble. 

(4) Ces vers consistent en un sonnet de François Bonniel , aumônier du 
roi, abbé de Treffort. 

(5) Antoine Bonniel de Cathillon, « dont la vertu et l'érudition étaient si 
parfeiitement connues (Guy Allard), n avocat général en la chambre des 
comptes en 1640, a inséré dans V Histoire de Dauphiné un madrigal en 
l'honneur de Chorier. Il avait accompagné à Rome le duc de Créqui en 
i633. Il est l'auteur d'une Vie de Claude Expilly. Grenoble, Charvys, 
1660. In-4'. 

(6) Claude Gratte, Jésuite, un des plus savants de son ordre, a mis en 
tétc de la même histoire une odejatine où il fait Téloge de Tautcur. 

^7) Lacune dans le manuscrit. 



164 LETTRES INÉDITES 



XLV 



A Paris, ce i5' avril 1661. 

Votre lettre du 3' du courant m'a donné deux joies les 
plus grandes que je fusse capable de ressentir : Tune pour la 
guérison de M. le président de La Coste, dont le mal me 
tenait dans une inquiétude indicible, et l'autre par l'avis que 
mon père doit enfin arriver à Grenoble le lendemain des 
fêtes, et que vous vous prépariez à ne le laisser pas partir 
seul. Il me semble que cette lettre le doit trouver chez vous, 
selon le calcul que je fais. Il faut le conseiller de ne faire que 
de petites journées et toujours par des voies qui ne lui 
donnent-pas plus d'incommodité que s'il se promenait pour 
ses plaisirs à demi-lieue de Gap. Je ne voudrais pas que 
notre voyage de Fontainebleau le décourageât. Je prétends 
lui donner, pendant notre petite absence, une compagnie 
qui ne le réjouira et ne le divertira pas moins que si nous 
étions tous ensemble, et de la lui donner même à Berni, 
quand il viendra aux beaux jours de l'été. • 

J'ai fait ce qui m'a été possible pour sauver à M. de 
Chissé ' la compagnie du pauvre feu chevalier, mais j^avoue 
que je n'ai su que répondre quand le roi m'a demandé si je 
voudrais lui conseiller moi-même de donner cet avantage à 



(i) Claude de Chissé, seigneur de La Bâtie, de Crest et de Céry, marié 
en 1645 à Bonne de Montferrand. La famille de Chissé a fourni quatre 
évêques de Grenoble, un gouverneur de Romans, etc. Elle s'est éteinte 
vers 1680 par cinq frères, tous braves officiers, qui ne laissèrent qu'une 
sœur, Marguerite, qui épousa Claude de*ChauInes, président au bureau des 
finances de Dauphiné. 



DE HUGUES DE LIONNE. l66 

un homme qui avait tiré Tépée contre lui, au même temps 
qu'il est obligé de casser encore cent trente-six capitaines 
qui Pont toujours bien servi. 



XLVI 



Ce jeudi matin 1661 *. 

Monsieur le procureur général me remet de jour à autre, 
sous prétexte qu'il cherche un fonds et qu'il le trouvera avec 
M. Pélisson, Monsieur donnant toujours et confirmant sa 
parole que c'est une chose assurée; mais comme je crains 
que cela ne traîne encore quelques jours, j'ai songé que si 
vous êtes pressé pour vos autres affaires de vous en re- 
tourner, je pourrai aussi bien vous écrire à Lyon qu'à 
Paris ce que j'aurai fait. Je suis même fâché de ne m'en 
être plus tôt avisé, car j'appréhende bien que vous ne vous 
soyez beaucoup ennuyé dans cette attente *. 

Il faut faire corriger, s'il vous plaît, la faute qui s'est 
glissée dans Tune des quittances d'augmentation de gages. 
J'en écris à M. de Rives. Je crois que cela se peut faci- 
lement avec un canif, sans qu'il y paraisse. 



(i) Billet écrit à Humbert de Lionne, qui se trouvait alors à Paris. 

(2) Joachim de Lionne a mis cette note marginale : a Monsieur de Lionne 
» asseure icy son oncle que M. Fouquet luy asseure un fonds décent vingt 
<» mille livres, qu'il faisoit donner à mon père, sur ses bons services dans 
■ la province. »> 



l66 LETTRES INÉDFTES 



XLVII 



A Fontainebleau y ce 3i' juillet 1661. 

J'ai été surpris de ne voir point arriver ici mon cousin 
avec mes enfants , qui ont vu le ballet fort commodément. 

Je vous donnerai avis quand on le redansera , s'il veut 
venir prendre ce divertissement et vous-même aussi. 

Ayant su que Gourville était sur le point d'aller à Paris 
faire un tour, je fus hier chez M. le surintendant, qui me 
reconfirma toutes les paroles qu'il m'avait données et me dit 
même d'envoyer prendre les billets dudit Gourville avant 
son départ-, ce que j'ai fait, et je verrai tantôt ledit procureur 
général pour les faire assigner. Il est vrai qu'il m'a dit qu'il 
voulait parler auparavant à M. Pélisson, qui a un certain 
fonds que M ' croit consommé. 



XLVIII 



A Saint-Germain, ce 18* août 1661. 

Je participe d'ici bien avant à la juste satisfaction que vous 
aura causée l'arrivée en bonne santé de mon cher cousin au- 
près de vous et qu'il ait trouvé en bon état tous vos malades. 
Il me parla autant bien que vous le pouviez désirer ({uand 



(i) Lacune dans le manuscrit. 



DE HUGUES DE LIONNE. 167 

il me fit la feveur de me venir dire adieu à Saresne % et je 
suis assuré qu'il vous donnera toujours toute sorte de con- 
tentement de sa conduite^ quand il connaîtra vos intentions, 
car il est du meilleur naturel du monde et le plus accom- 
modant. 

Ma cousine de Varces m'a écrit une grande lettre sur la 
nécessité où est son fils. J'en suis fort marri, mais je n'y 
saurais guère faire plus que je fais. Je lui ai procuré un em- 
ploi dans la garnison de La Fère, où il pourra avoir six cents 
livres par an, s'il veut y demeurer. Cependant il s'en veut 
aller, à ce qu'il m'a dit, en Dauphiné, et je lui fis dernière- 
ment donner encore dix pistoles pour cela , après plusieurs 
autres assistances que je lui ai données. Je vous prie défaire 
réponse pour moi à ma cousine , c'est-à-dire des excuses de 
ce que je ne suis pas en état de faire davantage. 



XLIX 

A Fontainebleau, ce 24» août 1661. 

Je prends la plume pour me condoloir avec vous de la 
^erte^ que nous avons faite de M. le président de La G>ste. 
Vous serez rentré à Grenoble dans une conjoncture bien 
fâcheuse, et je crains bien que vous ne vous affligiez trop 
de ce coup. Je vous prie que ce ne soit pas au point que 
votre santé en puisse être altérée. J'écris un mot sur cet 



(i) Où Hugues de Lionne avait une maison de campagne. 



l68 LETTRES INÉDITES 

accident à M. de Montbivos ', que je qualifie maintenant du 
nom de feu son père. 

Vos billets sont allés à Paris pour quelques expéditions 
quMl y faut faire. Je Tai su parce que j'avais envoyé chez 
M. Pélisson pour les retirer. Reposez-vous sur moi que 
cette affaire ira bien , au moins si Dieu me donne assez de 
vie pour en voir le bout et que je conserve quelque crédit. 

Je suis tout à vous. 



A Fontainebleau, ce 17* septembre 1661. 

Je commencerai par vous protester que je vous renverrai 
vos lettres toutes fermées si vous continuez à m'y donner le 
titre que je suis bien éloigné de prétendre ni de mériter. 

Vous aurez déjà su le coup de foudre tombé à Nantes 
sur M. le surintendant * et le soin qu'a eu la bonté de 
prendre le roi de m'envoyer quérir dans le même temps 
pour m'assurer que cela ne me regardait nullement ; que 
les fautes étaient personnelles et qu'il savait bien que je 
ne pouvais avoir aucune part imaginable aux sujets de 



(i) A la mort du président Claude Simiane de La Coste, son fils Fran- 
çois, conseiller, puis président au parlement, prit le nom de Montbivos. Il 
se maria avec Anne Pourroy, qui lui donna deux fils : Pàbbé de Marcflltc 
et le comte de Simiane, qui fut premier écuyer de Madame et maréchal de 
camp. 

(2) Le surintendant Fouquet fut arrêté à Nantes le 5 septembre 1661. — 
Voyez Chéruel, Mémoire sur la vie publique et privée de Fouquet, 2 vol. 
in-8". Paris, X862. 



DE HUGUES DE LIONNE. 169 

plainte que lui avait donnés ledit sieur surintendant ; qu'il 
^tait d'ailleurs très-satisfait de mes services, et que je 
continuasse à les lui rendre '; et en effet il m'a traité depuis 
-ela aussi bien que jamais 'et avec la même, voire plus 
»rande confiance qu'auparavant. Vous pouvez juger ce- 
pendant quel a été mon déplaisir de la disgrâce d'un tel ami *. 
le qui accroît encore la douleur que j'en ai , c'est que 
^appréhende qu'elle ne vous soit bien préjudiciable dans 
a suite; car, encore que par bonheur, deux jours aupa- 
avant, j'eusse retiré de M. Pélisson ce qui vous regarde ^, 
e ne vois pas bien maintenant par quelle voie m'en 
servir : les expéditions n'ayant pu être mises sur le registre 
le M. Colbert *, et je n'ose pas même en parler, de peur de 
router cher à celui qui vous a voulu favoriser, sans que cela 
b^ous serve de rien. Je prendrai conseil et ferai le mieux qu'il 
me sera possible pour votre avantage et pour sauver votre 
intérêt. Du reste, la personne du monde qui aura à l'avenir 
le moins de crédit aux finances sera moi , et je ne sais même 
si je pourrai retirer les 4,000 francs dont j'ai donné ma 
promesse à Gourville; mais c'est la moindre chose que 
je considère. Je vous remercie de l'enregistrement de mes 



(i) Les paroles de Louis XIV que cite Hugues de Lionne sont textuelle- 
ment rapportées par de Brienne (Mémoires, chap. XX, p. 207), qui était 
présent à la scène. 

(2) La catastrophe de Fouquet effecta profondément de Lionne. Il y ayait 
entre eux, outre de grands intérêts d'affaires et d'argent, des engagements 
pour le mariage du fils aîné du ministre avec la fille du surintendant. II y 
avait même un dédit de 200,000 livres promis par ce dernier. 

(3) Il avait retiré de M. Pélisson une somme de 10,000 livres en faveur 
de son oncle, Humbert de Lionne. 

(4) Jean-Baptiste Colbert, contrôleur général des finances, en remplace- 
ment de Fouquet, qu'il avait contribué à renverser. Né à Reims en 1619, 
mort le 7 septembre 1689. Il eut deux fils : Jacques, qui fut archevêque 
de Reims, et Jean-Baptiste, marquis de Segnelay. 

12 



lyO LETTRES INEDITES 

quittances. Je suis brouillé avec M. le chancelier et 
saurais vous envoyer la permission que désire M. Chorie 
Je verrai si quelque secrétaire du roi la pourra obtenii 
sans que je m'en mêle \ 



LI 



A Fontainebleau, ce i*' octobre 1661. 

Touchant ce que vous avez écrit à mon père sur l'histoire 
que vous auraient faite Madame la présidente Pourroy et 
Madame de Bressac, sa fille, je n'ai à vous dire autre chose, 
si ce n'est que je ne ferai rien que ce que mon oncle l'am- 
bassadeur désirera de moi , et que je suis obligé de suivre 
le pnrti qu'il prendra, tel qu'il puisse être. D'ailleurs, entre 
vous et moi, vous savez par expérience si M. le président 
Pourroy et M. de Vaulxère ont accoutumé de faire grand 
cas de mes prières aux affaires que vous leur avez quelque- 
fois recommandées de ma part. 

J'ai reçu vos lettres des 14* et i8* du mois passé. Je vous 
prie de prendre soin de faire ôter, comme de vous-même, 
tout ce que mon cousin de Lesseins avait ajouté dans l'épître 
dédicatoire de M. Chorier, en l'endroit où il est parlé du 



(i) Cette crainte excessive ne s'explique guère, car le priTil^ mis 
tête du i*" volume de V Histoire de Daupkiné de Chorier porte la date du 
3o septembre 1661, la permission du chancelier Séguier et la signature de 
Coupeau. L'ouvrage était achevé d'imprimer le 10 décembre suivant et, 
malgré les défenses, des exemplaires avaient été immédiatement distribués. 
Enfin Chorier, dans ses Mémoires y dit que le chancelier avait facilement 
iiccordé, par lettres patentes royales, la permission de publier le premier 
volume de VHistoire de Dauphinè. Ces entraves mises à l'impression et à 
la distribution de cet ouvrage ne sont pas mentionnées par les biographes. 



DE HUGUES DE LIONNE. I7I 

conseil et du ministère renfermés en trois personnes % et 
puisquUl y a du temps, à cause des difficultés de la permission 
de rimpression , je serais bien aise de la revoir auparavant 
pour voir comme on l'aura laissée, après la réformation que 
je vous marque *. 

Il sera bien, si vous n'y prévoyez point de difficulté, de 
faire enregistrer mes quittances à la chambre comme au 
bureau , car cela ne peut nuire. On donna hier au conseil 
un arrêt qui retranche le tiers de l'effectif, en quoi je perds 
4,000 livres de rente. 

Je ne doute pas qu'il ne soit allé jusqu'à vous quelque 
chose des bruits qui ont couru à Paris sur mon sujet. Les 
uns voulaient que je me fusse volontairement retiré, les 
autres, que j'en eusse reçu l'ordre, avec Messieurs les maré- 
chaux de Clérembault^ et d'Albret^; ce qui est autant faux 
pour eux que pour moi. Je ne reconnais point. Dieu merci, 
aucun changement ni diminution aux bontés et en la con- 
fiance de Sa Majesté. Je vous dirai même qu'il y a deux 



(i) Les ministres de Lionne, Letellier et Fouquet. 

(2) La longue et louangeuse épître placée en tête de VHistoire de Dau- 
phiné ne contient point le passage dont se plaint Hugues de Lionne. Cette 
dédicacé est précédée d'armoiries, très-bien gravées, écartelées de Lionne 
et de Servien , et suivie d'un sonnet signé François Bonniel , à la date du 
4 août 1661. On n*y lit point ce qu'avait blâmé le ministre, non plus que 
les vers de son cousin. Cependant quelques rares exemplaires offrent des 
variantes contenues en une page. 

(3) Philippe de Clérembault, maréchal de France en 1634, mort à Paris 
en i663. 

(4) César-Phœbus d'Albret , comte de Dreux , maréchal de France en 
1634, gouverneur de Guyenne, mort à Paris, le 3 septembre 1676, figé de 
62 ans. C'est chez lui que la veuve Scarron, qui était sa parente, trouva 
une hospitalité dont elle avait fort besoin et dont au reste elle se souvint 
toujours avec reconnaissance. Le trisaieul de ce maréchal, Etienne, bâtard 
d'Albret, était grand-oncle de Henri IV. 



172 LETTRES INÉDITES 

jours le roi vint céans en mascarade avec Madame * et me 
surprit dans le lit avec ma femme, et si j'eusse été debout, 
on aurait résolu à envoyer quérir les violons pour danser 
dans la grande chambre, dont le lit est à côté*. 



LU 



A Fontainebleau, ce 9* octobre 1661. 

J'ai reçu votre lettre du 26® du mois passé et une autre 
encore depuis, qui vient de s'égarer entre mes mains. Je 
me souviens pourtant qu'en son premier article M. votre 
4)remier président a mieux deviné qu'il ne fît au sujet de la 
paix. Je lui suis fort obligé des pensées qu'il a eues sur le 
mien, et il a mieux jugé que moi-même, non pas que je ne 
me sentisse bien fort sur mon innocence, de quelque côté 
qu'on l'eût voulu attaquer, mais parce que je sais par expé- 
rience ce que peuvent quelquefois les cabales de cour. J'avoue 
que jusqu'ici je n'ai marché qu'en tâtant le pavé et croyant 
trouver un piège à chaque pas. Mais à présent je marche 
ferme et le roi a la bonté de me traiter d'une manière que je 
n'ai rien à désirer au delà, si ce n'est la continuation, à quoi 
je donnerai bien de mon côté tous mes soins et toute mon 
application par mes services. Le roi a voulu que je m'ac- 
commodasse avec M. le chancelier et lui en a dit autant. 
Cela s'est aussitôt achevé sans entremetteur. Je fus hier chez 



(i) Madame Henriette d'Angleterre, duchesse d^Orléans, belle-tœur du 
roi, morte à Saint-Cloud, le 29 juin 1676. 

(2) Pour comprendre ce tableau d'intérieur conjugal et la visite du roî, 
il faut se rappeler que dans les résidences royales les invités étaient logée 
sous le même toit et plus ou moins porte à porte de S. M. 



DE HUGUES DE LIONNE. I yS 

lui et à 4a un nous demeurâmes meilleurs amis que jamais 
et dansjune plus grande liaison. J'ai travaillé ensuite trois 
heures durant chez lui aux affaires du roi et à la fin nou- 
velles protestations d'amitié et d'union. 

Je ne puis encore rien vous dire de plus que ce que je 
vous mandai dernièrement sur votre affaire. Assurez-vous 
que si la chose est humainement possible, elle se fera et je 
n'oublierai rien de ma part dans les temps. Ça a été un des 
incidents qui m'a autant déplu dans les choses qui sont 
arrivées. 

Je vous écrivis il y a quelques jours ce que je désirais 
touchant l'épître dédicatoire de M. Chorier; j'attends votre 
réponse et suis tout à vous. 

Le sens de la devise de mes armes me plaît assez, mais le 
mot scandit ne me plaît pas : il semble qu'il ne s'applique 
qu'à un écolier qui scande des vers. Je crois qu'il serait 
mieux : Superat fastigia virtus ou plutôt même ascendii. 
Quelque Jésuite dira lequel est le meilleur '. 



LUI 

A Fontainebleau, ce 22* octobre 1661. 

J'ai reçu votre lettre du 9% avec l'épître dédicatoire. Il 
faut en ôter absolument les périodes que M. Choricr a 
barrées à côté, qui commencent : Mais quelle disgrâce, et 
toute la suite où il était parlé du conseil de trois personnes et 
un autre endroit où il est parlé de trois instruments. Oter ce 



{1} Le mot scandit a été maintenu dans la devise qui accompagne les 
armes particulières du ministre. 



174 LETTRES INÉDITES 

mot de trois, et tout le reste pourra demeurer *. Mais la 
question est pour le privilège, car je ne crois pas que M. le 
chancelier * l'accorde qu'il n'ait fait lire l'histoire par des 
personnes intelligentes et affidées, à cause qu'il pourrait y 
avoir des choses sur la donation du Dauphiné à nos rois et 
les privilèges de la province, qui ont été la plupart détruits, 
que le roi pourrait avoir intérêt à ne les laisser pas publier', 
et je ne voudrais pas m'exposer à presser M. le chancelier 
de donner cette permission sans faire voir ce livre et qu'a- 
près il s'y rencontrât des choses de cette nature. Puisqu'il 
est imprimé, il me semble qu'il en pourrait envoyer un 



(i) Hugues de Lionne jugeait que dans cette épître dédicatoire il n'était 
pas très-prudent de faire figurer avec éloge, à côté de son nom, celui d'un 
ministre dont la récente disgrâce avait eu tant d'éclat et de laquelle î) s'esti- 
mait heureux de n'avoir point essuyé le contre-coup. Quant à Chorier, 
loin de la cour et tout à son désir de plaire, il n'appréciait pas les incon- 
vénients que pouvait avoir sa citation inopportune. 

(2) Pierre Séguier, duc de Villemer, comte de Gien, pair de France, né 
à Paris le 24 mai i588. D'abord conseiller, puis président au parlement, 
garde des sceaux en i633, chancelier en i635 jusqu'à sa mort, arrivée le 
28 janvier 1672. 11 ne laissa que deux filles, Marie et Charlotte, de son 
mariage avec Madeleine Fabri de Champauzé. 

(3) Malgré la toute-puissance et les titres acquis parla force triomphante, 
Louis XIV ne méconnaissait pas les droits que l'histoire conserve en faveur 
des souverains dépossédés et des peuples opprimés. Il redoutait cette double 
revendication au sujet du Dauphiné , parce que depuis la mort de Charle- 
magne cette province avait toujours relevé des empereurs d'Allemagne ou 
formé un état séparé sous les Bosonides et les Dauphins, à ce point que le 
premier Dauphin français demanda l'investiture et reçut le titre de yicaiie- 
général de l'Empire, et qu'enfin le§ libertés delphinales, stipulées dans Itee 
de cession de ce pays à la France, souvent jurées, avaient été anéanties. 
Ces souvenirs, plus importuns que menaçants, déplaisaient à la royauté. Il 
y avait aussi certains griefs qui n'étaient pas fondés. Ainsi, par etemple, 
la clause de l'acte du 23 avril i343, si souvent citée, que le Dauphiné ne 
pourrait être uni ni ajouté au royaume fors tant comme Vempire y serait 
miy, n'est pas reproduite dans le traité définitif du transfert de notre pro- 
vince, signé, juré et proclamé à Romans, le 3o mars 1349. 



DE HUGUES DE LIONNE. lyb 

exemplaire^ qu'on ferait examiner en peu de temps par 

M. Priezac. 

Je tâcherai de faire en sorte de n'accorder aucune lettre 
pour Toulouse, ni pour M. de Bressac, ni pour ses parties, 
et me servirai auprès de mon oncle , s'il me presse , de ce 
que vous me mandez du peu de reconnaissance de M. de 
Bressac. M. de Lorme ' est aussi éloigné que jamais d'avoir 
un emploi dans les finances. 



LIV 



A Fontainebleau, ce 29» novembre 1661. 

J'ai reçu votre lettre du 16® courant, qui ne m'oblige à y 
ftiire autre réponse qu'un remerciement de vos nouvelles. 

Mes amis de Toulouse m'écrivent pour savoir de moi 
lequel des deux partis Je désire qu'ils servent dans le procès 
de M. de Bressac. J'ai répondu que j'étais neutre et n'en 
recommandais aucun l'un plus que l'autre. Je vous prie de 
le faire savoir à M. le président Pourroy et à sa famille. 

M. Letellier s'est enquis de moi ce matin quelles qualités 
a M. Francon ^, qu'ils ont choisi pour la chambre de justice. 



(i) Delorme (Thomas), né à La Côte-Saint-André vers 1642, avocat au 
parlement de Grenoble, décédé dans cette ville en 1724, auteur de poésies 
publiées à Lyon en i665, sous le titre de Muse nouvelle. In- 12 de 309 pp. 
Il a fait un madrigal précédé de cette mention : Pour Monsieur Chorier, 
sur la continuation de son Histoire de Dauphiné, t. 11. 

(2) François Francon, conseiller au parlement du i5 février 1659. Il fut 
appelé à Paris comme officier de la chambre de justice tirée des parle- 
ments. 



iyb LETTRES INÉDITES 

Je ne lui en ai rien su dire. Je vous prie de me faire confi- 
demment sa description , au vrai. 

Nous retournons jeudi prochain à Paris. Le roi nous a 
dispensés, M. Letellier et moi, de le suivre au voyage de 
Chartres. S. M. m'a promis un logement au Louvre. Je suis 
tout à vous. 



LV 



A Paris, ce 12* décembre 1661. 

Il est venu en troupe à moi une flotte de créanciers de 
M. Forcoal ' et de M. de Marcillac * pour se plaindre que 
mon crédit au parlement de Grenoble leur faisait courir 
risque de leur ruine entière. Je me suis défendu le mieux 
que j'ai pu de cette vanité qu'ils voulaient me donner. 
Cependant il y en a parmi eux de si considérables, et entre 
autres M. de Boutigneux ^, qui est à la reine et que je vou- 
drais fort obliger, que je n'ai pu me défendre de leur pro- 
mettre que je vous écrirais pour suspendre au moins les 
effets de mon prétendu crédit. M. Forcoal a eu grand tort 



(i) Pierre Forcoal, maître des requêtes de l'hôtel du roi. 

(2) François de La Rochefoucauld , prince de Marcillac , grand-maître de 
la garde-robe du roi, né le i5 décembre 161 g, chevalier du Saint-Esprit 
en 1661, gouverneur du Poitou, mort à Paris le 17 mars 1680. Il avait 
épousé Anne de Vivonne, qui lui donna six enfants. 

(3) Jacques-Claude de La Palu, comte de Bouligneux, lieutenant des gen- 
darmes de la reine. 11 épousa Henriette de La Garde de La Trousse, d'où 
vinrent plusieurs fils, parmi lesquels Louis de La Palu, qui fut lieutenant 
général et tué en 1704. 



DE HUGUES DE LIONNE. I77 

de se vanter que je me mélasse dans cette affaire pour le 
^servir, car je suis aujourd'hui réduit à vous prier, comme je 
fais, de témoigner à tous M" les juges à qui vous pouvez 
avoir parlé de ma part, que je ne prends plus aucune part 
à ce procès de quelque manière que ce soit. 

Le dernier article de votre lettre que je reçus hier m'a 
infiniment touché. Je n'aurais jamais cru mon cousin de si 
mauvais naturel que de prendre la conduite que vous me 
marquez avec le meilleur père du monde. Dieu me garde 
d'avoir la pensée de vous aigrir contre lui plus que vous ne 
l'êtes. Je voudrais bien plutôt l'excuser-, mais aucune consi- 
dération ne m'empêchera de dire que s'il ne se remet dans 
son devoir envers vous, c'est-à-dire qu'il ne s'attache à faire 
sa charge, je lui ôterai bien la pensée et le moyen de revenir 
ici, en vous envoyant un ordre du roi qui lui défende de 
désemparer ^ 



LVI 



A Paris, ce i6« décembre 1661. 



J'ai reçu votre lettre du 4^ Mon cousin de Lesseins est 
parti il y a quatre jours en fort bonne santé et meilleure qu'il 
ne l'eut jamais, après avoir pris de son ordonnance cinq ou 
six fois du vin émétique. 

Je n'ai point d'impatience de voir le premier tome de 



(i) Hugues de Lionne veut dire qu'il ferait envoyer à son cousin Joachim 
une lettre de cachet pour l'obliger à résider à Grenoble et à y faire les 
fonctions de la charge de conseiller au parlement. 



178 LETTRES INÉDITES 

l'Histoire du sieur Chorier, puisqu'il n'y parle que de Tétat 
où était notre province au temps des Romains. Il fera mal^ 
à mon sens, de la publier qu'il ne la puisse donner tout 
entière : car la matière du premier tome ne recueillera pas 
la curiosité du lecteur '. 

Je vous remercie des éclaircissements que vous m'avez 
donnés touchant la personne, qualités et talents de M. 
Francon, qui semble être pris fort au naturel dans votre 
lettre. 

Je vous remercie de Messieurs de votre chambre de l'en- 
registrement de mes quittances. J'ai témoigné tantôt à M. 
Aymé que j'étais au désespoir de n'être pas en état de le 
servir pour le petit retranchement qui leur a été fait dans 
les états de la propre main du roi. Je lui en ai donné une 
raison sans réplique, qui est que je ne parlerai pas pour 
moi-même, qui perds, par de semblables retranchements, 
10,000 livres de rente depuis un mois, sans en dire un seul 
mot, quoique le poste où je suis m'en pût donner assez 
d'accès et de moyens -, mais je crois qu'il est juste que chacun, 
en ces temps-ci, contribue à décharger l'Etat de dépenses, 
afin que le roi ait moyen de soulager ses sujets qui en ont 
plus de besoin *..Pour mes 10,000 livres, le compte en est 



(i) Chorier ne suivit pas ce bon conseil : le tome second de son Histoire 
de Dauphiné ne parut que dix ans après le premier. Néanmoins cette pu- 
blication eut beaucoup de retentissement et fît honneur à son auteur. 

(2) Ce retranchement ou procédé financier, que le ministre trouve assef 
naturel , quoiqu'il en soit victime , n'était pas jugé ainsi par les créanciers 
de rÉtat, ce que Boileau a exprimé en disant : 

Plus pâle qu'un rentier 

A l'aspect d'un édit qui retranché un quartier. 

Kt le chevalier de Caillet : 

Nous allions à l'hôtel de ville, 
Et nous irons à l'Hôtel-Dieu. 



DE HUGUES DE LIONNE. I79 

bien aisé : vous en savez 4,000 sur le deuxième quartier 
retranché des augmentations de gages-, 2,000 sur ma con- 
duite-des étrangers, dont le roi prend le tiers, et 4,000 sur 
des aides que j'ai à Châteaudun. Si cette raison ne paie pas 
vos Messieurs de mon silence et de ma reténue en cette 
occasion , je n'en sais pas donner de meilleure. 



LVII 



A Paris, ce 22* mai 1662. 

Je viens de m'aviser avec contrition qu'il y a quasi un 
temps immémorial que je n'ai pris la plume pour vous écrire. 
Ayez, s'il vous plaît, la bonté de me pardonner ce manque- 
ment avec beaucoup d'autres. 

J'attends maintenant de jour à autre l'arrivée de mon 
cou$in de Lesseins , des négociations duquel le roi est très- 
satisfait ^ et m'a avoué qu^il n'aurait jamais cru qu'il eût été 
si capable. Cela le pourra consoler un peu du surcroît de 
déplaisir qu'il aura de savoir que l'héritage qui lui est échu 
ne suflBra pas pour payer ses dettes. Je ne lui ai point voulu 
avancer le temps de cette douleur, c'est-à-dire que je ne lui 
ai rien mandé de ce que vous m'avez écrit de l'état de ses 
affaires. 

Quelqu'un ayant donné avis au roi du'travail nouveau de 
M. Chorier et même présenté à S. M. les titres des chapitres 



(i) Humbert de Lionne, de Romans, qui était ambassadeur près l'Électeur 
de Brandebourg. 



l8o LETTRES INEDITES 

de Touvrage, S. M. a jugé qu'elle pourrait en recevoir grand 
préjudice dans les pays étrangers; où Ton est dessus que 
trop alarmé de ses desseins et de sa puissance. C'est ce qui 
Ta obligée d'envoyer ordre à celui qui commande dans la 
province d'empêcher la continuation de cette impression, et, 
en même temps, elle m'a chargé de faire savoir à l'auteur 
qu'elle lui sait fort bon gré de son zèle, dont je vous prie 
de vous acquitter à mon nom et d'y ajouter qu'il pourrait 
m'envoyer son travail écrit à la main et que je prendrai mon 
temps de le faire valoir à S. M., lui rendant compte de fois' 
à autre de ce qu'il contient, et peut-être par ce moyen ren- 
contrerai-je quelque occasion de lui procurer quelque avan- 
tage, comme j'en aurais un désir extrême '. 

Je ne vous ai rien écrit sur tous les bruits, qui se sont 
débités avec tant d'éclat, que je m'accommodais avec Mes- 
sieurs de Brienne de leur charge. Il est vrai que j'en aurais 
eu quelque pensée, mais je me suis arrêté tout court, à 
cause du prix exorbitant qu'on en prétendait et qui passait 
un peu mes forces. J'ai considéré d'ailleurs que je commen- 
çais par perdre 3o,ooo francs, que le roi me donne annuel- 
lement pour le travail que je fais, et qu'ainsi pour n'avoir 
que la même somme et ne faire que la même fonction que 
je fais, sans qu'il m'en coûte rien, il faudrait que je sacri- 
fiasse, en pure perte, 3 ou 400,000 écus, outre que mon 



(i) Encore une fois, tout ce passage concernant V Histoire de Dauphmé 
de Chorier est assez difficile à expliquer. On refuse le 22 mai 1662 de 
donner l'approbation et on défend même la continuation de Pimpression 
d'un ouvrage -qui était approuvé et achevé d'imprimer depuis plusieurs 
mois. En somme , tout en sachant gré à Chorier de son zèle , le roi , pour 
des motifs politiques, ne permit pas la publication de cette histoire et 
même refusa d'approuver la gratification de boo louis d'or que les États, 
assemblés à Grenoble vers la fin de 1661, avaient votés à l'auteur, comme 
récompense nationale, sur la proposition du marquis de Sassenage. 



i 



DE HUGUES DE LIONNE. l8l 

fils n'est pas encore en état ni en âge d'entrer dans la même 
charge; au lieu qu'ayant patience je puis espérer d'en avoir 
pour 100,000 écus et peut-être pour rien. Le principal de 
tout cela est que j'ai reconnu à fond Taffection et l'estime du 
roi en ce qu'il souhaite la chose peut-être plus que moi , et 
cela me suffit pour en attendre en toute quiétude des occa- 
sions plus avantageuses. 

J'ai su de bonne part que M. d'Aviti continue à avoir des 
emportements déraisonnables contre sa femme. Je vous prie 
de lui dire franchement de ma part que s'il ne la considère 
conHne une personne qui est ma cousine germaine , je n'aurai 
pas sujet ni envie de le servir dans les affaires où il pourra 
avoir besoin de moi. 

Je ne vous parle plus de mon cousin, voyant que c'est de 
votre consentement qu'il continue à demeurer ici; car, si 
cela n'était pas, sur le moindre mpt que vous me man- 
derez, je me ferai donner ordre du roi de lui dire de la part 
de S. M. qu'il se retire à sa charge, et cela achèvera toutes 
vos contestations. 



LVIII 



A Paris, ce 2» juin 1662. 

Je VOUS adresse la réponse que je fais à M. Chorier sur sa 
dissertation '. Je vous prie de lui bien recommander encore 



( I ) A l'occasion du transport de la Lorraine par le duc Charles à Louis XIV, 
Chorier fit une dissertation, qu'il dédia au roi et qu'il envoya à Hugues de 



l82 LETTRES INEDITES 

que tous les exemplaires en soient supprimés, parce que je 
craindrais, s'il en mésarrivait, qu'on ne l'en rendît respon- 
sable. 

Je vous remercie de tout mon cœur de ce que vous avez 
fait pour la satisfaction de M. LetelUer, m'imaginant, bien 
que son affaire n'a pas passé à la chambre, qu'il ne doive à 
vos soins et à votre crédit la meilleure partie de cette obli- 
gation , et je le lui ferai bien connaître quand je le verrai. 

Je m'étonne de n'avoir aucune nouvelle depuis quinze 
jours de mon cousin de Lesseins. Je le prends néanmoins 
pour une marque certaine qu'il est en chemin et qu'il peut 
arriver d'un jour à l'autre *. 

Je trouve fort bien trouvé le nom dont M. de Ciaveyson 
a baptisé sa trouche (?). Il m'avait consulté là-dessus, mais 
je n'aurais eu garde, quand j'y aurais songé quinze jours, 
d'être un si bon parrain que lui , ni de trouver un nom si 
propre. 



Lionne. Il démontrait que la Lorraine, ainsi que le titre et la dignité im- 
périale appartenaient légitimement et de plein droit à la couronne de 
France. Il plut au roi que cette dissertation fût tenue secrète et ne fût pas 
publiée pendant qu'auraient lieu les États de Tempire germanique, convo- 
qués à Ratisbonne. Letellier et de Lionne avertirent l'auteur qu'il fellait 
attendre l'époque indiquée. Ce qui n'empêcha pas que l'ouvrage fut ré- 
pandu, lu et discuté. (Chorier, Mémoires.) Paru en 1662, il avait pour 
titre : Dissertation historique et politique sur le traité faict entre le roy ^ 
le duc Charles, touchant la Lorraine, In-4''. 

(i) Humbert de Lionne, revenant de son ambassade de Prusse. 



DE HUGUES DE LIONNE. l83 



LIX 



A Paris, ce 14* août 1662. 

Il y a longtemps que mon œil est guéri et je vois par 
votre lettre que ce petit incident vous a donné autant de 
peine qu'à moi d'incommodité, dont je vous suis bien obligé. 

J'espère d'achever cette semaine l'affaire de M. d'Aviti à 
sa satis&ction. Je voudrais bien vous en pouvoir autant 
dire de celle de M. de Veyssilieu, mais elle n'est pas faisable, 
et qui connaîtra un peu le terrain des affaires de finances, 
comme elles se gouvernent aujourd'hui , n'en disconviendra 
pas. 

Je tirerai de M. de Souvré la lettre de recommandation 
pour M. de Dolomieu '.Je ne crois pas voir de longtemps, 
ni jamais les environs du Pont-de- Beau voisin et le souhaite 
encore moins. 

M. d'Agde* m'ayant écrit sur la mort de mon père, je 



(i) Claude Grattet de Dolomieu, président au l^ureau des finances de 
Dauphinc, marié à Marguerite de La Poype de Serrières. La terre de 
Dolomieu fut érigée en marquisat, par lettres de juillet 1688, en faveur de 
François Grattet. 

(2) Louis-François Fouquet, frère du surintendant et de Parchevéque dfi 
Narbonne, né en 1609, évêque et comte d'Agde en 1640, chevalier de 
Tordre en lôSg, mort en 1702, figé de jS ans. Après avoir éprouvé, comme 
tous les membres de sa famille, les effets de la colère de Louis XIV, il 
obtint enfin, au bout de vingt-neuf ans, la permission de rentrer dans son 
diocèse, ce qui fit dire à Madame de Sévigné, encore tout émue au sou- 
venir du menuet qu'elle avait dansé avec Sa Majesté : « Il y a une étoile 
de douceur qui règne dans toutes les actions du roi , qui le rend adorable. » 



184 LETTRES INEDITES 

VOUS adresse la réponse que je fais à ses compliments et 
vous prie de prendre soin qu'elle soit rendue bien sûrement. 

Dites, je vous prie, à M. le président de Chevrières que 
je parlerai àM. Letellier de son bâtiment près de PArsenal; 
mais c'est à la condition qu'il donnera ici à M. le comte de 
Saint- Vallier " de quoi entretenir un carrosse, et que c'est 
une honte, à mon sens, qu'il ne Tait pas encore fait. 

Je suis tout à vous. 

M. le commandant de Souvré vient de m^envoyer ses 
lettres pour M. de Dolomieu *. 

Le roi part le 1 6 infailliblement pour aller en Lorraine 
attaquer et réduire la place de MarsaP. Il n'y a que M. 



(i) Pierre-Félix de La Croix-Chevrières, comte de Saint-Vallier, né à 
Grenoble, le lo juin 1644, de Jean et de Marie de Sayves. Il fit Texpédition 
de Gigery et celle de Candie, fut nommé le 20 décembre 1666 colonel d'un 
régiment d'infanterie de son nom et le 2 août 1670 capitaine des gardes de 
la porte, dont il se démit en 1689 en faveur du frère du Père de La Chaize. 
Après avoir essuyé un refus assez dur de Hugues de Lionne, qui peu aupa- 
ravant avait recherché son alliance, il épousa, le 11 mai lôyS, Jeanne de 
Rouvroy, fille d'honneur de la reine, malgré l'opposition de son père, mais 
avec l'agrément du roi, qui , à cette occasion, lui donna un brevet de retenue 
de 100,000 livres et une pension de 2,000 écus. Ce mariage eut les hon- 
neurs de plusieurs chansons, dont trois figurent avec des notes dans la 
collection de Maurepas (t. iv, p. 1 13). Il eut cinq enfiuits : deux fils furent 
colonels d'infanterie et deux filles se marièrent. Il se retira à Grenoble, où 
il mourut le 16 juin' 1699. « Sa femme, belle, spirituelle et galante, y 
régnait sur les cœurs et les esprits. Elle avait été fort du monde et en était 
devenue le centre dans cette province, d'où elle ne revint plus à Paris, où 
elle avait conservé des amis, ainsi qu'à la cour >• (Saint-Simon, Mémoires, 
t. II, p. 322). Son père était Charles de Rouvroy, seigneur du Puy et de 
Frossy, capitaine au régiment des Gardes françaises, et sa mère était Marie- 
Ursule de Gontery. Les Rouvroy ayant prétendu être de la même maison 
que les Rouvroy de Saint-Simon, on peut voir de quelle manière et sur 
quel ton l'auteur des Mémoires (t. vi, p. 147) accueillit cette hardiesse. 

(2) Ces lettres concernaient Henri et Marc Grattet de Dolomieu, qui 
furent reçus chevaliers de Malte. 

(3) Le roi entra à Marsal le 4 septembre. 



k 



DE HUGUES DE LIONNE. r85 

Letellier et moi qui aurons l'honneur d'accompagner Sa 
Majesté : tout le reste du conseil demeurera ici. 



LX 



A Paris, ce 3» novembre 1662. 

J'ai reçu votre lettre du 22* de l'autre mois et la réponse 
que vous avait faite M. de La Tivolière. Il faudra mainte- 
nant attendre de savoir ce qu'il vous aura dit à votre en- 
trevue. Si les choses se pouvaient lire et publier dès à pré- 
sent, je crois qu'il lui serait plus avantageux pour étourdir 
ceux qui l'attaquent et faire qu'ils le laissassent vivre en 
repos. 

La mort de Madame de L'Albert ' m'a surpris. Je vous 
prie d'en faire mes compliments à Monsieur son mari , à 
M. le président de La Coste, à Monsieur et à Madame de 
La Rochette *. 

Mes enfants sont guéris , Dieu merci , et ne seront point 
du tout marqués ^. 

Je suis en peine que ces fréquentes coliques démon cousin 
de Lesseins ne lui jouent quelque jour un mauvais tour. 

C'est à vous à prendre votre résolution sur le désir qu'a 



{i) Madame veuve Rhodes, née de Simiane, mariée à M. de Gordes. Sa 
tille épousa le duc d*AIbret et mourut après deux ans de mariage. 

(2) Ennemond Fustier de La Rochette, fils de François, conseiller au 
parlement du 4 juillet 1606, mort doyen de ce corps le 2 janvier i663, ne 
laissant que deux filles. Son frère Gabriel était secréuire du parlement. 

(3) Cest-à-dire qu'ils venaient d'avoir la petite vérole. 

i3 



l86 LETTRES INÉDITES 

mon cousin de retourner ici. Pour moi, vous pouvez croire 
que je serai toujours ravi de le voir ; j'appréhende seulement 
que vous ayez de la peine à Ten retirer, qu'il n'avance pas 
grand chose à se faire payer de ses débiteurs et qu'il se 
détraque pour toute sa vie de sa profession. S'il pouvait 
donner caution de retourner sans faute dans un certain 
temps , il faudrait le lui accorder même plus long qu'il ne le 
demande '. 



LXI 



A Paria, ce 23* janvier i663. 

J'ai été ravi d'apprendre que vous ayez enfin mis d'acco 
les trois frères *, et ne doute pas que vous n'y ayez eu bi 
de la peine. 

Faites-vous dire ce que je mande au second touchant 
charge de M. de Brienne, et s'il n'était pas à Grenobl 
ouvrez la lettre et mandez-lui que je vous en ai prié. Ce 
afin de ne faire pas une répétition inutile. 

J'ai un extrême déplaisir de la mauvaise conduite de m«=>n 
cousin ; néanmoins, je crois qu'il faut être plus sage que 1 ^s 
jeunes gens. Je vous conseille de lui permettre de venir^ à 
certaines conditions. Mais, parce qu'il ne feut pas qt^»."^^! 
paraisse que vous vous relâchiez le premier, vous pour: 



(i) C'est une plainte contre les longs séjours et la mauvaise conduk 
Paris de Joachim de Lionne. 

(2) Sébastien, Humbert et Charles de Lionne, de la braache de Rom.- 



DE HUGUES DE LIONNE. 187 

dire que je vous ai écrit pour vous prier de le laisser venir, 
parce qu^il est vrai que quand il partit d^ici nous demeu- 
râmes d^accord qu'il reviendrait faire un tour pour tirer ce 
qu^il pourrait de ceux qui lui doivent. 

Les conditions de cette permission, quUl faudrait exiger 
de lui et même par écrit, c'est qu'il promette que, au plus 
tard à la Pentecôte, il s'en retourne, sans pouvoir alléguer 
aucun prétexte que ce puisse être pour demeurer davantage, 
et qu'il s'appliquera le reste de sa vie à faire sa charge comme 
il doit, sans plus songer qu'il y ait un Paris au monde. 

Voilà mon sentiment , que je soumets néanmoins entière- 
ment à votre prudence et à ce qui sera plus de votre incli- 
nation ^ 



LXII 



A Paris, ce 27* mars i663. 

Si votre lettre du 14" ne m'avait été rendue dans une 
crise d'affiiires où je ne me trouve pas bien libre de faire ce 
que vous désirez, comme j'en ai la même passion extrême, 
j'aurais pris la plume à l'instant pour vous mander que je 
l'accordais avec le plus grand plaisir du monde. Cette affaire 
est Tachât de la charge de M. de Brienne, que j'ai comme 
conclue , et si elle venait encore à manquer, je vous donne 



(i) On yerra plus loin que Hugues de Lionne changea de sentiment et 
qu'il fut le premier à approuver son cousin lorsqu'il eut quitté la toge 
pour Vépée. 



r88 LETTRES INÉDITES 

avec le plus grand plaisir du monde la pror(^tion de deux 
ans que vous demandez et sans intérêt. Mais si TafEdre 
s'achève, cela est hors de mon pouvoir, par les raisons que 
je vais vous déduire succinctement. J'ai traité avec M. de 
Brienne à 900,000 francs, à condition que je les lui four- 
nirais tous comptants : ce qui ne s'est jamais Êiit. Mais il 
en faut passer par là ou manquer la chose , car il craint que 
ses créanciers ne mettent la patte sur la denrée que je lui 
baillerais, si elle était en autre nature, et pour cela même il 
n'a point voulu faire de traité par écrit. Je lui donnerai mon 
argent en me fournissant les deux démissions du père et du 
fils. Le diable veut maintenant que certaines personnes, qui 
voient fort mal volontiers ce qui se passe, continuant leur 
acharnement à me traverser, ont fait courir des billets chez 
tous les notaires que je suis un homme ruiné, qui ai toujours 
fait plus de dépenses que je n'avais de bien et qui veux au- 
jourd'hui hasarder le reste aux dépens d'autrui pour voir si 
la fortune d'une grande charge me remettra *. Cela a produit 
un si détestable effet pour moi dans les esprits que quand 
j'ai voulu chercher de l'argent sur mon crédit pour assem- 
bler la somme, je n'ai pas trouvé un sol : je dis un seul, et 
je suis après à boursiller avec mes amis, ce qui ne se montera 
pas au quart de la somme qu'il me faut, et, pour faire le 



(i) C^est probablement là la source de cette opinion assez génénlequc le 
ministre de Lionne avait mal géré ses affaires et s'était miné. On est étonné, 
il est vrai , de ce que, après avoir si bien démontré à son oncle que Tachât 
du titre de ministre d^État était, à tous les points de vue, une nuiuvaue 
affaire, il se félicite ensuite de Tavoir acquis au prix exorbitant d'un milHoii, 
en comptant la gratification de 100,000 francs à Madame de Brienne. En 
somme, de Lionne laissa après sa mort une situation financière si compro- 
mise, que sa femme renonça aux droits résultant pour elle du régime de 
la communauté des biens et que deux de ses fils, Jules-Paul et Artut, re- 
noncèrent aussi à la succession de leur père. 



DE HUGUES DE LIONNE. 189 

reste , il me faudra nécessairement céder tous les effets que 
je puis avoir en les garantissant; encore ne sais-je si j'en 
viendrai à bout d'arriver à mon compte. Jamais homme ne 
fut dans l'embarras où je me trouve, car il ne s'agit pas 
seulement de manquer ma bonne fortune, après avoir eu 
l'agrément du roi, le plus obligeamment du monde, pour 
entrer dans la plus belle charge du royaume à mon gré, 
nonobstant mille traverses qu'on m'a sans discontinuation 
suscitées; mais aussi la chose importe beaucoup à mon 
honneur, après l'engagement où chacun sait que je suis 
entré , peut-être avec un peu d'imprudence , pour n'avoir 
pas assez bien pris toutes mes mesures. Mon oncle le prési- 
dent ' m'a obligé sensiblement en cette rencontre, m'ayant 
offert tout ce qu'il a ici et à Turin et en Dauphiné, jusqu'à 
la résignation de son office, pour servir de nantissement à 
celui qui me voudrait donner de l'argent dessus. Mais 
comme il n'est pas connu, je n'aurais pas trouvé îm sol sur 
ses offres ni sur sa caution , qui a été refusée. Si j'avais pu 
vendre Berni * (comme je serai obligé de le faire dès cette 
année, et mes maisons aussi pour me libérer des 45,000 
francs d'intérêts, qui me dévoreriiient à la fin), je l'aurais 



(i) Ennemond Servien, président de la chambre des comptes et ambas- 
sadeur en Savoie. 

(2) Berni et la seigneurie de Fresnes, situés dans la vallée de la Bièvre, 
non loin de Sceaux, formaient un marquisat dont Hugues de Lionne et son 
fils aîné prirent le titre. Ils avaient été achetés, le i5 septembre i653, au 
premier président de Pomponne, moyennant une rente de 21,175 livres et 
la somme de 169,000 livres. C'est dans cette magnifique habitation que le 
ministre recevait les ambassadeurs et donnait aux dames de la cour, aux 
princes et même au roi des fêtes , dont la Galette de Renaudot et la Mu!(e 
historique de Loret ont décrit les magnificences. Le château de Berni devint 
ensuite la résidence du comte de Clermont, abbé commendataire de Saint- 
Germain-des-Prés. Il n'en subsiste plus aujourd'hui qu'un fragment, ser- 
vant de moulin. Sic transit gloria mundi! 



igo LETTRES INEDITES 

fait , mais je ne m'en suis pu aider en ce rencontre , parce 
que je ne le veux pas jeter à la tête pour une pièce de pain 
dans la rareté des acheteurs : personne n^osant faire paraître 
qu'il a de l'argent durant la chambre de justice y qu'à cause 
que Ton ne m'aurait pas donné un sol qu^après le décret, 
qui est une affaire de six mois. Beaucoup d^amis s'emploient 
pour moi, la plupart inutilement. J'ai quelque espérance 
pourtant qu'à la fin j'en sortirai bien, et si je puis sauver de 
la cession générale de mes effets votre obligation , je vous 
assure que je le ferai. En tous cas, vous pouvez être assuré 
que quand, pour cette petite partie seulement, je devrais 
manquer d'entrer dans la charge, je ne serai point cause 
que vous vous dépouilleriez de la vôtre, ni mon cousin de la 
sienne pour mon occasion , et que je ne céderai cette obli- 
gation qu'à l'extrémité, ne pouvant mieux faire et qu'à 
condition qu'on ne vous en demandera le paiement et des 
intérêts qui auront couru que dans deux ans. Je me charge- 
rais même bien volontiers de ces intérêts- là, si je n'avais 
sur le dos le fardeau d'en devoir acquitter 45,000 par an, 
outre i5 ou 20,000 autres que mon bâtiment me mangera 
ou a déjà mangés , quoiqu'il soit à peine hors de terre. Je 
considère d'ailleurs que ces 2,000 et tant de livres ne tour- 
neront pas à votre profit, mais à celui de mon cousin, qui 
ne mérite guère, par sa conduite envers vous, qu'on lui 
fasse des présents et pour le faire vivre plus au large dans 
ses plaisirs, pendant que j'aurai moi-même assez de peine 
à subsister selon la condition où je serai entré. Je ne sais 
même si, quand le temps que vous lui avez permis d'être 
ici sera expiré, en cas qu'il ne retourne pas à sa charge pour 
s'y appliquer d'autre manière qu'il n'a fait jusqu'à présent, 
vous ne prendrez point un meilleur conseil de la lui vendre 
que dans * d'un temps favorable au débit des oflSces, 



(i) Lacune dans le manuscrit. 



DE HUGUES DE LIONNE. I9I 

tomber justement dans celui que le droit annuel sera vrai- 
semblablement révoqué (quoique je n'en sache rien, bien au 
vrai), ce qui serait être tombé de fièvre en chaud mal. Je ne 
vous dis pas cela pour vous y inciter, car, comme je dis, je 
n'ai aucune connaissance du dessein du roi , mais pour le 
mettre en considération, afin que vous y fassiez réflexion 
avec votre prudence accoutumée. 

Pour l'autre prière que vous m'avez faite, je ne crois pas 
mon cousin si perdu de sens qu'il voulût songer à vendre sa 
charge sans votre su ; néanmoins, comme il faut tout craindre 
de la jeunesse libertine, j'y donnerai bon ordre, et tant qu'il 
sera ici , celui qui présente les offices au chancelier, qui est, 
ce me semble , le garde-rôles , aura un mémoire de ma part 
pour m'avertir, s'il voit jamais le nom de Lionne en quelque 
provision. 

Ne parlez point, je vous prie, encore de delà de l'aflaire 
de M. de Brienne à qui que ce soit que je ne vous aie donné 
la nouvelle de la chose conclue ou manquée. 

Je ferai savoir à M. de Bertillac * ce que vous avez fait 
pour le service de la dame qu'il avait recommandée. M. de 
Beauchêne ^ m'a écrit. Je crois qu'il lui passe par la cervelle 
et à M. de Chevrières que c'est moi qui leur ai fait envoyer 
des ordres du roi qui ne leur ont pas plu : ce serait bien 
injustement. 

Vous aurez bientôt à Lyon M. de Créqui ^, avec un plé- 



(i) M. de Bertillac, garde du trésor royal, après avoir été trésorier de la 
reine-mère, mort en 1702, à Page de 90 ans. « Homme fidèle, exact, dé- 
sintéressé et bon, » suivant Saint-Simon. Son fils devint lieutenant général. 

(2) Gabriel Prunier de Saint- André , baron de Beauchêne. 

(3) Charles de Créqui-Blanchefort, lieutenant général en i65i, duc et 
pair l'année suivante, maréchal de France en 1668, ambassadeur à Rome 
lors de Tattentat des Corses, gouverneur de Paris en 1676, décédé le i3 



192 LETTRES INEDITES 

nipotentiaire du pape. Dieu veuille qu^ils se puissent accom- 
moder. Les prières de ces Messieurs de la Propagation de 
la foi y pourront beaucoup*, mais M. de Chevrières aura 
peut-être encore sur le cœur contre le pape qu'il énonça que 
c'était à ma considération quMl Pavait régalé d'un corps 
saint. 



LXIII 



A Paris , ce 6* avril i663. 

Depuis ma dernière lettre, qui vous a appris en quels 
termes j'en étais pour la charge de M. de Brienne, je n'ai 
point voulu vous en écrire tant que les orages et les incer- 
titudes ont duré. A présent que Tafiaire est tout assurée, je 
n'ai pas cru devoir tarder un moment à vous donner une 
nouvelle que vous avez tant témoigné de souhaiter. Il y a 
eu bien des difficultés et des traverses tant du côté de l'ar- 
gent qu'il me fallait amasser sur le seul crédit de mes amis, 
les voies des notaires m'ayant été barrées par des personnes 
charitables, quoiqu'autrefois j'eusse pu trouver en trois 
jours un million d'or, que du côté de M. de Brienne, le fils, 
qui se faisait tenir à quatre pour consentir à donner sa dé- 
mission. Mais enfin le roi ayant eu la bonté lui-même de 
vouloir envoyer quérir M. Boucherat ', qui est tout son 



février 1667, à 65 ans, laissant d^Armande de Saint-Gelais une fille, qui 
épousa le prince de Tarente. 

(i) Louis Boucherat, neveu du fameux conseiller Broussel, né à Paris, le 
20 août 1616, successivement maître des requêtes, conseiller au parlement. 



k 



DE HUGUES DE LIONNE. igS 

conseil, S. M. lui ayant, après plusieurs autres discours 
très-obligeants pour moi, formellement déclaré que si le 
père venait à mourir, il ne permettrait pas que le fils eût 
plus de 100,000 écus de la charge, qui est la somme qu'elle 
a coûtée à la famille, et y ayant même ajouté qu'il se pouvait 
tenir pour dit que ni à présent, ni jamais il ne se servirait 
de lui dans la charge de secrétaire d'Etat, tout cela a fait 
qu'il s'est remis entièrement à la volonté du père et promit 
de donner sa démission , suivant le traité que j'ai fait avec 
celui-ci ^ L'exécution tardera néanmoins encore quelques 
jours avant que je puisse prêter le serment, parce qu'on m'a 
demandé quelques jours pour ajuster entre le 'père et le fils 
certaines conditions, qui ne me regardent point, touchant 
la distribution des deniers, et, après cela, il faudra encore 
du temps pour compter 3oo,ooo écus *. J'ai sauvé votre 
obligation sans être obligé de la transporter à personne •, 
ainsi vous aurez les deux ans de temps à l'acquitter que vous 
avez désirés. Je voudrais pouvoir vous donner la même 
satisfaction touchant les intérêts , mais j'en serai si accablé 
moi-même que, jusqu'à ce que j'aie reçu quelque nouvelle 



intendant en province, commissaire du roi aux États de Languedoc et de 
Bretagne, chancelier de France en i655. Il mit les scellés chez Fouquet et 
fut un de ses juges; enfin, garde des sceaux de Tordre du Saint-Esprit en 

i6gi. Il épousa i* Françoise Marchand, 2" N de Loménie, veuve d'un 

Nesmond. De ces deux mariages il eut trois filles. L'une d'elles épousa 
Fourcy, qui, étant prévôt des marchands, fit abattre la pyramide de Jean 
Chatel. 

(i) Ce traité est du 14 avril i663. 

(2) La démission de MM. de Brienne en faveur de Hugues de Lionne est 
du 19 avril i663 et les provisions de la charge de secrétaire d'État des 
affaires étrangères sont datées du lendemain. Hugues de Lionne paya 
comptant à M. de Brienne père 200,000 livres et à son fils 700,000, plus, 
bien entendu, 100,000 livres d'étrennes à Madame de Brienne. 



194 LETTRES INÉDITES 

grâce considérable de la bonté du roi, je vois bien que )'aurai 
peine à vivre et qu'avec beaucoup de gloire et d'honneurs 
je ne laisserai pas d'être incommodé, ayant en toutes façons 
pris la place de MM. de Brienne , qui se seront mis au 
large. 

Écrivez, je vous prie, tout ceci à mon cousin de Lesseins, 
et faites-lui mes excuses de mon silence en ce rencontre. A 
dire vrai , je suis accablé des affaires du roi et des miennes. 



LXIV 

A Paris, ce 4* mai i663. 

Je vous adresse diverses lettres, que je vous prie de fiair^ 
rendre. 

Je n'ai pas écrit de ma main au premier président ', comme 
à M. le président Pourroy et à M. de Chaulnes, Je lui aï 
voulu donner cette petite mortification et je lui ai changé 
aussi la souscription , n'ayant mis que votre tris-humble et 
tres-affectionné. Si vous en entendez parler de delà, vous 
pouvez dire que les secrétaires d'État, ne devant obéir qu'au 
roi, n'ont accoutumé d'écrire à personne obéissant. M. 
Letellier ne le traite que comme j'ai fait , et nous n'écrivons 
pas autrement aux ducs et pairs et aux maréchaux d^ 
France. 



(i) Denis Lcgoux de La Berchèrc, premier président au parlement d 
Grenoble, avec qui Hugues de Lionne était en délicatesse, a II avait Fespri^ 
extrêmement vif », dit Guy Allard, et « inhumain », ajoute Chorier, )usti — 
fiant ainsi la devise de ses armes : Inflexus stimulit omnibus. 



DE HUGUES DE LIONNE. igS 

Mon père a eu quelque indisposition cette semaine ; mais, 
Dieu merci, ce ne sera rien. Il s'est opiniâtre à vouloir 
faire tout le carême , et je crois que ça a été la cause de son 
mal. 



LXV 



A Paris, ce 22* mai i663. 

Je n'eus pas la force de vous écrire vendredi dernier, qui 
fut le jour du plus grand malheur qui me soit arrivé depuis 
que je suis au monde '. Outre ma douleur, je ressens encore 
une bonne partie de la vôtre. Conservez-vous, je vous prie, 
plus que jamais et ne vous laissez pas accablera ce déplaisir : 
il faut vouloir ce que Dieu veut et le remercier de ce qu'il 
nous a laissé jouir si longtemps de la personne que nous 
pleurons tous deux. 

Mandez-moi, si vous le savez, ce qu'est devenue cette 
partie des 6,000 francs que la ville de Gap devait à mon 
père. Dans l'abondance d'argent où je suis, il m'a laissé 
charge de payer 22,000 francs à son église. Voilà ce que je 
dois à ce galant homme de Dupré. Je les paierai néanmoins 
fort volontiers. 

Mon cousin de Claveyson m'adresse le paquet du P. 
Labbé. Je vous prie qu'il reçoive la réponse par sa main. 



(i) Il s'agit de la mort de son père, Artus de Lionne, évêque de Gap, 
arrivée le 18 mai i663 à Paris, chez son fils, et non dans son abbaye de 
Solignac. 



igÔ LETTRES INÉDITES 

Le premier président n'a point changé son style avec moi 
pour le changement du mien. J'attendrai son compliment 
de condoléance pour faire réponse d'un même temps à ses 
deux lettres. Il m'a adressé une pièce de son éloquence: 
voces et prœterea nihîL 

Je me garderai bien d'échanger le département de Pro- 
vence avec celui de Dauphiné. Il n'y a pas de comparaison 
de l'un à l'autre, et particulièrement ayant, comme j'ai, la 
marine et les galères ". Il est bon pourtant qu'on le croie 
dans la province : cela vous y accrédite, et en effet je le 
pourrai quand je voudrai , du soir au lendemain. 



LXVI 



A Paris, ce i3* juin i6b3. 

Je VOUS ruinerai en paiement de ports de lettres. Mais 
voici, ce me semble, la dernière fois que je vous en adres- 
serai une flotte. J'aime fort le sieur Tiron , qui est un très- 
bon domestique, et je ferai ce que je pourrai pour le con- 
server chez moi. Je n'y hésiterais pas, n'était qu'en Tétat où 
je suis il faut que j'évite toute occasion de dépense et que 
je retranche beaucoup que j'ai faites jusqu'ici. 

Je me souviens fort bien de .ce que vous me dîtes à Fon- 
tainebleau des 5,000 francs, et quand j'en aurais perdu la 



(i) Outre les affaires étrangères, la marine et les galères, Hugues c^ 
Lionne avait encore Tadministration de cinq provinces. 




DE HUGUES DE LIONNE. I97 

mémoire ou que vous ne m'en auriez jamais parlé, il im- 
porterait fort peu et cela serait fort égal. 

Je n'ai point encore trouvé le loisir de mettre le nez dans 
les papiers de mon père. Je recommanderai le sieur Gaillard 
à M. de Gap ^ Ne me donnez plus du Monseigneur *, ou je 
ne recevrai plus de vos lettres. 



LXVII 



A Paris, ce 20' août 166 3. 

Enfin je puis vous donner une nouvelle que, je crois, 
vous avez plus souhaitée que moi. J'ai prêté cette après-dînée, 
entre les mains du roi, le serment de secrétaire d'État ^, et 
depuis cela même j'ai déjà envoyé ce soir, en diverses parties 
du monde , des lettres et des ordres de Sa Majesté contre- 
signés de moi. C'est tout ce que j'aurai le bien de vous dire 
pour cette fois, étant, comme vous le pouvez juger, accablé 
d^affaires et de compliments. 



(i) Pierre Manon, abbé de Saint-Paul, nommé évêque de Gap le 14. dé- 
cembre 1661, sacré à Paris le 8 octobre 1662, mort le 25 août 1675. 

(2) Il se plaint de nouveau d'être gratifié du titre de Monseigneur, quand 
cette qualification était couramment donnée à tous les personnages de son 
rang et quand Chorier l'imprimait sans objection en grandes capitales 
dans l'épître dédicatoire de son histoire de Dauphiné. En outre, il est vrai, 
le même auteur, en tête du tome 11 du même ouvrage, donqe au cardinal 
de Bullion de V Altesse éminentissime j alors que cette distinction lui avait 
toujours été refusée. 

(3) Par suite de Tachât de la charge de MM. de Brienne, Hugues de 
Lionne était devenu ministre en titre des affaires étrangères. 



198 LETTRES INÉDITES 



LXVIII 



A Paris y ce 14* décembre i663. 

J'ouvris hier par mégarde un paquet que vous aviez 
adressé à mon cousin et je ne puis m'en repentir, parce qu'il 
m'a fait apercevoir d'une faute que j'ai commise en demeu- 
rant aussi longtemps que j'ai fait sans vous donner de mes 
nouvelles. 

Premièrement, je vous dirai, une fois pour toutes, que 
quand je serais dix ans sans vous écrire (ce qui ne m'am- 
vera plus , car je le ferai au moins une fois par mois), vous 
ne devriez pas croire que mon silence eût aucune autre 
excuse que mes occupations, ni me juger capable d'avoir en 
rien changé de sentiments pour vous, qui sont de la plus 
grande tendresse que j'aie pour homme vivant , et quand je 
dirais égale à celle que j'ai pour mes enfants , il n^y aurait 
point en cela d'exagération. 

En second lieu , je vous dirai que les ordres que j'm i 
donner pour Gap ont été la seule cause de cette longue 
interruption de mes lettres. Car, comme il y a divers papiers 
qu'il faut nécessairement que je voie, j'ai toujours remis 
d'ordinaire en ordinaire, croyant que j'aurais plus de kûsir 
que je m'en trouvais le jour que j'eusse voulu ou pu prendre 
la plume. Il y est entré aussi quelque chose de mon cousin, 
sur lequel je voulais vous entretenir au long, et comme la 
matière est ample, j'avais toujours espéré que, mon cousin 
de Lesseins arrivant, je pourrais m'en décharger sur lui. 
Présentement , il me semble qu'elle change un peu de face 
et qu'il songe à un mariage , dont je crois qu'il vous parlait 
alors , et il n'y a que six mois , de lui donner 1 00,000 écus 



DE HUGUES DE LIONNE. 199 

comptants, et il faudrait voir s'il les peut assurer 

sans crainte d'avoir à restituer un acheté deux ou 

^trois millions les charges de receveur des consignations 

et de l'argent qui était dans le coffre de M. Bétau, 

son prédécesseur, et qui appartenait à des particuliers qui 
consignent entre ses mains, et ainsi c'est un dépôt qui 

semble sacré toutes choses comme il faut. Si l'affaire 

peut s'avancer, on ne fera quoi que ce soit sans du 

moins si mon cousin me croit, car je le vois fort amoureux 
et il m'est ^ 



LXIX 



A Saint-Germain, ce 21* mars 1664. 

J'ai reçu votre lettre du 12®. Vous aurez su peu -de jours 
après quelle était la cause du retardement de l'envoi des 
provisions que vous attendiez et que mon cousin n'est point 
en faute là-dessus, si ce n'est peut-être d'avoir manqué 
quelques ordinaires de vous écrire, sur l'espoir sans doute de 
pouvoir par le suivant vous envoyer lesdites provisions. Il 
faut de nécessité indispensable pour avoir cette expédition 
que vous envoyiez ce qu'on m'a demandé. 

Je vous adresse l'extrait d'une lettre que le bailli de Souvré 



(i) Il existe dans le manuscrit plusieurs blancs, qui rendent la fin de cette 
lettre à peu près inintelligible. Mais comme il s'agit évidemment de choses 
délicates concernant Joachim de Lionne, il est permis de supposer que 
certains mots ont été omis avec intention. 



200 LETTRES INEDITES 

a reçue de Malte ^ Il m^assure que ma considération fera 
réussir cette affaire, quoique très-difficile et quasi impossible, 
à cause de la résistance de tant de chevaliers qui ont un 
intérêt contraire. Faites voir, s'il vous plaît, le billet à M. de 
Boulignieux. 

Il m'est arrivé depuis quinze jours deux affaires assez 
extraordinaires, dont je suis. Dieu merci, bien sorti. La 
première était qu'un nommé le sieur Le Coq *, qui a fiiit 
par ses allées et venues le traité de ma charge avec M. de 
Brienne, et pour cette raison avait conservé grand accès 
dans ma maison, avait tiré jusqu'à près de 100,000 firancs 
de M. le duc de Meckelbourg ^, le tout sous mon nom et 
sous prétexte de me faire des regales, lorsqu'il a été faiit 
chancelier de l'ordre et quand j'ai signé avec lui un traité 
de protection et d'alliance de la part du roi. J'ai découvert 
moi-même la chose. Tout l'argent, pierreries et promesses, 
a été rendu audit duc , et Le Coq a été relégué à Niort. 

L'autre est que le sieur Bigorre, mon commis, qui Êdsait uf^ 
registre pour donner au roi même, à la fin de chaque année «^ 
de toutes les dépêches de S. M. et des miennes particulière^ 
aux ambassadeurs et ministres qui la servent au dehors^ 



(i) La difBculté de Taffaire consistait en ce que le fils de Hugues d^ 
Lionne n'avait pas, du côté maternel, des degrés suffisants de noblesse 
pour pouvoir être admis dans Pordre de Malte. Mais cet obstacle fut lev^ 
ou tourné. 

(2) François Le Coq, écuyer, greffier de la chambre des comptes de; 
Paris. Sa veuve, Catherine Gascoing se remaria, par contrat du 11 avril 
1666, avec Pierre- Abraham de Charange, maître ordinaire de Phôtel du roi. 

(3) Christian-Louis de Meckelbourg, né le i" décembre 1623, marié en 
février 1664 ^ Elisabeth-Angélique de Montmorency, veuve de Gaspard d^ 
Coligny, dite la belle Châtillon, « dont les charmes et les faveurs devaient^ 
rendre plus d'un héros heureux et coupable ». Il se fît catholique, reçut 
les ordres du roi en i663 et mourut à La Haye, le 21 février 1698. 




DE HUGUES DE LIONNE. 201 

s' étant confié à un jeune homme de Toulouse, nommé La 
Pause, de copier dans ledit registre lesdites dépêches sur 
minutes , a été assez infidèle et possédé du démon pour 
vendre les copies de mes minutes à des ministres étrangers 
et entre autres à l'ambassadeur d'Espagne, même à celui 
de Venise, à celui de Mantoue et à divers résidents. Si le 
mal eût pris cours, il pouvait causer à TÉtat des préjudices 
irréparables. Mais ayant encore moi-même heureusement 
découvert la chose, je vois déjà clair que le service de S. M. 
n'en aura reçu aucun préjudice , car j'ai parcouru tout ce 
que ledit La Pause avait jusqu'alors vendu et. Dieu merci, 
il ne s'y est rien rencontré que de l'affaire de Rome, qui est 
finie, mais qui faisait alors la curiosité de tous lesdits mi- 
nistres : ce qui a été un grand bonheur. Je fus moi-même 
conduire le chevalier du guet dans le 4® étage d'une petite 
maison pour prendre ce perfide avec tous les papiers qu'il 
avait en son pouvoir. Je l'interrogeai deux heures , l'envoyai 
à la Bastille, où je fis trouver le lieutenant criminel, qui 
fait maintenant les procédures. J'ai été plus heureux que 
M. de Villeroy, mon prédécesseur, car L'Hoste ', son com- 
mis, se noya : ce qui a donné lieu à beaucoup de commen- 
taires. Mais j'ai moi-même, comme je l'ai dit, découvert 
l'affaire , moi-même pris le coupable et mis entre les mains 
de la justice, dont le roi m'a témoigné grande satisfaction, 
car le mal pouvait devenir si grand que son service en aurait 
reçu des préjudices irréparables. 



(i) Nicolas L'Hoste, commis au ministère des affaires étrangères, né à 
Orléans. Il trahit Henri IV en donnant avis au roi d'Espagne de toutes les 
délibérations qui se faisaient au conseil du roi. Il se noya dans la Marne. 
Par arrêt du i5 mai 1604, son corps fut tiré à quatre chevaux et les quar- 
tiers furent exposés aux quatre principales avenues de Paris. 

14 



202 LETTRES INEDITES 



LXX 



 Fontdnebleau, ce i2* juillet i66 

M. de Chevrières m'ayant fait la faveur de me cons 
sur le mariage de Mademoiselle sa fille ', je prends occ 
en lui faisant réponse de lui témoigner que je lui sera; 
obligé s'il veut porter Madame de Revol * à faire ci 
plus de missions et moms persécuter la pauvre Madan 
Veyssilieu ^, et qu'en tous cas ils ne trouveront point 
leur plaît, étrange que je protège, selon ma faiblesse 
affligés : ce sont les propres termes que je leur mande. 

M. de BertUlac n'a point été ici depuis que je pou 
lui donner la nouvelle que Madame d'Eutansanne 
parente, a gagné son procès. M. le président Pern 



(i) M. de La Croix-Chevrières eut cinq filles. Les trois premières t 
fièrent et les deux plus jeunes se firent religieuses. L'aînée. Barbe, 
à M. Louis de Pondevès, licutenunt général en Provence. 

(2) Anne de Michalon était la femme de François de Rcvol, seigneur 
Buissière et du Pont-de-Bcauvoisin, laquelle, d'après cette lettre, éti 
dévote peu tolérante. 

(3) Anne JReynaud d'Avançon, femme de Jean Rabot, seigne 
Bouffières, avocat général au parlement. 

(4) Jean Perrault, baron de Milly y d^AngervîIle , président en la cK 
des comptes de Paris, secrétaire intime de Henri II de Bourbon, prii 
Condé. Par suite d'une disposition de son testament, le P. Bour< 
prononça dans l'église professe des Jésuites, le 1 1 décembre i683, Pc 
funèbre de ce prince. Il fit ensuite ériger dans la même ^Hse, pi 
sépulture de son cœur, un monument en bronze, qui avait coûté la s 
énorme de aoo,ooo livres. Au moment de la Révolution, cette œuif 
marquable de Jacques Sarrazin fut transportée au musée des Petits-J 
tins, puis, en 1817, restituée au prince de G)ndé. Elle est aujourd' 
propriété de M. le duc d'Aumale. 



DE HUGUES DE LIONNE. 203 

m'a fait de grands remerciements des bontés que vous lui 
avez témoignées, qu'il dit avoir fait savoir à M. le prince '. 
Notre matelot s'est embarqué en bonne compagnie. Il y 
a deux cent onze gentilshommes volontaires *. Il est fort 
content des caresses que tout le monde lui fait. 



LXXI 

 Fontainebleau, ce 26' juillet 1664. 

Je vous renvoie la lettre pour M. le président de Che- 
vrières, que j'ai refaite et Tai pourtant datée comme l'autre 
du 1 2*. Voyez , s'il vous plaît , quelle bonne excuse vous 
trouverez à ce retardement. 

Je suis bien aise que l'affaire de Madame de Veyssilieu 
avec M. de Revol se soit accommodée. Je voudrais seule- 
ment qu'il ne lui en eût pas coûté cent pistoles. Si M. le 
président eût été bon parent, il les eût payées de sa bourse, 
qui est si pleine. 

M. de Rives a fait savoir à ^ étaient entière- 
ment payés. Je vous en enverrai par le premier ordinaire 
une quittance par devant notaires pour votre sûreté, en 
attendant que je puisse, à mon arrivée à Paris, vous en- 
voyer l'obligation même biffée. 

Il y a un avis de La Ciotat d'un patron de barque (qui le 



(i) Louis de Bourbon, prince de Condé, né le 8 septembre 1621, mort 
le II décembre 1686. 

(a) Manière de parler pour désigner Joachim de Lionne, qui faisait partie 
de l'expédition d'Afrique en qualité de volontaire. Parmi les gentilshommes 
embarqués se trouvaient beaucoup de Dauphinois et plusieurs Romanais. 

(3) Lacune dans le manuscrit. 



204 LETTRES INEDITES 

plus souvent néanmoins sont des menteurs) que noire armée 
navale avait descendu à Bougie en Barbarie et Tavait em- 
porté sans résistance. 

M. le légat ' est à Petit- Bourg pour venir ici, après avoir 
abandonné son entrée à Paris , rebuté des difficultés qu'il a 
rencontrées. Je m'en vas demain matin le trouver et je 
rajusterai tout cela à sa satisfaction et qu'on vous dise . . . ^ 
Il partira peu satisfait de nous. 

Je vous prie de demander à M. Desdiguières s'il a con- 
tinué à mâcher de la rhubarbe et comme il s'en trouve. 
Remerciez-le de ma part du crayon qu'il me donna, qui 
fait tous les jours merveilles; ajoutez-y que j'ai fait ici mon 
devoir sur M. de Valence ^. 



LXXII 



A Versailles, ce 17* octobre 1664 *. 

Puisque vous voulez absolument savoir mon avis sur la 
résolution que vous avez à prendre avant que vous déter- 



(0 Flavio Chigi, neveu du pape Alexandre VII, cardinal de 1657, évéque 
de Porto, nonce extraordinaire en France à la suite de l'affaire des Corses, 
mort en 1693. 

(2) Lacune dans le manuscrit. 

(3) Daniel de Cosnac, évéque de Valence et de Die en i655, archevêque 
d'Aix en 1687, commandeur de l'ordre en 1701, mort en 1708. Son neveu, 
Gabriel de Cosnac, fut évoque de Die de 1702 à 1734. Sa mère épou«a le 
dernier comte d'Egmont. 

(4) Lettre écrite à Joachim de Lionne, qui a mis en marge : A moi à 
Gigéry. 



DE HUGUES DE LIONNE. 205 

miner à rien, je vous dirai ingénument, comme Je ferais à 
run de mes enfants, s'il avait quitté la profession où vous 
étiez pour prendre i'épée, voyant tous les Jours de quelle 
manière le roi parle de ceux qui ont fait le même voyage 
que vous et qui ont témoigné tant d'impatience pour revenir, 
j'estime que vous en devez profiter et y avoir d'autant plus 
d'égard que les autres, qu'il vous importe (comme vous 
avez déjà si bien commencé) de faire connaître par de con- 
tinuels effets, au moins durant quelque temps, que vous 
avez eu raison , sentant les mouvements de votre courage, 
d'embrasser la profession où vous êtes maintenant, et que 
vous avez dessein de vous y signaler tant par votre assiduité 
que par votre valeur. Il faut tâcher de mettre un bon fonde- 
ment à sa fortune pour une grande estime qui vous rend 
après capable d'avoir l'approbation et l'agrément de S. M. 
pour entrer dans toutes sortes d'emplois, autrement on ne 
trouve que difficultés et épines en son chemin, quelque pro- 
tection que l'on ait. Voilà mon sentiment, qui doit néan- 
moins être réglé par l'état de vos affaires et principalement 
par votre santé, et si vous continuez de vous trouver fort 
incommodé à Gigéry , je ne désapprouverais pas que vous 
montassiez sur les vaisseaux de M. le marquis de Martel ', 
que 'je suis assuré qu'il vous favorisera à ma considération 
et qui doit croiser la côte de Barbarie pendant tout l'hiver, 
où vraisemblablement il y aura de belles actions à voir. 

Pour mon oncle, qui paraît irrité contre vous, j'accom- 
moderai bien tout cela et vous ne devez point vous en mettre 



(i) Le marquis de Martel, des seigneurs de Blaqueville en Normandie, 
chef d'escadre, général des armées navales, commandant la marine à 
Toulon , où il donna sur son vaisseau des fêtes au comte et à la comtesse 
de Grignan. Le comte d'Estrées l'accusa de n'avoir pas obéi à ses ordres au 
combat de 1673. Il s'était marié à une demoiselle de Cissé. 



2o6 LETTRES INEDITES 

en peine. Je n'écris point à mon cousin de Lesseins ', que 
je crois reparti pour revenir. Adieu. 



LXXIII 

A Paris, ce 28* octobre 1664. 

Je n'ai osé jusqu'ici vous témoigner Textrême douleur que 
j'ai ressentie de Tétat où Dieu a voulu que mon cher cousin 
soit revenu de Gigéry, appréhendant d'être le premier à 
vous faire savoir cette mauvaise nouvelle, que vous pouviez 
encore ignorer. Mais M. de Claveyson m'ayant mandé 
qu'on avait jugé à propos de vous la dire, je prends aussitôt 
la plume pour vous en témoigner mon sentiment ou plutôt 
pour ne vous le témoigner pas, car je ne vois pas de quelles 
paroles je pourrais me servir pour vous l'exprimer. J'ai lu 
au roi cette après-dînée, d'un bout à l'autre, en présence de 
M. Colbcrt (M. Letellier étant malade), l'exacte relation que 
M. Lapassa ^ a envoyée à mon cousin l'abbé de Lesseins, et 
je la veux faire voir demain matin à mondit sieur Letellier, 
dans la visite que je lui rendrai. Je vous assure que S. M. 
Ta écoutée avec grande attention , sans interrompre d'un 
seul mot ma lecture. Il a dit, quand elle a été achevée, ces 



(i) Humbcrt de Lionne, de Romans, faisait partie de Texpédition en 
qualité de volontaire, c'est-à-dire d'amateur. 

(2) Ennemond Chastaing de La Passa, mort à Romans, le 3i mai 1668. 
Il avait épousé Françoise de Sibeud, fille d'Hercule de Sainl-Ferréol, gou- 
verneur de cette ville. Son oncle, Claude de Chastaing, était cheralier de 
Malte. 



DE HUGUES DE LIONNE. 207 

propres paroles : « Je dois cette justice à votre parent de 
ne pas croire qu'il y ait dans mon royaume un plus brave 
homme que lui, » et a ajouté : « Ce garçon-là sentait bien 
son cœur quand il s'est voulu défaire de sa charge de con- 
seiller, et cela m'apprend que souvent il n'est pas juste 
d'exclure des charges d'épée les enfants de la robe. » Ces 
trois remarques, si bien pensées, d'un raisonnement si juste 
et si obligeant, m'ont tiré quelques larmes de tendresse et 
de joie, dont S. M. s'est aperçue. Cependant, comme toutes 
les lettres de Provence que je reçois par tous les ordinaires 
me donnent toutes bonne espérance d'un bon succès de ce 
malheur qui nous afflige tant aujourd'hui, je veux espérer 
qu'il nous causera bientôt à tous et avec usure de très-grands 
sujets de satisfaction*, car il me semble que mon cousin s'est 
mis. Dieu merci, en passe de toutes choses et avec facilité 
dans la profession qu'il a voulu embrasser. Quand la bra- 
voure est jointe à une douceur d'esprit telle qu'il l'a, et qu'on 
se fait pas seulement estimer mais aimer de tout le monde, 
ce sont de si bons fondements pour la fortune qu'il n'y a 
plus qu'à attendre avec patience les occasions qu'elle ne 
manque guère à présenter à chacun dans le cours de la vie. 
Je vous adresse la lettre que vous avez désirée pour M. le 
président de Lescot ', et suis tout à vous. 



(i) Claude de Lescot, avocat en la cour, conseiller au parlement du 17 
mars 162G, président du 23 juillet 1628, en remplacement de son père, 
décédé le 27 février 1670. Des lettres enregistrées au parlement le 23 jan- 
vier i652 attestaient que ce président descendait de l'illustre maison de 
Scott , en Ecosse. » II avait de la bonté et de la générosité. M. l'abbé, son 
frère , était homme de grand mérite, plein d'érudition et de piété. » (Guy 
Allard, Dict. hist.) 



208 LETTRES INEDITES 



LXXIV 



A Paris, ce i8* novembre 1664 *. 

Par un courrier qui arriva avant-hier de Provence et qui 
m'a rendu une longue lettre de mon cousin de Lesseins, 
j'appris que nos troupes avaient été obligées d'abandonner 
Gigéry *, qu'elles étaient arrivées aux îles d'Hyères plus tôt 
que lui , qui en était parti quelques jours auparavant avec 
M. le duc de Beaufort^. Mais en même temps une autre 
nouvelle qui m'a donné une estocade dans le cœur, c'est 
que le jour de l'embarquement des troupes mon cousin de 
Lionne, qui, pour avoir plus d'occasions de mieux signaler 
sa valeur, avait pris parti dans la cavalerie qu'on y avait 
envoyée, avait été blessé d'un coup de mousquet dans le 
corps et d'un autre au-dessus du poignet. Votre frère ne 
l'avait encore pu voir au temps qu'il m'écrivait, parce qu'il 
était dans un vaisseau mouillé fort loin du sien; mais il me 
mande qu'on l'avait assuré qu'il n'y avait pas.de danger et 



(i) Cette lettre est adressée à Tabbé de Lesseins, à Romans, 

(2) Gigéry avait été pris le 22 juillet et fut abandonné le 3o octobre. La 
retraite avait coûté 1,400 hommes et 3o pièces de canon. (Voy. Relation 
de Gigéry faite au roy par M. de Gadagne^ lieutenant général; — Watbled, 
Expédition du duc de Beaufort contre Djidgeli); — Ch. Faraud, Revue 
archêol. de Constantine, t. xiv, p. 3i5; — A. Jal, A. Duquesne et la ma- 
rine de son temps j t. i, p. 3i5.) 

(3) François de Vendôme," duc de Beaufort, surnommé pendant la Fronde 
le roi des halles, né à Paris en 1616, grand-amiral en i663. 11 commanda 
Texpcdition de Gigéry et périt le 2? jum iGôcj au siège de Candie, ce qui 
n'cmpcche pas qu'on Tait mis au nombre des personnages qu'on suppose 
avoir été le masque de fer. 



DE HUGUES DE LIONNE. 209 

qu'il ne s'en reviendrait pas de sitôt, parce qu'il voulait, 
comme il devait, prendre grand soin de lui. Je ne laisse pas 
d'en être dans de mortelles appréhensions et pour lui, qui le 
mérite bien, et pour l'amour de mon cher oncle, dont je me 
représente l'état à la réception de cette nouvelle. Je n'ai pas 
voulu hasarder d'être le premier à la lui donner et sans les 
précautions qu'on doit observer en pareil cas. Je remets 
cela à votre prudence, si l'avis n'en était pas encore venu à 
Grenoble. 

Castellan ' vient d'arriver, qui a dit des miracles au roi 
et à toute la cour de notre pauvre cousin -, mais je ne l'ai pu 
encore rencontrer pour savoir le détail de l'état où il a été 
pendant le voyage et de celui où il l'a laissé en partant des 
îles. Voilà sans doute un grand malheur; mais si on en 
sort bien, comme je Tespère, ce sera quelque jour une 
matière de joie. 

J'ai passé toute la nuit précédente sans dormir à l'anti- 
chambre de la reine, qui a été fort mal. Le roi en est touché 
à un point qui ne se peut exprimer. Les médecins convien- 
nent tous qu'il y a plus de peur que de péril, mais que la 
maladie sera longue. On appréhende demain le surcroît de 
la fièvre de lait ^, qui rendra continue celle qui n'était que 
tierce. Dieu nous veuille consoler de tant d'afflictions ! On 
ne compte plus sur la vie de la petite Madame ^. 



(i) Castellan était dans le corps d'armée envoyé en Afrique. *Il embellit 
le château de la Muette et le vendit à Ermenoville, qui le céda à la du- 
chesse de Berri. 

(2) La reine Marie-Thérèse était accouchée le 16 novembre 1664 d'une 
fille , qu'on nomma Marie-Anne et qui mourut le 26 décembre suivant. 

(3) Henrieite-Anne Stuart, fille de Charles I", roi d'Angleterre, et d'Hen- 
rictts-Marie de France, née le 16 juin 1644, mariée le 3i mars 1661 avec 
Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV. Elle était alors en proie à de 



2IO LETTRES INEDITES 



LXXV 



A Paris ) ce 20* mars i665. 

Je fus frappé et étourdi comme d'un coup de foudre im- 
prévu à Touverture d'une lettre de M. de Clayeyson, qui 
m'apprenait la perte que nous avions faite de ma bonne tante, 
votre chère moitié*. Depuis cela, j'ai reçu la lettre dont 
vous avez voulu me favoriser au milieu de tous vos cuisants 
déplaisirs. Je ne puis pas vous exprimer combien je suis 
touché de cette mort pour votre considération , car pour la 
défunte , elle a vécu et fini d'une manière qu'elle est bien 
plus heureuse que tous tant que nous sommes, et nous ne 
saurions, sans lui souhaiter du mal, désirer qu'elle fôt 
encore avec nous. Au nom de Dieu, mon cher oncle, que 
cette raison vous entre bien dans l'esprit, et vous ne vous 
affligerez pas démesurément, ni en sorte que cela puisse 
altérer votre santé , dont vos enfants ont plus de besoin que 
jamais. Pour moi, après mes premiers mouvements de 
douleur donnés au sang et à la nature, j'envisage aujour- 
d'hui cet incident d'une manière à y trouver facilement ma 
consolation, car je crois voir ma chère tante dans le comblé 



violentes convulsions, qui furent suivies d'un accouchement prématuré; 
mais elle ne mourut que plusieurs années après, à Saint-Cloud, le 3o juin 
1670. C'est dans Toraison funèbre de cette princesse que se trouve Pexcla- 
mation de Bossuet, si souvent citée : « Madame se meurt, Madame est 
morte ! » 

(i) Mort de Virginie Rabot d'Avrillac, femme de Humbert de Lionne, 
doyen de la chambre des comptes, mère de Joachim et tante par alliance du 
ministre. 



DE HUGUES DE LIONNE. 211 

des félicités qu'on ne lui doit pas envier, et je regarde votre 
séparation comme une ouverture que Dieu nous fait à nous 
donner moyen de finir nos jours ensemble et au même lieu : 
ce que j'ai toujours passionnément souhaité. 

Je n'ai pas le temps de répondre à la lettre de M. de 
Clavcyson. Je vous prie de lui dire que l'arrêt des scrutins 
sera cassé et que j'ai fait mon devoir dans le conseil à le 
servir. 



LXXVI 



A Paris, ce 4* septembre i665. 

Il me semble qu'il y a cent mille ans que je ne vous ai 
rendu ce devoir, et j'ai bien besoin de votre bonté pour 
obtenir le pardon que je vous en demande. 

Je vous adresse une dépêche pour mes cousines * reli- 
gieuses à Montfleury *. Je faisais état de mettre le brevet 
du roi entre les mains de M. le président de Chcvrières, qui 
m'a sollicité de l'afFaire, sans parler jamais à quelque autre 
personne que ce soit. Mais, ayant appris par mes cousines 
qu'il a coutume de dire toujours que c'est lui qui a tout fait 



(i) Laurence et Marguerite de Lionne, de la branche de Romans. 

(2) L'abbaye de Montfleury, de l'ordre de Saint-Dominique, près de Gre- 
noble, fondée, le 22 décembre 13^2, par le dauphin Humbert II, pour 80 
religieuses et 6 religieux. On n'y recevait que des filles nobles, c On y a 
toujours connu une sagesse admirable dans une honnête liberté , » dit Guy 
Allard. 



212 LETTRES INEDITES 

et de s'en attirer à lui seul tout le mérite, j'ai jugé plus à 
propos d'en user de la manière que vous verrez '. 

J'ai envoyé ce matin un courrier exprès à Rome pour me 
rapporter avec plus de diligence les expéditions du prieuré 
de Saint-Martin ^* Vous aurez déjà su par mes cousines les 
conditions de l'accommodement que j'ai fait : c'est la plus 
grande affaire qui se soit faite dans le royaume il y a bien 
longtemps-, et ce qui m'en satisfait le plus, c'est que je puis 
me glorifier de ne la devoir à personne et n'en avoir obli- 
gation qu'à ma seule industrie. Je voudrais bien savoir ce 
qu'en dira M. votre premier président, et que dans une 
année seule je me sois revu le premier coUateur du royaume. 

On a rendu depuis cinq ou six jours un arrêt du grand 
conseil dont je prétends tirer, par un projet certain, un 
avantage de i5,ooo livres de rente au moins sur l'abbaye de 
Marmoutier ^. 

Pourvu que le sieur Gaillard soit bon pour payer encore 
les 2,000 et tant de livres qu'il doit, il n'importe pas tant 
que ce soit un peu plus tôt ou plus tard. 

Vous pouvez dire à M. le conseiller de La Pierre * que je 



(0 II s'agissait du brevet de prieure générale de Montfleury en laveur de 
Clémence de Claveyson. 

(2) Saint-Martin-desChamps, abbaye de Bénédictins, à PariSi fondée au 
VI* siècle, dont Jules-Paul de Lionne, fils du ministre, devint le prieur. 

(3) L'abbaye de Marmoutiers-lès-Tours, à une lieue de cette ville, bfttie 
par saint Martin vers SyS, de l'ordre de Saint-Benoît. On nommait son 
supérieur l'abbé des abbés. Jules-Paul de Lionne, ci-dessus nommé, fut abbé 
commendataire de cette abbaye. 

(4) Marc-Conrad Sarrazin, sieur de La Pierre, d^une famille issue de 
Phillibert Sarrazin , conseiller et médecin du roi , nommé conseiller au par- 
lement de Grenoble le i3 mars 1661, mort en 1689. Magistrat calviniste, 
il persévéra dans ses croyances après la révocation de l'Édit de Nantes, en 
dépit des rigueurs dont il fut Tobjet. Son fils Alexandre lui succéda dans sa 
charge 



DE HUGUES DE LIONNE. 213 

maintiendrai, et principalement à sa considération et de la 
recommandation que vous m'en avez faite, le sieur Faure, 
de Genève, dans son emploi contre toutes les attaques qui. 
lui seront faites, qui sont assez pressantes. 

J'ai grande impatience de revoir mon cher cousin, après 
tant de périls qu'il a courus, et encore plus de trouver les 
occasions de le servir et de donner quelque établissement à 
sa fortune. 



LXXVII 

A Suresne, ce 25* septembre i665. 

Ce que j'ai fait pour les enfants de ma cousine ne méritait 
pas les remercîments que vous m'en faites. On parlera 
dimanche de l'affaire de M. Chaléon % qui ne passera pas, 
si je ne m'en mêle bien avant et que le Monsieur le demande 
en pure grâce au roi, car il ne les accorde qu'à ceux qui 
l'ont servi dans les armées. 

L'intention du roi est que le monastère de Montfleury 
jouisse entièrement de la grâce qu'il lui a accordée à ma 
supplication, et non pas qu'un anonyme y eût aucune part. 
C'est pourquoi vous ne délivrerez point, s'il vous plaît, le 
brevet que je vous ai adressé que vous n'ayez auparavant vu 



(i) Just Chaléon, célèbre avocat au parlement, a bien fait, doux et rempli 
de vertus, » anobli par lettres du mois d'août i655. Il laissa de Louise de 
Gumin un fils, nommé Laurent, sieur de- Saint-Roman, qui fut conseiller 
au parlement le 25 janvier i668, épousa Marguerite de Chambrier et mourut 
le 26 octobre 169g. 



2 14 LETTRES INEDITES 

brûler en votre présence cette prétendue promesse des tiers 
que quelques particuliers ont faite sans aucune autorité ou 
qu'on ne vous donne quelque autre sûreté équivalente de la 
chose, autrement vous me renverrez ledit brevet. Les solli- 
citations auprès de moi ni l'expédition chez M. Letellier 
n'ont rien coûté, et il ne serait pas Juste qu'on dégraissât 
de cette sorte la libéralité du roi. Cela s'appelle en prendre 
sur le maître-autel. 



LXXVIII] 



A Saint-Germain, ce 4* mai 1666. 

Je n'ai pas eu jusqu'aujourd'hui la force- de vous écrire 
sur le désastre arrivé à mon pauvre cousin de Lesseins *. Je 
vous assure que j'ai été aussi sensiblement touché de sa 
perte que l'aurais pu être de celle de l'un de mes enfants. Il 
aurait évité son malheur s'il avait voulu consentir à un 
voyage que je voulais lui faire faire en Suède, il y a trois 
semaines : mais on ne peut fuir sa destinée. 

Comme l'abbé son frère ne s'est pas trouvé de profession 
à pouvoir avoir le gouvernement de Romans et que néan- 
moins j'ai désiré qu'il en tirât tout l'avantage , Je conférai 
avec lui là-dessus dès le jour du malheur de son frère, et il 
me parla si honnêtement sur le sujet de mon cousin, votre 
fils, que je crois être obligé de vous rendre compte de roblî- 



(i) Humbert de Lionne, gouverneur de Romans, ancien ambassadeur en 
Brandebourg, « enlevé par un triste accident, » dit Chorier. 



DE HUGUES DE LIONNE. 21 5 

cation que vous lui en avez , car il me déclara d'abord qu'il 
serait plus aise de le voir entre les mains de mondit cousin , 
juand il ne lui paierait même que la moitié de la valeur, 
jue s'il passait en des mains étrangères, dont il tirât tout 
e prix qu'il peut valoir. Ayant su son intention, je le 
iemandai au roi en faveur de l'abbé pour en disposer comme 
il lui plaira, et j'^^jouterai que j'aurais quelque pensée de le 
Faire tomber à mon cousin de Lionne, en faisant entre eux 
quelque ajustement, dont S. M. demeurera d'accord. Je 
suis entré depuis cela en matière avec l'abbé, qui m'a dit 
qu'il y a eu des conjectures où l'on en a offert à feu son frère 
jusqu'à 40,000 francs -, qu'il avait coûté à leur maison 
24,000 livres quand on Tacheta à M. de Saint-Féréol *, mais 
qu'il voulait aujourd'hui , en votre considération , l'estimer 
qu'à 20,000 livres, et que pour demeurer dans la même 
intention qu'il m'avait d'abord déclarée de ne vouloir de 
vous que la moitié de ce qu'il pourrait avoir d'un autre, il 
se contenterait de 10,000 francs. Il m'a assuré que le gou- 
vernement valait 400 écus, très-bien payés, 200 par le roi 
et 200 par la ville ; de sorte qu'il ne tiendra maintenant qu'à 
vous d'avoir 400 écus de rente pour une somme de 10,000 
francs , sinon il faudra que nous songions à prendre des 
mesures toutes différentes, et j'attendrai cependant à faire 



(i) Alexandre Sibeud de Saint-Ferréol, seigneur de Divajeu, fils d'Her- 
cule, qui fut nommé gouverneur de Romans le 25 décembre iSgy, à la 
suite de la prise de la citadelle de cette ville, et de Suzanne de Giraud , 
dame de Divajeu. Le 29 janvier 16 17, les consuls écrivirent à Louis XIII 
pour demander qu'Alexandre de Saint-Ferréol succédât à son père dans le 
gouvernement de Romans. Le roi y consentit par lettres du 5 mars sui- 
vant. « pour leur donner contentement et satisfaction, encore que ce fût 
chose extraordinaire ». Il avait épousé, le 18 août 1625, Catherine Moreton 
de Chabrillan, dont il eut trois fils : Antoine, Alexandre et Nicolas. 



2l6 LETTRES INEDITES 

expédier les provisions du gouvernement jusqu'à Ta 
de votre réponse \ 

Parmi tous ces malheurs et embarras, vous ne ser 
fâché, je m'assure, d'apprendre que le roi , il y a six ; 
a eu la bonté de me faire un présent de 100,000 franc 
par aucune affaire que je lui eusse proposée , comme 
quefois cela arrive à la cour, selon les avis que Toi 
avoir, mais des propres deniers de son épargne et de s; 
libéralité, par une ordonnance du comptant. J'estime 
la chose en soi, quoiqu'elle soit très-considérable, t 
conséquence que j'en tire que S. M. ne doit pas êtr 
satisfaite de mes services, d'autant plus qu'il n'y a pa 
d'un an qu'elle m'a gratifié de l'abbaye de Marmoutie 
je vas porter, avant qu'il soit deux mois, à 25,ooo liv 
rente par la fin du procès que j'ai avec les moines, c 
bon succès m'est infaillible. 

Vous trouverez ci-joints les brevets de la lieutena 
de la cornette de mon cousin *, comme vous les avez d 
M. de Louvois^ m'a promis qu'il expédierait bien! 
ordres pour le paiement de la compagnie., à comn 
d'un jour qui sera bien avantageux à mon cousin. 

Madame la présidente de Musy * me presse viv 



(i) Le successeur d^Humbert de Lionne au gouvernement de ] 
ne fut pas Joachim , mais Tabbé de Lesseins lui-même, malgré sa 
sion religieuse, qui paraissait un empêchement au ministre. Le fi 
petit-fils de ce dernier furent ensuite gouverneurs de Ronums, en 
en 1704. 

(2) C'étaient des brevets de lieutenant et de cornette dans la coa 
dont Joachim pouvait disposer à son profit. 

(3; François de Louvois, fils de Michel Letellier, né en 1641, 
survivance du ministre de la guerre en 1666, mort le 16 juillet 16 
frère fut archevêque de Reims et sa sœur duchesse d^Aumont. 

(4) Marie-Catherine de Clermont, femme de Pierre de Muiy, 1 



DE HUGUES DE LIONNE. 2I7 

par ses lettres pour le changement de quartier de La Tour- 
du-Pin. Je lui répondrai que j^ mV suis employé avec 
chaleur, mais que je n^ai pu Tobtenir. 

Dites, je vous prie, à M. le président de Chevrières que 
M. le comte de Saint- Vallier est fort amoureux de Madame 

de Ludre , chanoinessc de 'et Tune des filles de 

Madame , que je lui parle tous les jours pour Tempecher de 
faire quelque sottise; car la demoiselle n'a pas un sol de 
bien , qu'il me promet bien 



LXXIX 



A Vincennes, ce 28* septembre 1666. 



Quand il serait vjrai, dont je doute, que Ton renvoyât, 
comme vous l'avez dit, deux compagnies de cavalerie en 
Dauphiné, je sais que je n'obtiendrais pas d'y faire aller 



de La Tour-du-Pin et Diemoz, premier président de la cour des aides de 
Vienne, puis au conseil souverain de Bourg et plus tard au parlement de 
Metz. 

(i) Marie-Isabelle de Ludre, chanoinesse de l'abbaye des dames nobles 
de Poussay (Vosges), que le duc de Lorraine Charles IV voulut épouser et qui, 
venue à la cour de France, devint fille d'honneur de Madame. Extrême- 
ment belle, elle eut de nombreux admirateurs, y compris Louis XIV, « qui 
l'aima un moment (près de deux ans) à découvert ». Sa naïveté et sa pro- 
nonciation allemande faisaient la joie des courtisans, qui aimaient à la 
taquiner. Elle quitta la cour et refusa superbement 200,000 francs que le 
roi lui fit offrir, « en considération de ses services ». Mais plus tard elle 
accepta 2,000 écus de pension et i5,ooo livres pour payer ses créanciers. 
Elle se retira d'abord au Boucher, puis en Lorraine, dans une maison reli- 
gieuse, où elle mourut dans un âge avancé. 

i5 



2l8 LETTRES INEDITES 

celle de mon cousin et de lui faire de nouveau traverser 
pour cela tout le royaume, voyant tous les jours combien le 
roi évite, tant qu'il peut, les marches de ses troupes, qui ne 
font que ruiner ses sujets et leur ôter les moyens de payer 
les tailles. 

J'ai déjà quelque engagement pour le mariage de ma fille, 
et c'est pour cette raison que je Tai tirée de son monastère *. 
Je vous dirai même confidemment la personne dont on m'a 
fait parler, mais vous ne vous en expliquerez, s'il vous plaît, 
à qui que ce soit qu'en général. C'est le fils du marquis de 
Bréval ^, qui aura, à ce qu'on m'a dit, 40,000 livres de rente 
et dont l'oncle, l'archevêque de Rouen ^, qui est d'ailleurs 
mon intime ami , en a 70,000 en bénéfices. Mais les 
choses ne sont pas si avancées que je ne m'en puisse honnê- 
tement retirer. J'aime et estime la personne du comte de 
Saint- Vallier et ne connais pas l'autre , et cela , joint à l'amitié 
étroite qui a toujours existé entre M. le président de Che- 
vrières et moi , me donne une pente entière de ce côté-là, et 
vous pourrez prendre sûr que j'en recevrai la proposition 
avec beaucoup d'agrément et serai très-aise qu'elle puisse 
réussir. Il est vrai que ma fille est fort délicate, et quoi- 
qu'elle soit entrée au mois de juillet dans sa seizième année 
et qu'elle ait déjà une petite gorge bien formée, ellQ n'a pas 
encore eu ses mois , ce qui soit dit entre vous et moi ; mais 
ce ne sera pas la difficulté ni aucune cause de retardement, 



(i) Le couvent de la Visitation de la rue Saint-Jacques, où elle et sa sœur 
Elisabeth avaient été élevées et où celle-ci fit profession et mourut en 171b. 

(2) Louis de Harlay de Champvallon, marquis de Bréval, cornette des 
chevau-Iégers de la garde du roi, tué au combat de Senef, en 1674. Il 
avait épousé, en 1671, Marie-Anne de l'Aubespin. 

(3) François de Harlay, abbé de Jumiége, archevêque de Rouen, puis d^ 
Paris, duc et pair, mort le 9 août 1693, âgé de 70 ans. 



DE HUGUES DE LIONNE. 219 

si on désire avancer la chose de l'autre côté comme du mien. 
Je ne suis pas pressé. II est question seulement de s'éclaircir 
de deux choses : Tune, quel avantage on voudra faire audit 
sieur comte de Saint -Vallier et présentement et après la 
mort du père et de la mère, et l'autre , qu'on ne compte 
presque rien sur ce que je donnerai à ma fille en la mariant. 
J'espère que le roi m'assistera (comme il a fait pour M. le 
premier président en pareille occasion) de 20,000 écus, et 
quand j'y en mettrais 10 autres mille du mien, c'est tout ce 
que je puis et veux faire présentement; car je dois encore 
200,000 écus, dont je prétends m'acquitter en quatre ans, 
jouissant de 200,000 livres de rente en bénéfices, appointe- 
ments et autres et ayant restreint ma dépense entre 60 et 
70,000 francs. Le roi m'a aussi promis de me faire de temps 
en temps des gratifications extraordinaires. Si bien que dès 
que je serai quitte j'aurai plus de deux millions de livres de 
biens, en n'y comptant même ma charge que pour 200,000 
écus, suivant le brevet de retenue que S. M. m'a donné de 
cette charge. M. de Rives ' a d'ailleurs 5oo,ooo francs de 
biens qui ne peuvent regarder que mes enfants, et sur tous 
les autres il aime ma fille. Mais il en veut jouir pendant sa 
vie et ne parlera point présentement. Outre que, entre vous 
et moi encore, je veux que tout son bien aille à mon aîné, et 
il me l'a promis. Ménagez tout ce que dessus avec votre 
prudence, sans témoigner aucune ardeur de ma part, mais 
seulement de la vôtre, afin de faire plus désirer la chose et 
procurer de plus grands avantages au comte •, mais surtout 
une prompte détermination et claire explication sur les deux 
points, parce que je pourrais cependant être pressé de l'autre 
côté que je vous ai dit. 



(i) La mère de la femme de Hugues de Lionne était née de Rives. 



220 LETTRES INÉDITES 

Si Tafiaire réussit , je veux la finir dans c^ carnaval ; car 
il faut que le père parle avant que la mère se trouve peut- 
être maîtresse de tout le bien dont elle aurait , à mon sens, 
bien de la peine à se dépouiller d^aucune partie ^ et comme 
je ne veux pas que ma fille se sépare sitôt de moi, je donne- 
rais aux mariés un appartement chez moi et nourrirais leurs 
personnes , et ils mettraient leurs gens et leur équipage dans 
une petite maison qui va être achetée et qui est attachée à 
ma basse-cour, où Ton ferait une porte de communication. 

Je tâcherai de faire prolonger adroitement Tachât du régi- 
ment d'Erbouyille jusqu'à votre réponse, car si le comte 
de Saint- Vallier devenait mon gendre, le roi ne me refuse- 
rait pas son agrément pour le commandement d'un vieux 
corps, dont je crois que celui de Navarre est à vendre. 



LXXX 



A Saint-Germain , ce 26* octobre 1666. 

Il ne faut point douter que Madame de Simiane ' n'ait 
rapporté tout ce que vous lui avez dit •, mais on a de concert 
voulu faire une tentative plus honnête de la part du père et 
de la mère , comme feignant de n'en avoir aucune connais- 
sance. Vous pouvez maintenant dire à Tentremetteusé, 
comme le tenant de moi, que je ne passerai d'un sol présen- 



(i) Anne de La Croix-Chevrières, fille de Jean, seigneur de Pisançon, 
mariée le 19 août i63i à Abel Simiane de La Coste, président en la chambre 
des comptes de Dauphiné. 



DE HUGUES DE LIONNE. 221 

tement la somme de 3o,ooo écus : Tétat de mes affaires ne 
me le permet pas. On ne pourra pas ôter avec le temps à 
ma fille plus de 400,000 francs, sans ce qui lui peut arriver 
de la mort de quatre frères, dont deux n'ont pas eu la petite 
vérole *. Si vous n'avez point encore parlé de ce que j'attends 
du roi dans une pareille occasion, il ne le faudra point dire, 
afin qu'il paraisse que je fais davantage. Si je voulais dès à 
présent donner 100,000 écus et que mes autres dettes me le 
permissent, je ferais ma fille duchesse dès demain. 

Si on ne veut pas le mariage aux conditions que j'offre, 
rompez tout pourparler. En ce cas-là, il vaudra bien mieux 
qu'ils laissent, après la mort du père, marier leur fils à 

Madame de Ludre, à laquelle je * qu'il se rattache. 

Pour ce que l'on vous a dit de la dépense des noces, elle se 
peut faire sans dépenser un sol : et j'y aurais plus d'incli- 
nation qu'autrement. 

Je ne veux pas chicaner sur ce qu'on veut donner au fils : 
mais assurément il n'aura pas de quoi vivre et faire la dé- 
pense nécessaire à faire son régiment ;*car 400,000 francs ne 
font que 20,000 francs de rente, et ne les feront pas si on 
les veut donner en terres. Mais je ne m'accommoderais pas 
qu'on les lui donnât sur Saint- Vallier et Serve \ parce que 



(i) Les épidémies de petite vérole étaient à cette époque si fréquentes et 
si meurtrières qu'on ne comptait sur l'avenir d'une personne qu'après 
qu'elle avait payé le tribut à cette maladie. Saint-Simon cite un nombre 
considérable de gens de la cour enlevés à la fleur de l'âge par cette affec- 
tion , que l'on traitait alors , il est vrai , de la manière la plus irrationnelle. 
Il n'est pas moins assez singulier, dans un projet de mariage, de voir un 
père de famille accroître les espérances de sa fille de cette considération que 
deux de ses enfants n'avaient point été varioles. 

(2) Lacune dans le manuscrit. 

(3) Les péages de Saint- Vallier et de Serves sur le Rhône furent confirmés 
au seigneur du lieu par un arrêt du conseil du roi du 21 avril 1664, et 



222 LETTRES INEDITES 

ce revenu-là consiste en péages, que je sais , à n'en pouvoir 
douter, quMIs seront attaqués et peut-^tre Tannée prochaine, 
le roi voulant rendre libre de tout impôt la navigation de 
toutes les rivières de son royaume *. Ce n'est pas que, si le 
mariage se fait, je ne veuille bien qu'il paraisse à S. M. que 
mon gendre a les péages de Saint-Vallier et de Serve et n'a 
point encore d'autre bien , afin que j'en puisse tirer un plus 
grand dédommagement , et je crois bien que je ne serai pas 
exposé à l'imputation des jouissances; mais la prudence 
veut que, même contre cela, je prenne mes sûretés, c'est- 
à-dire que M. et Madame de Chevrières seront obligés de 
remplacer en autres biens ce qui viendrait à manquer à 
celui qu'ils auraient donné à leur fils en le mariant. 



comme ils dataient de plus de cent ans (dès le XIV* siècle), ils conservèrent^ 
les anciens droits , qui étaient de 40 sols sur chaque muid de sel perçu à 
Serves et 12 sols à Saint- Vallier, d'après la pancarte du 14 septembre i565. 

(i) II était impossible quelle roi n'eût pas senti combien les nombreux 
péages par terre et par eau qui existaient en Dauphiné (Guy Allard n'en 
compte pas moins de 82) étaient peu fondés en droit, impolitiques, vexa- 
toires, enfin nuisibles aux intérêts de l'État et du public. Les titres et les 
droits de ces divers péages avaient été, il est vrai, révisés en 1445, par une 
déclaration du roi du 3i janvier i633 et un arrêt du conseil en date du 21 
avril 1664. Il y eut bien aussi quelques velléités d'en restreindre le nombre» 
mais les puissants personnages qui profitaient de ces abus ne permirent 
pas de donner aucune suite pratique aux réformes proposées. Peut-être la 
royauté, qui n'a attaqué dans la féodalité que ce qui la gênût, trouvait- 
elle de bonne politique de laisser des causes de conflits, de haine et d'an- 
tagonisme entre la noblesse et le peuple, qui ne leur permettaient pas de 
s'entendre et de s'unir contre l'omnipotence royale. Enfin, la vérité est que 
ces droits féodaux , qui n'étaient dans le principe que des usages usurpés 
et conservés par la force , se trouvaient au moment de la Révolution de 
1789 plus entiers, plus légitimes et plus protégés qu'à aucune autre épo- 
que, quoiqu'ils fussent la continuation de ces tributs que les premiers 
chefs féodaux imposaient aux voyageurs qui traversaient leur territoire, 
comme le font encore dans le centre de l'Afrique les petits hobereaux 
nègres. 




DE HL'GUES DE LIONNE. 323 



LXXXI 

 Sai nt- Germai n ) ce 3* décembre 1666. 

Je VOUS prie de dire à Messieurs les présidepts de Saint- 
André et de Beauchêne ^ que mardi prochain je leur ferai 
adresser une lettre du roi aux termes qu'ils m'ont témoigné 
de le désirer, et je répondrai alors à celles dont ils m^ont 
favorisé, n'en ayant pas bien le loisir aujourd'hui. Vous les 
pouvez assurer que M. le premier président de Dauphiné 
est ici parfaitement connu de tout le monde pour ce qu'il 
est , c'est-à-dire pour un vrai fat, sauf le respect de sa dignité ; 
et comme je prends grande part à l'intérêt de ces Messieurs 
les présidents, dont j'honore infiniment le mérite, s'ils me 
veulent suggérer le moyen de le mortifier en choses justes, 
je ferai bientôt voir à ce grand chef d'un parlement qu'il se 
trompe fort ou abuse fort les autres quand il croit ou veut 
faire croire qu'il a tout crédit ici et y obtient tout ce qu'il 
veut. Je veux pourtant avertir ces Messieurs d'une chose 
sur ce que mon cousin l'abbé de Lesseins m'a dit qu'eux 
et M . le président de Saint- Julien ^ ne saluaient plus ledit 
premier président, qui est que s'il en faisait ses plaintes 
de deçà, on y prendrait son parti et on ordonnerait à ces 
Messieurs, sans difficulté, de le saluer et peut-être de lui 



(i) Nicolas et Gabriel Prunier de Saint- André. 

(2) Louis de La Poype de Saînt-Julin de Granet, d'abord président au 
présidial de Bourg, puis président au parlement de Grenoble du 3o octobre 

i65o, fils de Melchior, capitaine de cavalerie, et de N de Granet, qui 

avaient fondé, en 1627, un couvent de Visitandines à Crémieu. Artus- 
Joseph, son fils, fut également président au même parlement par lettres 
du 16 février 1682 et premier président en lySo. 



224 LETTRES INEDITES 

faire des excuses du passé, sans que je puisse Tempêcher, et 
cela sur la maxime générale de soutenir les chefs des com- 
pagnies, afin que Tautorité du roi, qu'ils ont en main, ne 
s'avilisse pas en leurs personnes. Cest pourquoi je crois, si 
la chose est vraie , qu'il faudra réparer en quelque manière 
plus tôt que plus tard, pour ne se commettre pas à ce 
déplaisir. Mais qu'on me suggère ,* comme je Tai dit, quel- 
que autre moyen de le mortifier et on en verra bientôt Teffet, 
pourvu que de delà on garde le secret de ce que je vous 
mande. 



LXXXII 

A Saint-Germain, ce 14* décembre 1666. 

Minuit sonne lorsque je prends la plume pour vous écrire 
et ce n'est que pour vous dire qu'en quelque état que soit 
l'affaire du mariage du comte de Saint- Vallier avec ma fille, 
quand on vous en reparlera vous vous excusiez, s'il vous 
plaît, le plus honnêtement que vous pourrez de passer outre 
et que vous disiez que je vous ai révoqué votre pouvoir. Je 
vous en manderai les raisons avec plus de loisir et vous 
apprendrai seulement que c'est M. de Claveyson qui m'a 
ouvert les yeux par ce qu'il a écrit à son frère. Je n'ai le 
temps de vous en dire davantage. 

Je vous prie d'avertir M. de Claveyson que comme je suis 
né à Grenoble, dont la ville, à l'égard de l'ordre de Malte, 
est de la langue de Provence et le faubourg de celle d'Au- 
vergne , il faut des chevaliers de la langue de Provence pour 
faire les preuves qui me regardent, et par conséquent M. le 



DE HUGUES DE LIONNE. 225 

commandeur de Montgontier ^ ne pourra être des commis- 
saires, dont je suis bien fâché. 



LXXXIII 

A Saint-Germain, ce 14' janvier 1667. 

Je suis en peine de ce que vous ne m^avez point accusé la 
réception de la lettre par laquelle je vous avais révoqué le 
pouvoir de traiter du mariage de ma fille. Le comte de Saint- 
Vallier, qui est un bon garçon que j'aime, en a usé ici impru- 
demment, car il a divulgué l'affaire dans la cour comme 
une chose faite et elle est allée jusqu'au roi , qui m'en a parlé, 
et cela n'est pas mon compte, puisque, quand il voudrait 
ma fille sans dot, voire quand il la doterait, après y avoir 
mieux pensé, je ne la lui donnerais pas et particulièrement 
depuis que S. M. a donné 200,000 francs à chacune des 
filles de M. Colbert, qui épousent des ducs. Je vous prie 
donc de ne pas attendre qu'on vous reparle de l'affaire pour 
la rompre , mais d'envoyer dire à Madame de Simiane que 
vous avez reçu des lettres de Paris qui vous obligent à la 
prier de ne plus parler à M. et à Madame de Chevrières, 
parce que ce serait fort inutilement, votre pouvoir ayant été 
révoqué. Je vous conjure qu'aucune considération ne vous 



(i) François de Bocsozel de Montgontier, commandeur de Saint-Paul-lès- 
Romans, grand-bailli de Lyon de 1667 à 1671. Il commanda l'escadron de 
Malte à l'attaque de Gigéry. Un membre de la même famille, Jean-Baptiste- 
Louis, fut en 1 744 grand-maréchal et procureur général de l'ordre de Malte, 
grand'croix de la langue d^Auvergne. 



226 LETIRES INEDITES 

empêche de faire précisément ce dont je. vous prie, et si ce 
même bruit s'était divulgué dans votre ville, vous le dé- 
truirez, s'il vous plaît, entièrement par vos discours. Je ne 
laisserai pas de servir le comte en toutes les occasions où je 
le pourrai. J'en ai refusé, depuis huit jours, un autre qui a 
plus de biens et de qualités que lui, car il est petit-fils d'un 
maréchal de France. Adieu. 



LXXXIV 



A Saint-Germain, ce S* mars 1667. 

Puisque le cardinal Impcriali ', qui est le plus habile 
homme du sacré collège, m'a souvent dit qu'il changerait 
volontiers son poste avec le mien, quand même il se trou- 
verait neveu d'un pape , je n'ai pas peine à trouver la raison 
pour laquelle je défierais bien tout cardinal d'avoir autant 
de joie, lorsqu'on lui a annoncé sa promotion, que j'en res- 
sentis quand le roi me dit la grâce qu'il voulait faire à mon 
fils. Je vous assure que, S. M. ayant vu l'eflFet qu'elle pro- 
duisit en moi, elle fut quatre jours durant aussi empressée 
que moi-même, ne se pouvant lasser d'en parler et de 
témoigner combien elle était aise de m'avoir donné une si 
grande joie. Voilà le fondement de tout^. Maintenant il faut 



(i) Laurent Impcriali, créé cardinal en i652, gouverneur de Rome, 
« aussi passionné Autrichien que mauvais Français, » dit Saint-^imon. II 
fut destitué, sur la demande de Louis XIV, à la suite de Tattentat des 
Corses. Il mourut le 21 septembre 1673, âgé de 62 ans. 

(2) 11 s'agissait de la survivance de la charge de ministre des affaires 
étrangères accordée au fils aîné de de Lionne, par brevet du 14 février 1667. 




DE HrCLTS DE UOXXE. 2^7 



songer aux mariages de moo fils et de ma fille et trou\^r 
quelque chose de bon pour Fun et pour Tautre, et je com- 
mence à éprouver qu'A me sera fort facile, car les propo- 
sitions me pleurent de toutes parts, meilleures Tune que 
Tautre. J'en reçus hier une pour ma fille d'un jeune homme 
de vingt-quatre ans, qui aura 5o,ooo écus de rente, qui est, 
entre vous et me» , le fils du président de Bercy % dont la 
sœur est mariée au fils du président de Novion *, Cest le 
plus riche homme de la robe qui soit en France. Mais avant 
qu'y entendre je veux songer encore à faire mieux, si je 
puis, et, voyant que j'ai bonne main aux survivances, même 
sans m'en mêler, je veux voir si en les demandant je pour- 
rais obtenir celle de procureur général pour M. de Harlay, 
le fils ^, auquel cas je suis assuré qu'il prendrait ma fille 
presque pour rien , et il aura tout son bien et tout celui de 
la maison de Bellièvre *, avec une des plus considérables 
charges de la France. Gardez- vous bien, s'il vous plaît, de 
parler à âme qui vive d'aucune de ces deux affaires. 
Pour mon fils, j'ai en main trois partis, à quoi on tra- 



(i) Ce jeune homme et sa sœur Catherine - Anne étaient enfiants de 
Charles Malon, seigneur de Berci, doyen des maîtres des requêtes, et de 
Françoise Berthelin, qui était extrêmement riche. Il devint intendant des 
finances et gendre de Desmaretz. 

(2) Nicolas Potier, seigneur de Novion , président à mortier au parlement 
«de Paris, puis premier président, greffier et secrétaire de l'ordre du Saint- 
Hsprit en i656, décédé le 24 janvier 1677. 

(3) Achille de Harlay, seigneur de Grosbois, successivement conseiller, 
procureur général et enfin premier président du parlement de Paris en 

1689. Il mourut dans la retraite le 23 juillet 171 3, âgé de 73 ans. Il avait 
succédé à Novion. Saint-Simon (Afém., t. i, p. 157) porte contre ces deux 
présidents les accusations les plus graves. 

(4) Jeanne-Marie, fille de Nicolas de Bellièvre, procureur général nu par- 
lement de Paris, et de Claude Brûlart, avait épousé en i638 Achille de 
Harlay, deuxième du nom, comte de Beaumont, procureur général au par- 
lement. Elle mourut le 11 février 1657, à l'âge de 40 ans 



22(S LETTRES INEDITES 

vaille , dont le moindre est de 5o,ooo livres de rente et le 
plus fort de 80. Ce dernier est en Bretagne, mais la fille n'a 
que onze ans. Tous me font dire qu'ils préféreront mon 
alliance à celle de M. Colbert, à cause de la sécurité qui 
leur paraît plus grande en ma fortune, quoique le pouvoir 
effectif soit plus de l'autre côté. Mais ils le considèrent 
accompagné de plus d'épines et de faux pas qu'ils ne croient 
en voir dans la marche que je fais, où, à vous dire vrai, je 
ne trouve que roses, ayant l'affection et Testime du maître 
autant que je le puis désirer. Dieu sur tout '. 

Depuis ce que dessus écrit, je vous dirai que la négo- 
ciation du mariage avec le fils du procureur général prend 
un bon train et qu'en tous cas il ne tiendra qu'à moi de la 
placer dans le parquet du parlement de Paris , car Madame 
Talon ^ me fait sonder sur celui de M. son fils. 

Je vous adresserai par l'ordinaire prochain, si je ne le 
puis par celui-ci, mes réponses aux autres lettres qui me 
sont venues de Grenoble. 



LXXXV 



A Saint-Germain, ce 8* avril 1667. 

M. l'archevêque d'Embrun ^ m'écrit qu'il vous a donné 



(i) Aucun de ces projets de mariage ne se réalisa. Le fils aîné de Hugues 
de Lionne épousa, le 27 avril 1675, sa parente Renée de Lionne. 

(2) P'rançoise Doujat, veuve d'Omer Talon, mort avocat général au par- 
lement de Paris en iG52, après avoir été intendant de Grenoble en i633. 
Son fils, Denis Talon, succéda à son père, fut ensuite président à mortier 
en 1690 et mourut en ifioH. 

(3) Georges d'Aubusson de La Feuillade, archevêque d'Embrun en i658, 
sur le refus d'Anus de Lionne, ambassadeur à Venise. Il passa au siège de 
Metz, où il mourut le 22 mai 1697, à 88 ans. 




DE HUGUES DE LIONNE. 229 

avistie la mort de M. le comte de Seyve ^, qui a été tué en 
duel par un gentilhomme de Foretz, aux portes de Madrid, 
afin que vous prissiez les meilleures voies de faire savoir 
cette mauvaise nouvelle à M. et à Madame de Chevrières. 
Je vous prie de leur en faire de ma part un compliment de 
condoléance. Cet accident ne servira pas à rétablir la santé 
du père. 

J'ai cru devoir vous informer de ce qui s'est passé ici 
depuis quelques jours avec M. le comte de Saint- Vallier, 
afin que s'en allant de delà il ne puisse rien changer dans les 
relations qu'il en pourra faire que vous n'ayez moyen de 
relever et de détromper ou son père ou sa mère ou le reste 
du monde. 

Il y a quelques jours qu'il s'expliqua à l'une des demoi- 
selles de ma femme qu'il s'en allait exprès en Dauphiné pour 
faire lever tous les obstacles qui s'étaient jusqu'ici rencontrés 
à son mariage avec ma fille, qu'il souhaite, disait-il, avec 
la dernière passion. Je crus là-dessus être obligé, pour em- 
pêcher qu'il ne fît une course inutile, de lui faire parler 
clairement par mon cousin l'abbé de Lesseins, lequel, à ma 
prière , lui déclara de ma part que ce mariage ne pourrait 
jamais se faire, quoique j'eusse beaucoup d'estime et de 
tendresse pour sa personne; que j'avais d'autres pensées et 
d'autres engagements qui ne me permettaient pas d'y en- 
tendre, et qu'il s'assurât néanmoins qu'en toutes les occasions 
de le servir ou de procurer son avancement je m'y emploie- 
rais avec la même efficace et la même chaleur que s'il avait 
été mon gendre. 

J'avais cru que cela mourrait là, mais ledit sieur comte 



,1) Jacques-Benoît, comte de Sayve, fils puîné de Jean de La Croix et de 
Marie de Sayve, tué en duel. Guy AUard dit assassiné. 



23o LETTRES INEDITES 

m'étant venu dire adieu , il me parla d'abord de la harftigue 
que lui avait faite mon cousin , dont il me témoigna être au 
désespoir ; et en effet son discours fut toujours accompagné 
de beaucoup de larmes, qui me faisaient pitié. Il me dit, 
entre autres choses , qu'il ne devait pas souffrir de la mau- 
vaise conduite des autres et qu^aujourd^hui Tafbire était en 
état que j'en serais le maître et pourrais prescrire telles con- 
ditions que je voudrais. Je lui répondis que la difficulté ne 
consistait pas en cela et que dans la résolution que j^avais 
prise je n'avais aucun égard aux choses passées, mais qu^elle 
était immuable. Ne me laisserez-vous pas, répliqua-t-il, au 
moins un peu d'espérance et que je puisse me promettre 
d'être au moins votre pis aller ? Alors je crus le devoir dé- 
tromper entièrement et je lui dis qu'il pouvait attendre de 
trouver facilement des partis plus avantageux que ma fille, 
qui perdait en cela plus que lui, mais que, afin quUl s'ôtât 
de l'esprit une pensée qui pourrait Pinquiéter toujours in- 
utilement, je devais par amitié lui déclarer mes véritables 
sentiments, qui étaient qu'en quelque temps que ce fût, 
quand M. son père et Madame sa mère se dépouilleraient 
tous deux de tous leurs biens en sa faveur et se retireraient 
dans un cloître , ce mariage ne se ferait pas. 

J'oubliais de vous dire qu'il me conta en passant qu'il 
était auprès du roi d'entrer, par son entier agrément, dans 
toutes les charges de la cour les plus hautes , à la réserve de 
celles de capitaine des gardes et de premier gentilhomme de 
la chambre. Le pauvre garçon me fit compassion en cela et 
vous entrerez dans le même sentiment quand )e vous aurai 
dit en grande confidence un discours que le roi m'avait tenu 
sur son sujet le jour d'auparavant, qui est que S. M. me 
dit : Avouez-moi la vérité , le comte de Saint- Vallier n'est-il 
pas un des plus sots hommes du monde ^ ? Je me trouvai 

(i) Ces paroles paraissent bien étonnantes de la part d^un roi ordinaire- 




DE HUGUES DE LIONNE. 23 1 

assez surpris sur ce que je devais répondre pour ne rendre 
pas un mauvais service à ce gentilhomme ou pour ne passer 
pas moi-même pour un sot, qui ne connaissait pas les gens. 
Je pris donc un écart et dis au roi que j'admirais tous les 
jours davantage la per^icacité de son esprit à pénétrer la 
qualité de celui des autres sur deux ou trois mots au plus 
qu'on aurait pu lui dire; qu'il était vrai que le comte de 
Saint-Vallier n'était pas un des pius habiles et éclairés esprits 
du monde, mais qu'il ne l'avait pas aussi épais que S. M. 
pouvait se l'imaginer. 

Ce garçon s'est perdu d'estime dans les Gardes par son 
avarice (cependant j'apprends que son père craint qu'il ne 
pèche par le défaut contraire) et par ses amours de Madame 
de Ludrc, où les éveillés de la cour l'ont toujours joué. 
Prenez garde qu'il rit toujours de ce qu'il dit, quoiqu'il n'y 
en ait pas matière. Ses larmes aussi ne me plaisaient pas, à 
cause du mal de la famille, sachant qu'elles lui sont fré- 
quentes. Il aurait mheux fait de se mettre à la tête d'une 
compagnie de chevau-légers que d'avoir un corps à gou- 
verner, où il sera le jouet des officiers. 

J'ai rompu le mariage du comte de Saint-Géran % à cause 
qu'il a trop de dettes et de procès, quoiqu'il ait de grands 
biens. Il y a présentement sur le tapis deux autres : celui 
du magistrat que vous savez et le fils du duc de La Vieu- 



ment si maître de lui-même, qui, sachant combien ses jugements avaient 
de la portée, s'appliquait à ne rien dire de désobligeant à personne. Le 
comte de Saint-Vallier était, paraît-il, un bon garçon, dont l'embonpoint 
annonçait les mœurs aimables et le caractère facile. 

(i) Bernard de La Guiche, petit-fils du maréchal de ce nom , seigneur de 
Saint-Géran, lieutenant général, chargé de plusieurs ambassades, mort le 
i8 mars 1690, ne laissant qu'une fille, religieuse, de Françoise-Claude- 
Madelcine de Warignies. 



232 LETTRES INEDITES 

ville ', qui aura 5o,ooo écus de rente et qui voudrait la 
pairie par mon moyen. Je vous assure qu'il y a bien de la 
peine en de pareilles affaires, car voilà les deux plus grands 
partis de France , et néanmoins j'y hésite si fort que peut- 
être de ma propre volonté leur préfèrerai-je quelque gentil- 
homme. Le fils du premier est , à ce qui me revient, Thomme 
du monde le plus fantasque et le plus terrible chez lui : c'est 
l'apanage de toute la famille ; or, celle du duc est fort soujp- 
çonnée, pour ne pas dire convaincue, de lèpre. Allez-y frotter 
une pauvre fille, qui tombera dans quelques années en 
morceaux, comme Madame de Manicamp ^. Enfin je suis 
fort empêché. 



LXXXVI 



A Paris, ce 6* janvier 1668. 

Je romps mon silence bien agréablement, ce me semble, 
pour vous et pour moi , puisque c'est pour vous assurer 
que je me porte aussi bien que j'aie jamais fait et pour vous 



(i) Charles de La Vieuville, du nom de Kokskeat en Bretagne^ gouver- 
neur du duc de Chartres et de Poitou , chevalier d'honneur de la reine, 
charge qu'il avait achetée en 1664 du marquis de Gordes, décédé le 2 fé- 
vrier 1689, à 73 ans. Il eut d'Anne-Lucie de La Motte-Houdencourt une 
fille, qui fut dame d'atours de la ducl^se de Berri et devint la célèbre 
Madame de Parabère. 

(2) Renée Lecomte de Montauglan, femme d'Achille de Longueval, sei- 
gneur de Manicamp, lieutenant général , à qui les échevins de Réthel dé- 
cernèrent une épée d'honneur pour avoir défait Turenne sous les murs de 
cette ville. Il était le père de Gabrielle de Manicamp, qui devint la maré- 
chale d'Estrées , célèbre parmi les belles personnes de ce temps-là. 



DE HUGUES DE LIONNE. 233 

apprendre que vous avez un petit -neveu' qui n'est plus 
seulement secrétaire d'État en herbe et en espérance , mais 
dans la fonction réelle de sa charge, le roi ayant trouvé bon 
hier que je me déchargeasse entièrement sur mon fils des 
provinces de mon département * et de la marine , dont il 
signera à l'avenir toutes les expéditions, entrera dans les 
:onseils où ces affaires-là se traitent en présence du roi , y 
recevra les ordres de S. M. et les exécutera seul, sans que 
ie ne me mêle plus que des affaires étrangères , dont il ne 
peut être encore assez capable. Voilà une grande et bien 
extraordinaire grâce pour un jeune homme de 21 ans. Je 
l'ai demandée au roi pour mes étrennes et il me l'a accordée 
avec des circonstances de bonté qui augmentent le bienfait. 
J'espère de pouvoir bientôt vous donner aussi la nouvelle 
du mariage de mon fils et de ma fille, et qu'ils se feront 
vraisemblablement l'un et l'autre dans ce carnaval, et vous 
verrez, je m'assure, que je n'aurai rien perdu pour attendre. 
Te suis tout à vous. 

Le seul département de mon fils , |dans l'état qu'il est , 
aut mieux que chacune des charges de M. de Lavrillière ^ 



i) Louis-Hugues de Lionne, fils aîné du ministre. 

i) Il n^existait point alors de ministère de Pintérieur. Chaque ministre 
t dans son département cinq ou six provinces, que des intendants 
inistraient sur les lieux. Ces hauts fonctionnaires, sortes de préfets, 

avec de plus grandes attributions, ne méritent pas en général les 
s reproches qui leur sont faits de nos jours. Ceux du Dauphiné, à en 

du moins par leurs correspondances, étaient des hommes fort dis- 

s , pleins de bonnes intentions et d'une très-grande politesse envers 

s petites autorités. 

«ouis Phély peaux, fils de Raimond, seigneur de La Vrillière et de 
aneuf, conseiller en 1620, secrétaire d'État en 1629, prévôt et maître 
fmonics des ordres du roi en 1643, mort le 5 mai 1681, âgé de 83 
rès avoir eu de Marie Particelle six fils et deux filles. 

16 



234 LETTRES INEDITES 

OU de M. de GuénégaudS car, outre les vaisseaux et les 
galères, il a cinq provinces, dans lesquelles se trouvent trois 
parlements et trente évêchés *. 



LXXXVII 



 Saint-Germain, ce 9* mars 1668. 

J« ne prends la plume que pour vous donner la satisfac- 
tion que je m'assure que vous aurez d'apprendre que j'ai de 
très-bonnes espérances du mariage de M. le duc de Venta- 
dour avec ma fille ^, quoique des esprits charitables de cour 
n'aient rien oublié de le traverser ou par envie ou par des 
desseins de marier ailleurs ledit sieur duc. Il me semble que 
Mgr le prince, qui avait sa mission du roi, y donna hier 
presque le dernier coup. Comme il a été obligé d'aller à 
Chantilly jusqu'à lundi , je pourrai peut-être vous en mander 
des nouvelles avec plus de certitude mardi prochain. 



(i) Henri de Gudnégaud, marquis de Plassis, seigneur de Fresnes, secré- 
taire d'État, garde des sceaux, chevalier de Tordre en i636, mort le 16 
mai 1676, âgé de 76 ans. Il eut d'Isabelle de Choiseul-Praslin une fille, 
Claire-Bénédicte, qui fut la comtesse de Boufflers. De ses quatre fils, deux 
furent tués à l'armée et les deux autres furent prêtres. La rue Guén^aud, 
dans laquelle il avait fait bâtir un hôtel, lui doit son nom. 

(2) Par le règlement intervenu, le 7 mars 1660, entre de Lionne et Col- 
bert, le premier céda à celui-ci la marine de toutes les provinces du royaume, 
les galères, les compagnies des Indes, le commerce intérieur et extérieur, 
les consuls, les manufactures et les haras. Par contre, Colbert résigna à 
son collègue la gestion des affaires de la Navarre, du Béarn, du Bigorre et 
du Berry, avec une augmentation d'appointements de 4,000 livres; à quoi 
le roi ajouta une somme de 100,000 livres, à titre d'indemnité. 

(3) Malgré cette annonce pleine d'assurance , ce mariage ne se fit pas. On 
verra plus loin pour quelle raison. 




DE HUGUES DE LIONNE. 235 

J'ai aussi de meilleures espérances que je n'avais pour 
révêché de Grenoble, qui n'aurait pas été une affaire pour 
moi de deux jours sans de pareils bons offices qu'on a prêtés 
à mon cousin * à toute outrance et au delà de ce que je puis 
vous dire. 



LXXXVIII 



A Saint-Germain, ce ii' avril 1668 *. 

Je vous prie de n'avancer pas davantage la négociation 
du mariage dont je vous écrivis il y a quelques jours. On 
m'a dit certaines choses de l'habitude du corps du cavalier 
qui ne me plaisent pas ^ et j'en veux conférer avec Madame 
de Chaulnes ^ avant que de passer plus avant. 

Je servirai de bon cœur l'historien de Dauphiné pour lui 
faire avoir la commission qu'il désire ^, et je vois que pour 
cela je n'aurai qu'à en dire un mot au sieur d' Alliez, pourvu 
que quelqu'un m'en fasse souvenir, car j'oublie souvent. 



(i) 11 s'agissait de faire obtenir Tévêché de Grenoble à l'abbé de Lesseins. 

(2) 1GG8 et non 1670, comme on le lit dans le manuscrit. 

(3) Louis-Charles de Lévis, duc de Ventadour, pair de France. Il épousa, 
le 14 mars 1671, Charlotte de La Motte -Houdancourt, gouvernante des 
enfants de France, en 1704, dont il se sépara et qui fut mise dans un 
couvent. C'était, dit Saint-Simon, un homme fort laid et contrefait, qui 
avait toujours mené la vie la plus obscure et la plus débauchée. Il mourut 
aux Incurables le 28 septembre 171 7. 

(4) Marguerite de Chissé, mariée à Claude de Chaulnes, président au 
bureau des finances de Dauphiné. 

(5) Chorier fut nommé le i3 septembre 1666 procureur du roi à la 
commission établie en Dauphiné pour la recherche des usurpateurs des 
titres de noblesse, et ensuite comte palatin de l'Église romaine. 



236 LETTRES INEDITES 

dans la multitude d aflaires que j'ai, celles que je souhaite- 
rais le plus de faire et nommément les miennes. 

M. le comte de Saint- Vallier doit être content du poste 
où il se trouve placé. Chacun convient que le comte de 
Nogent a bien vendu sa charge ', mais que ledit comte, 
toutes choses bien considérées, a fait encore une meilleure 
affaire que lui. On me parle déjà pour lui d'un mariage. Je 
vous prie de savoir de M. et Madame de Chevrières ce 
qu'ils voudront lui donner ou assurer dès à présent. Il est 
important que je m'en trouve bien informé pour ne laisser 
pas échapper les occasions, qui me paraissent avanta- 
geuses. 



LXXXIX 

A Saint-Germain, ce i8* mai 1668. 

J'ai une joie extrême de pouvoir vous donner la nouvelle 
que j'ai eu le bonheur de faire réussir la pensée que vous 
savez que j'avais il y a longtemps de faire tomber l'ambas- 
sade de Venise à M. le président de Saint- André *. Pour 
cela j'ai été obligé de dire au roi deux choses : Tune, qu'il 
était fort capable, et je sais que de ce côté-là j'en aurai 



(i) Le comte de Nogent avait vendu au comte de Saint- Vallier, à un prix 
assez élevé) la charge de capitaine des gardes de la porte. Hugues de Lionne 
donne à entendre que l'intérêt du vendeur contribua beaucoup à fidre 
obtenir l'agrément du roi. 

(2) Nicolas Prunier de Saint-André fut pendant trois années ambassadeur 
à Venise. Il fut nommé premier président du parlement de Grenoble en 
1G79. 



DE HUGUES DE LIONNE. 2l>^ 

plutôt des louanges de S. M. que des reproches, Tautre, 
qu'il était fort riche et en disposition de faire honneur à 
l'emploi en ajoutant ce qu'il faudra de son propre bien à la 
modicité des appointements, qui ne sont que de 6,000 écus, 
comme ceux de mon oncle le président '. J'ai bien fait un 
autre coup qui lui peut être avantageux dans la suite, car 
j'ai dit par avance.à S. M. que, quand il l'aura bien servie, 
c'était un sujet très-propre à lui donner la charge de premier 
président de Grenoble, que son aïeul et son bisaïeul ont 
dignement possédée. Je n'ai pas le temps de vous en dire 
davantage et je me remets au surplus de cette affaire à ce 
que ledit sieur président en trouvera dans la dépêche ci- 
jointe. 



XC 



K 



J'ai parlé au roi et j'en ai eu toutes les bonnes paroles que 
je pouvais désirer. Il m'a d'abord positivement promis pour 
vous une abbaye, disant qu'il n'y en avait présentement 
aucune vacante, mais qu'il ne pouvait passer trois ou 
quatre mois qu'il n'en vaquât ^. Je lui ai témoigné que votre 



(i) Ennemond Servien, ambassadeur en Savoie. 

(2) Lettre sans date ni nom de lieu, mais évidemment écrite à Paris et 
adressée à Tabbé de Lesseins, qui se trouvait dans cette ville. 

(3) Les rois de France s'étaient attribué le droit de disposer des revenus 
des monastères en faveur de commendataires, de bénéficiers et autres 
parasites sans fonctions et sans résidence. Cet abus produisit une grande 
diminution dans le nombre des religieux, ce qui, d'ardentes convoitises 



238 LETTRES INEDITES 

honneur et le mien seraient bien plus à couvert si on prenait 
votre récompense sur Tévêché même de Grenoble, outre que 
je ne voulais pas que vous lui fussiez à charge, s'il était 
possible, et qu^il était bien plus naturel que celui qui aurait 
cet évêché vous donnât cette récompense. Il y a donné la 
main , à condition que je lui proposerais des sujets agréables 
et dignes de ce caractère , et m'a dit que j'en donnasse une 
liste au P. Ferrier ^ J'ai été du même pas trouver ce bon 
Père, qui est ici , et lui ai nommé les abbés Testu *, Amelot ^, 
de Méliand, d'Espesses^ et y ai ajouté G)rrigni. Il a mis 
tous ces noms sur son agenda et m'a promis de me rendre 
aussitôt compte de ce qu'il aurait fait avec le roi, dont il 
espère bien et particulièrement après certaines instructions 



aidant, servit de prétexte, en 1768, à la Commission des Réguliers pour 
fermer plusieurs établissements monastiques et, en 1790, à PiVssembléc 
nationale pour les supprimer tous. 

(i) Jean Ferrier, né à Rodez en 16 19, entré chez les Jésuites, ensuite 
confesseur de Louis XIV, mort en 1674, laissant un Traité de la science 
moyenne. 

(2) Jacques Testu, abbé de Belval, membre de TAcadémic française, 
« homme fort singulier, maigre et blond, » dit Saint-Simon, grand ami 
de Madame de Sévigné et de Tabbcsse de Fontevrault, mort en 1706, à 
plus de 80 ans. Il ne lui restait plus que le bec, au dire de Madame de 
Maintenon. 

(3) Nicolas Amelot, né le iG août 1624, conseiller au parlement de Paris, 
du 17 juillet 1648, abbé commcndataire du Guay, de Laussay et du Mans, 
évcque de Lavaur en 1671, archevêque de Tours' de i683 à 1687. Son 
frère, Charles Amelot, seigneur de Gournay, président au grand-conseil, 
avait épousé Marie Lyonne, fille de Jacques, grand-audiencier de France, 
et de Marie de Gresse. 

(4) Louis-Henri de Faye d'Espessès , abbé de Saint-Pierre de Vienne, mort 
en 1680, fils de Jacques, avocat général au parlement de Grenoble. Jean de 
Bellicvrc, premier président, qui avait épousé la tille de ce dernier, fit 
tous ses efforts pour faire nommer Tabbc d'Espcsscs évoque de cette vilk. 



DE HUGUES DE LIONNE. 239 

que je lui ai encore données de ce qu'il avait à dire ^ Enfin 
je crois pouvoir répondre d'une abbaye ou bientôt par le 
moyen de Tcvêché de Grenoble ou quand il en viendra à 
vaquer. Je vous enverrai un laquais dès que le P. Ferrier 
aura parlé. 



XCI 



A Saint-Germain, ce b* février 1670. 

Je vous adresse la réponse que je fais à M. le président 
de Chevrières , que je serais bien aise qu'il vous fît voir. Je 
ne lui donne point de conseils que je ne prisse pour moi- 
même dans un cas pareil. S'il laisse échapper cette occasion, 
il n'en retrouvera jamais de semblable ni même de beaucoup 
approchante, et c'est un grand bonheur que Nogent* soit 
intéressé à faire avoir l'agrément à celui avec qui il traitera; 
car, hors de cela, ce point-ci de l'agrément pourrait bien 
avoir ses difficultés auprès du roi à l'égard du comte de 
Saint- Vallier, même pour une moindre charge de sa maison 



(i) Aucun des candidats cités plus haut ne fut nommé. Le choix porta 
sur Etienne Le Camus, qui fut consacré évêque de Grenoble le 24 août 
1671, créé cardinal le 2 septembre 1686 et mourut le 12 septembre 1707, 
âgé de 75 ans. 

(2) Armand Bcautru , comte de Nogent , maître de la garde-robe du roi , 
capitaine des gardes de la porte, marié en i663 à Diane-Charlotte de 
Caumont, sœur aînée du comte de Lauzun et fille d'honneur de la reine. 
11 fut tue le 12 juin 1672 au passage du Rhin, étant lieutenant général. 
Une de ses filles épousa le duc de Biron; une autre, nommée Marie, s'allia 
au marquis de Rambures et mourut le 16 mars i683. 



240 LETTRES INEDITES 

que n'est celle de capitaine de la porte, et je ne sais si 
Monluet la lui avait obtenue. 

Je laisse à mes cousins de vous rendre compte des satis- 
factions que nous trouvons dans le mariage que nous achè- 
verons après-demain, et plus même dans la personne du 
comte de Nanteuil ' que dans la grandeur de Talliance et 
dans l'assurance des dignités qui seront bientôt ou tard im- 
manquables à ma fille et à ses enfants. Je vous avoue que 
je n'avais pas espéré en passant à Grenoble en 1640, où je 
reçus des réprimandes de la dissipation de mon bien, que 
j'eusse dû avoir des enfants ducs et pairs de France , ni que 
le roi m'eût dû faire un présent de 200,000 francs pour 
marier ma fille, après avoir eu de son épargne 200,000 
autres la même année *. 

Mon cousin a fait des merveilles en Pologne ^, sans flat- 
terie. J'ai quelque pensée (dont je ne lui ai encore rien dit) 
de l'envoyer résider auprès de l'Électeur de Brandebourg, 
à 12,000 fi'ancs d'appointements par an. Je suis seulement 
en peine, si cela est, ce dont vous pourriez l'assister, sans 
vous être trop à charge, pouvait suffire pour lui donner 
moyen de soutenir la dépense de cet emploi, que M. de 
Vaubrai, qui l'occupe, a porté, ce me semble, à un trop 
grand éclat. 



(i) François-Ânnibal d'Estrdcs portait alors le nom de comte de Nanteuil. 
Il devint duc et pair en 1687, chevalier des ordres du roi, marquis de 
Cœuvres, gouverneur de l'Ile-de-France et mourut le 11 septembre 1698, 
âge de 3o ans. Il s'était remarié le 23 avril 1688 à Madeleine-Diane de 
Vaubrun, fille d'un lieutenant général tué au combat d'Âltenheim. 

(2) La dot constituée par Hugues de Lionne à sa fille était de 400,000 
livres, dont 76,000 comptant et le reste payable dans deux ans. Les époux 
devaient être logés et nourris, avec trois femmes de chambre, à l'hôtel du 
ministre. 

(3) Joachim de Lionne, alors ambassadeur en Pologne, où il obtint du 
roi Michel le chapeau de cardinal pour S. E. de Bonzi. 



DE HUGUES DE LIONNE. 24 1 



XCII 



A Paris, ce i6* mai 1670. 



J'ai été très-aise de voir dans la dernière lettre dont vous 
m'avez favorisé les judicieux sentiments de M. et de Madame 
de Chevrières sur la qualité de Talliance qu'ils souhaitèrent 
pour M. le comte de Saint- Vallier, qui est plutôt de désirer 
pour lui l'appui qu'un plus grand bien. Je ne saurais assez 
en cela louer leur prudence par toutes les raisons que je vois 
qu'ils auront vues aussi bien que moi. M. le maréchal de 
Créqui m'avait proposé pour ledit sieur comte la fille de 
M. le président de Novion qui lui reste à marier % que je 
sais qui est fort bien faite et par le moyen de laquelle je 
compris d'abord qu'il aurait , ce me semble, un plus puissant 
appui qu'en aucune autre alliance qu'il peut prendre à la 
cour, plus solide et de plus de durée, car le sieur président 
est jeune, d'un très-grand mérite, du même nom que M. le 
duc de Gesvres ^, ayant une infinité d'amis, allié de M. de 
Golbert, qui le sert puissamment en tout ce qu'il veut, et, 
pour marque de cette vérité, il est sur le point d'obtenir du 



(i) La dernière fille du président de Novion était Marthe- Agnès Potier, 
qui fut la première femme d*Arnaud de La Briffe, procureur général au 
parlement de Paris, et qui mourut le 28 mai 1686. Ce mariage manqué, 
le comte de Saint- Vallier épousa, comme on l'a vu, une demoiselle de 
Rouvroy, 

(2) Léon Potier, duc de Gesvres, pair de France, premier gentilhomme 
de la chambre du roi, capitaine des gardes du corps, décédé le 9 décembre 
I 704, à l'âge de 84 ans. Il avait fait, étant gouverneur de Paris, l'inaugu- 
ration de la statue de Louis XIV sur la place Vendôme, le i3 août 1699. 
H s'était remarié, à 80 ans, avec Mademoiselle de La Chenelay de Romillé. 



242 LETTRES INEDITES • 

roi la sun'ivance de sa charge pour son fils, ce qui sera 
d^une très-grande distinction et un grand témoignage de la 
considération que S. M. fait de lui; de sorte que M. le comte 
de Saint- Vallier, ayant un beau-frère et un beau-père prési- 
dents à mortier du parlement de Paris, chacun prendra 
soin de lui rendre de bons offices , bien loin que la charité 
ordinaire des courtisans ose entreprendre de faire aucune 
mauvaise raillerie de lui pour ses affiiires après de sa mai- 
son, quoique, Dieu merci, il n'y en ait point de mauvaises. 
Je ne vois point de protection plus forte et plus assurée à 
attendre d'aucun autre coté. 
Je me suis depuis éclairci avec ledit sieur président lui- 

* 

même de ce qu'il pouvait donner à Mademoiselle sa fille. Il 
m'a dit qu'il n'avait donné que 40,000 écus aux deux autres, 
mais que, pour témoigner combien il désirait la chose, pour 
la considération de M. le président de Chevrières et la per- 
sonne de M. de Saint- Vallier, dont il a toutes sortes de 
bonnes relations par M. le maréchal de Créqui, et il a voulu 
aussi y faire entrer celle de mon alliance, il ferait un effort 
pour donner à sa fille jusqu'à 5o,ooo écus. Voilà quelle était 
ma pensée, que je ne vous avais pas expliquée : sur quoi 
j'attendrai maintenant vos sentiments et la volonté de M. le 
président et de Madame sa femme. J'oubliais de vous dire 
que M. de Novion me dit fort honnêtement qu'il ne désire- 
rait rien que la personne du comte de Saint- ValUer et serait 
très-content de tout ce que M. son père voudrait faire pour 
lui, sans s'enquérir même de ce qu'ils voudraient ou ne 
voudraient pas lui donner. 

Je vous prie, après cela, de presser la conclusion de 
l'affaire dont mon cousin Tabbé a si souvent écrit à vous et 
à son frère, m'étant déchargé sur lui de toutes choses, 
croyant que vous le trouveriez aussi bon de la sorte; mais 
je vous confirme qu'il n'a rien mandé qui ne soit mes véri- 



DE HUGUES DE LIONNE. 243 

tables sentiments et qu'il ne m'ait communiqué ou que je ne 
l'en aie prié moi-même. J'ai mes raisons de souhaiter fort 
l'afeire. Après avoir parcouru toute la France , je ne trouve 
rien de mieux, pourvu que le père se mette à la raison sur 
l'article de ses prétentions particulières touchant le paiement 
de la dot qui avait été promise à sa femme et qu'on ne lui 
a pas payée entière , à ce qu'il dit. 



XCIII 

A Paris, ce 25" juillet 1670. 

Les meilleurs amis, sans contredit, que j'aie en ce pays- 
ci sont M. et Madame Le Camus '. C'est celui que vous 
avez autrefois vu dans votre compagnie, et si je vous avais 
pu tenir à Suresne seulement un jour, vous reconnaîtriez 
que je ne vous mens pas. La meilleure amie de mes amis, 
c'est Madame de Mespieu ^, que j'ai connue aussi au même 
lieu pour une personne d'un très-grand mérite. M. son mari 
et elle ont un procès de grande importance à la première 



(i) Nicolas Le Camus, conseiller au parlement de Grenoble du 11 janvier 
i633. Appelé à Paris par Antoine-Giraud Le Camus, seigneur de Jamber- 
villc, premier président de la cour des aides, il alla se fixer dans cette ville, 
où il devint procureur général, puis président en la même cour, et où il 
mourut. Il était père du cardinal Le Camus, évêque de Grenoble. 

(2) Femme de Gabriel de Groléc, seigneur de Mépieu, de Bouvesse et 
de Saint-Romain en Dauphiné. Sa fille, Anne-Clémence, dame de Mépieu, 
succéda à son frère Alexandre vers 1680 et épousa Claude-Guillaume Joly^ 
baron de Choin, qui fut père de Marie- Amélie de Choin. Celle-ci devint 
fille d'honneur de la princesse de Conti et , quoique « brune et camarde », 
au dire de Saint-Simon, favorite du Dauphin, fils de Louis XIV. 



244 LETTRES INEDITES 

chambre de votre parlement contre leur frère Tecclésiastique. 
Je sais que celui-ci fait espérer de grandes donations ou 
entre vifs ou après sa mort à des communautés religieuses 
et notamment aux PP. Jésuites, qui ne manquent pas de 
crédit et dans votre ville et dans tous les lieux où ils mettent 
le pied. Mais tout cela n'importe; il faut, mon cher oncle, 
gagner ce procès pour M. et Madame de Mespieu, ou vous 
résoudre à recevoir de moi de très-grands reproches. Parlez, 
pressez, importunez les juges, nos parents ou amis*, faites 
agir les autres auprès d'eux. Que le premier président sur- 
tout, s'il est possible, ne découvre point l'intérêt que j'y 
prends, et, s'il le pénètre, faites votre partie si forte que 
vous ne laissiez pas de vaincre. Que M. et Madame de 
Mespieu n'ignorent pas aussi en quels termes je vous ai écrit 
de leur affaire. Je ne me paie d'aucune excuse, si leur procès 
se perd. Tirez, je vous prie, de là la conséquence de l'obli- 
gation que je vous aurai, si vous le leur faites gagner. 



XCIV 



De Dunkerque, ce i8* mai 1671 ». 

Madame d'Aviti m'a fait de grandes plaintes du mauvais 
traitement qu'elle reçoit de M. son mari, par une lettre 



(i) Cette dernière lettre, datée de Dunkerque, que Hugues de Lionm 
venait de faire rendre à la France, est seulement antérieure de trois moi 
et demi à la mort de ce grand ministre et elle est consacrée à des affections' 
de famille. 




DE HUGUES DE LIONNE. 246 

qu'elle m'a écrite , dont elle m'a fait expliquer le détail par 
un autre canal. 

Voici de quoi elle se plaint : premièrement que, faisant 
une vie aussi retirée, dépendante et soumise à un mari 
qu'est la sienne, il y correspond si durement qu'elle est toute 
déchirée pour n'être pas payée d'une misérable pension 
qu'il lui a promise de 400 livres, dont il y a trois ans qu'elle 
n'a pas touché un sol. Elle demande les arrérages du passé, 
à présent qu'elle dit qu'il a de l'argent, et pour l'avenir qu'il 
lui donne des billets sur ses fermiers pour être payée sûre- 
ment. En vérité, cela me paraît juste. 

Elle se plaint, en second lieu, qu'on lui ait ôté sa fille ", 
sous prétexte qu'elle la maltraitait et qu'au contraire elle 
souffrait beaucoup d'elle parce que son mari l'aime passion- 
nément. 

Je vous conjure d'ac^mmoder tout cela à la satisfaction 
de ma cousine, selon la justice, que je me persuade que 
vous y trouverez tout entière. Vous avez crédit sur l'esprit 
de M. d'Aviti. Je me flatte aussi qu'il fera bien quelque 
chose à ma considération et je lui en serai parfaitement 
obligé. Si ma cousine est dans son devoir, assurément je ne 
l'abandonnerai pas , quand je devrais payer du mien : il y 
va même de mon honneur que, m' étant aussi proche qu'elle 
est, on ne la voie pas dépenaillée, comme elle me mande 
qu'on la tient. 

L'abbé de Lesseins m'écrit qu'il va faire un tour en Dau- 
phiné et qu'il partira de Paris le 25". Je lui porte grande 
envie du plaisir qu'il aura de vous embrasser. Mandez-moi 



(i) Elle était fille unique et se nommait Virginie. Elle épousa Antoine de 
Nlurat de L'Estang, président au parlement, à qui elle apporta les biens 
c^onsidérables que sa famille possédait à Morasdans la Valloire, où son père 
savait été mistral et, à ce titre, en procès avec Etienne de L'Estang. 



246 LETTRES INÉDITES DE HUGUES DE LIONNE. 

un peu, pendant son absence, de vos nouvelles, que Je me 
contentais d'apprendre de lui toutes les semaines. 

Nous serons de retour à Saint - Germain dans les dix 
premiers jours de juillet. 



Lorsque dans les 40* et 41* livraisons (janvier et 
avril 1877) du Bulletin de la Société d'archéologie de 
la Drôme a paru notre Notice historique sur la famille 
de Lionne, deux cent six années s'étaient écoulées depuis 
la mort du plus illustre membre de cette maison. Pendant 
ces deux longs siècles, aucun écrivain n'a pris Hugues de 
Lionne pour sujet de ses études, et même son nom est 
absent dans plus d'une histoire de France. Mais, grâce à la 
publication récente d'un intéressait et érudit volume de 
M. J. Valfrey sur Hugues de Lionne et ses ambassades en 
Italie, les journaux, les revues, la tribune même de la 
Sorbonne se sont occupés du grand ministre des af^es 
étrangères de Louis XIV et ont enfin rendu justice à ses 
talents et à ses succès diplomatiques. Nous saisissons cette 
occasion pour remercier M. Valfrey de la manière bien- 
veillante, ample et loyale avec laquelle il a signalé dans 
l'introduction de son savant ouvrage (pp. x, xi, xii, xm, xiv, 
xLiv et Lxxxii) les emprunts qu'il a faits à notre modeste 
travail. 

Romans, le 16 novembre 1878. 



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TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES 



MS DE PERSONNE ET DE LIEU 



ontenus dans les lettres de Hugues de Lionne. 



Évoque d'), lettre lix. 
Évoque d'), xii. 
(M"<^ d'), LX. 
is (M. d'j, XIV, XVII. 
ivôque d'), xii. 
(Maréchal d'), li. 
M. d'), xix, XX, XXI, 

, XXVI, XXVII, XXXII, 

M.), III, XXVI, XXXIV. 

>adeur d'Espagne à Ro- 

M. 1'), I. 

ieux (M. d' t, v. 

: ,Abbc , xc. 

dam (Ville d'), xni. 

; Ville d'/, XXXV. 

eme Duc d'), xii. 
va -Cardinal), i. 
Cardinal d';, i. 



Arennes (M. d'), ii. 
Aubert (M.), xi. 
Avignon (Ville d'), \t, xn. 
Aviti (M. et M"' d*), xix , xxix , 

XXXIV, XXXVI , LVII, LIX , 

xciv. 
Aymé (M.), xxxix, xlii, lvi. 



B 



Baix-sur-Baix (Péage de), 

XXIV. 

Barcelonne (Ville de), xxxrvr. 
Bertillac (M. de), Lxii, lxx. 
Baume (M. de La), xxu. 
Bayeux (Evêque de), xxiu. 
Beauchêne (M. de), vii, lxxu, 

LXXXI. 

Beaufort (Duc de), lxxiv. 
Beaupère (M.), xiv. 
Beauvilliers (M. de), xxxii. 



248 LETTRES 

Bellièvre (Maison de), xxi. 
Berchère (M. de La), xliv. 
Bercî (Président de), lxxxiv. 
Bergier (M. Le), vu. 
Bemi (Château de), m, xxv, 

Lxn. 
Bétaud (M.), Lxvni. 
Béthune (Duc de), xii. 
Bichi (Cardinal), vn. 
Bigorre (Sieur), lxdc. 
Black (Général), i. 
Blanc (M.), xxxvii. 
Blois (Ville de), xii. 
Boissieu (M. de), xv, xvi, 

XXVIII, XXIX. 

Bonne (M. de), xxxii. 
Bonnelle (M. de), x. 
Bonrepos (M. de), xvni, xix. 
Bordeaux (Ville de) xxxi. 
Boucherat (M. de), lxiii. 
Boulignieux(M. de), lv, lxix. 
Bourdeaux (M. de), viii, xxxix. 
Bressac (M. de), xliv, li, lui, 

LIV. 

Breval (Marquis de), lxxix. 
Brienne (M"® de), x. 
Brienne père (M. de), x, xxiv, 

LUI, LXI, LXn, LXIII. 

Brienne fils (M. de), lx, 

LXin. 
Bruxelles (Ville de), v. 
BufEères (M. de), xxxii, xxxvi. 



INEDITES 



Caracènes (Marquis de), i. 
Castellon (M. de), lxxiv. 
Catilhon (M. de), xliv. 
Chaléon (M. de), lxxvu. 
Chanafagot (M. de), xiu, xli. 
Chancelier (M. le), lu, lui. 
Chapoley (Aimar de) , m. 
Chapoley (Gaspard de), m. 
Charmes (M. de), xviii, xxi, 

xxrv, xLin. 
Châteaudouble (M. de), xxxiv, 

XXXVn, XLH. 

Châteaudun (Ville de), lvi. 
Châteauneuf (M™^ de), xii. 
Chaubies ( M°® de ) , lxxxviu. 
Chaulnes (M. de), xvn, lxtv. 
Chavigny (M. de), x. 
Chevrières (M""® de), xxvn, 

xxxvin. 
Chevrières (M. le président 

de), II, XI, XXI, XXII, XXIV, 

XXVII, XXVIII, XXXIII, XXXV, 

XXXVIII , Lix , • Lxn , LXX , 

LXXI, LXXVI, LXXXIU, LXXXV, 
LXXXVIII. 

Chissé (M. de), xlv. 
Chorier (M.), xliv, l, li, lu, 

LIU, LVI, Lvin. 

Claveyson (M°*® de), vi, xxvn. 
Claveyson (M. de), xi, xvin. 



XII , XXIV, XXVII, xxvm, 

LXXV, LXXXII. 

>ault ( Maréchal de), li. 
(Baronnie de), xxi. 

(M.), L, LXXIII, LXXXIII, 
V. 

(Don Pedro), xxx. 
^ne (Ville de), xxxix. 

(M.), XXI. 
Prince de), iv. 

(Abbé), xc. 
Président), xviii, lx. 

.), XI. 

[Duc de), m, lxu. 
(Maréchal de), xcn. 

D 

VI.), XXII. 
(Sieur), ix. 

5 (M.), XXII. 

îu (M. de), Lix. 
Sieur), xu, xun, lxv. 



DE HUGUES DE LIONNE. 249 

Ébrart (M.), m. 
Espessès (Abbé), xc. 
Eutansannes (M™* d'), Lxx. 



de Brandebourg , 

LIV. 

de Trêves , xv. 
( Archevêque d * ) , 

• 

(Ville d'), xxxii. 
jr d'Allemagne, xii. 



Faure (Président du), vi, xv. 
Faure (Sieur), lxxm. 
Ferrier (Père), xc. 
Fiançaye (M. de), xVin. 
Florence (Ville de), i. 
Fontainebleau (Ville de), xlv, 

LXXVÏ. 

Fontarabie (Ville de), xxx. 

Forcoal (M.), lv. 

Fôuquet (M.), x, xix, xx, xxi, 

XXII, L, LXVI. 

Franc (M. de), vi, vu, xvi. 
Francfort (Ville de), xiii. 
Francon (M.), liv, lvi. 



Gaillard (Sieur), uivi, utxvi. 
Gap (Ville de), u, iii^ xLl 
Gênes (Ville de), i, n. 
Geiisac (M.), m. 
Gesvres (Duc de), xcn. 
Gigeri (Ville de), lxxii, Lxjctîi. 
Gordes (M°* de), m, lx. 
Gourville (M. de), xxn, xxVi^ 

xxvn, xxxvra, xlvii, l. 
Grammont (Maréchal de), Xj 
I XII, xiiï, xvn. 

17 



25q lettres 

Gratte (Père), xLiv. 
Grenoble (Ville de), ii, m, vii, 

XIV, XLIX. 

Guénégaud (M. de), lxxxvi. 
Guignard (M.), xxiv. 
Guille (Sieur), xvi. 



H 



Harlay (M. de), lxxix, lxxxiv. 
Hayes (Abbaye des), xxxii. 
Hostun ( Seigneurie d') , xxi. 

I 

Imperiali (Cardinal), lxxxiv. 
Infants d'Espagne, xxv, xxxi, 

xxxvn. 
Infante de Portugal, xxxiv. 



La Bâtie (M. de), xxxv. 
Labbé (Père), xliv, lxv.' 
La Coste (M. de), xiv, xvm, 

XXIX, XLIV, XLIX. 

LaFère (Ville de), xxxix, xLvm. 
Lansac (M. de), m. 
Lapassa (M. de), lxxiii. 
La Pause (Sieur), lxix. 
La Rivière (M. de), v. 
La Tour (M. de), xxvi. 
Lavrillière (M. de), lxxxvi. 
Le Camus (M. et M™*), xcin. 



INEDITES 

Lécoq (Sieur), lxix. 
Légat (M. le), lxxi. 
Legoux (Premier président), 

m, VII, xxxvi, XLIV. 
Lenet (M.), xxxiv. 
Lescot (Président), lxxiii. 
Lesdiguières (M. de), xxxvi, 

LXXI. 

Lesseins (Abbé de), ii, iv, 

VIII , XII, XIV, LI , LX, LXXXV, 

xciv. 
Lesseins (Humbert de), x. 
Lesseins (M""^ de), m. 
Letellier ( Chancelier ) , xxii , 

XXXIV,. XXXVI, XXXIX, LIV, 
LVIir , LIX , LXIV , LXXII , 
LXXVII. 

Lhoste (Sieur), lxix. 
Ligourne (Port de), i. 
Limagne (M.), xxxv. 
Lionne (Artus de), xii, xxv, 

XXVII, XXXIV, XXXVI, LXV. 

Lionne ( Hugues de ) , Lxrv, 

LXV, LXXVI. 

Lionne (Humbert de) , x, xliv, 

LXXVIII. 

Lionne (Joachim de), xiv, 

XXI, XXXII, XXXVII, lvii, 
LXI, LXXIV, XCI. 

Lionne (Jules de), m. 
Lionne (M"* de), m, vi, 

XXXIV, Lxxv: 
Lionne (Paul-Luc de), viii. 



DE HUGUES 

Lionne (Sébastien de), x , xiv. 
Lorme (M. de), lui. 
Lorraine (M. de), xxxiii. 
Louis XIV, XII, XXV, XXXIX, 

XLIV, L, LI, LIV, LVI, LVII, 
LXXII, LXXIII, LXXIV, LXXVII, 
LXXXIII , LXXXIV, LXXXIX, XC, 
XCI. 

Louvois (M. de), lxxviii. 
Ludre ( M"^ de ) , lxxviii , 

LXXX, LXXXV. 

Lyon (Archevêque de), xxxi. 
Lyon (Ville de), m. 



M 



Madame d'Orléans , li, lxxiv. 
Madrid (Ville de), xxxi. 
Mannicamp (M"^ de), lxxxv. 
Marcher (M.), ix. 
Marcillac (M. de), Lv. 
Marmoutiers ( Abbaye de ) , 

LVI, LXXXIX. 

Marsal (Place de), lix. 
Martel (Marquis de), lxxii. 
Mazarin (Cardinal), m, vu, 

VIII, X, XXII, XXV, XXXII. 

Meckelbourg (Duc de), lxix. 
Méliand (Abbé), xc. 
Merle (P^re), m. 
Mespieu (M. etM™^ de), xciii. 
Milan (Villg de), ii, xxxvi. 
Ministre d'Espagne, i. 



DE LIONNE. 25 1 

Ministre de Portugal, iv. 
Mistral (M.), xxiv. 
Modène (Duc de), i. 
Monta (Abbé de La), xxxi,' 

xxxii. 
Montbazon (Abbé de), xx:^. 
Montbivos (M. de), xlix. 
Montdevergues (M. de), xxxvi. 
Montfleuri (Abbaye de), lxxvi, 

LXXVII. 

Montgontier ( Commandeur 

de), Lxxxii. 
Montholon (M. de), xli. 
Montluet (M. de), xci. 
Montpeyroux (Abbaye de), 

XLII. 

Murinaîs ( M*"^ de ) , xxxv , 

XXXVI. 

Musnier-Lartige (M.), xlh. 
Muzy (Président de), lxxviii. 



N 



Nantes (Ville de), i. 
Nanteuil (Comte de), xci. 
Nassau (Maurice de), xv. 
Nogent (Comte de), lxxxviii, 

XCI. 

Nonce (M. le), lxxi. 
Novion (Président), lxxxiv, 

XCII.